60 2. Antisémitisme et endurcissement des Gentils

Quand les Chrétiens pensent à l’endurcissement, c’est en général pour décrire l’attitude spirituelle des Juifs envers l’Evangile du Christ : le peuple de la révélation, en n’acceptant pas Jésus, apostasie de la révélation elle-même. On a raison d’y voir un saisissant exemple du refus, à la fois volontaire et inéluctable, opposé par le cœur humain aux desseins de Dieu ; mais ce n’est pas le seul. L’endurcissement des Gentils à l’égard de l’Evangile est le tourment des missionnaires, l’endurcissement des nations déchristianisées confère à l’apostolat du XXe siècle quelque chose de tragique. Quand on limite l’étude de l’endurcissement au seul cas d’Israël, on risque de perdre de vue un de ses caractères majeurs, car l’endurcissement contre Jésus-Christ est en même temps un endurcissement contre Israël. (Aussi la Synagogue s’est-elle endurcie, sans le savoir, contre elle-même ; et c’est la plénitude d’Israël qu’elle retrouverait en acceptant le Christ.). Il a fallu le déchaînement de la Babylone hitlérienne, les fureurs du Pharaon de l’organisation Todt et des camps de travail S. S. pour que nous nous en rendions clairement compte. Une fois posé, on ne peut plus éluder le problème. L’endurcissement des Gentils païens contre Israël, et des Gentils racistes (qui malheureusement ne sont pas tous païens), exige l’examen des rapports entre l’antisémitisme et l’endurcissement des nations contre Israël et contre le Christ.

Le livre de l’Exode contient l’un des récits les plus incompréhensibles de la Bible : l’endurcissement des Egyptiens et de Pharaon s’oppose à l’évidente bonne volonté de Dieu, révélée par les actes et les paroles de Moïse et d’Aaron ; et pourtant, il semble que Dieu veuille que Pharaon refuse les offres que Moïse transmet de sa part. La raison se sent incapable de percer l’énigme de ce récit ; aussi s’en prend-elle volontiers à Celui qui «endurcit» le cœur de Pharaon, à moins qu’à l’occasion de ce texte elle ne fasse l’expérience de la foi en croyant que la volonté divine et parfaite poursuivait effectivement la rédemption de toutes les nations de la terre, dont l’Egypte elle-même. Rien de plus faux que d’accuser les Egyptiens de méchanceté. Leur aveuglement dépasse infiniment la bonne ou la mauvaise volonté. «On n’a rien compris si on croit que Pharaon était méchant et que les Israélites étaient sages. Non. C’est le Seigneur qui est bon, et dans sa bonté il fait miséricorde aux misérables[1].» L’endurcissement d’un homme ou d’un groupe humain n’autorise jamais leur prochain à s’enorgueillir, à se justifier, à juger. Quand, aux premiers siècles de notre ère, l’Evangile se propageait dans l’Empire romain, les Juifs n’étaient pas «méchants», ni sages les Gentils qui entraient dans l’Église ; c’est Dieu qui fut bon et sage, «pour la richesse du monde[2]». Il ne couronna pas les mérites des Gentils. Il leur fit grâce. Vains et injustes, par conséquent, les reproches moraux et religieux concernant l’endurcissement des Egyptiens, des Juifs ou des Chrétiens paganisés d’aujourd’hui. Mais plus vaines encore les tentatives d’explication ou de justification qui veulent fermer les yeux sur la réalité de l’endurcissement. Le texte de Romains, IX à XI complète celui d’Exode VII à XIII, et lui répond ; ils sont liés dans la perspective du salut de ces Nations, pour lesquelles l’Agneau de Dieu fut immolé, et qui sont les bénéficiaires aveugles de l’endurcissement «antisémite» des Egyptiens et de l’endurcissement «anti-Christ» de l’Israël selon la chair. L’attitude de l’Egypte sauvait Israël de l’idolâtrie et préparait la prédication du message des prophètes ; et la défaillance d’Israël, s’ajoutant à son obéissance antérieure, ouvrait l’Église aux Païens pour les conduire à la connaissance du Dieu d’Israël, Père de Jésus-Christ. Double scandale, que ces deux endurcissements qui jalonnent le plan de Dieu ! En ne s’endurcissant pas contre Sem, en acceptant la foi de celui-ci, en «habitant sous ses tentes[3]», Japhet reçut la bénédiction de Dieu ; de même, en habitant sous les tentes d’Israël, en acceptant le roi des Juifs, la totalité des Païens doit être sauvée, retirant ainsi un paradoxal bénéfice de la chute d’Israël – pourvu, s’exclame saint Paul avec une prescience troublante, qu’ils ne s’abandonnent pas à l’orgueil[4] et qu’ils craignent de s’endurcir à leur tour !

Le double endurcissement des nations envers Israël et des Juifs à l’égard du Christ reçoit une saisissante lumière de la méditation de la parabole de l’enfant prodigue. La pensée chrétienne a aimé voir, dans l’attitude du fils aîné l’illustration du refus de la Synagogue, endurcie dans sa bonne conscience devant l’Église ouverte aux Païens repentants[5]. Sans le moindre doute, le fils aîné menait la vie la plus morale qui fût : l’endurcissement est une erreur spirituelle. Devenus à leur tour, plus tard, les frères aînés des Juifs, rebelles et éloignés de la maison paternelle, de nombreux Chrétiens ont professé un endurcissement envers Israël dont on a donné quelques exemples dans les chapitres précédents. C’étaient pourtant de bons Chrétiens ; ils obéissaient scrupuleusement aux commandements de l’Église, comme le frère de la parabole obéissait à la Loi. L’endurcissement, encore une fois, n’est pas une erreur morale[6].

Qu’on imagine la vie quotidienne chez le père. Le fils rentré en grâce, sans doute vit-il chaque jour du pardon qu’il n’a pas mérité, de la joie qu’il a gratuitement reçue. Mais l’attitude de son frère l’irrite ; il aimerait qu’il revînt sur sa boudeuse supériorité, qu’une communion s’établît entre eux ; il se sent jugé, il juge à son tour… Tels sont les cheminements de l’endurcissement (ou de l’antisémitisme chrétien). C’est le fils prodigue et repentant, plus que tout autre, parce qu’il est pardonné, parce qu’il est rentré en grâce, qui prête le flanc à la tentation d’orgueil en présence d’Israël défaillant. Comment s’étonner qu’il y ait un antisémitisme chrétien ? L’Apôtre le prévoyait dans le texte qu’on ne citera jamais assez : «Ne t’abandonne pas à l’orgueil, mais crains ; car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, il ne t’épargnera pas non plus.» Et c’est précisément à ce texte que se reportait la lettre pastorale de l’Église réformée des Pays-Bas, en l’automne 1943 : «L’avertissement de Romains XI, 20 (notons qu’il est donné à des Chrétiens) garde toute sa valeur. Dans l’antisémitisme s’affirme un orgueil de la vie qui étouffe chez les Chrétiens (sans même parler des Païens), surtout dans les périodes critiques, toute réflexion personnelle ; cet orgueil engendre une nouvelle forme de pharisaïsme qui aboutit à un complet endurcissement à l’égard du jugement de Dieu et de sa Grâce. Parce que cette attitude est en germe en chacun de nous, ce péché effroyable ne peut être surmonté toujours à nouveau que par la foi en la justice justifiante du Christ[7]

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Nous ne pourrons jamais expliquer les raisons pour lesquelles Dieu a choisi, parmi les fils de Noé, le seul Sem ; et parmi les fils de Sem, le seul Abraham pour en faire son peuple. Israël n’était pas «meilleur» qu’un autre. Mais, à cause de l’élection, Israël n’est plus une nation comme les autres ; il est devenu le «peuple» – le seul que nous puissions désigner ainsi – tandis que les autres groupes ethniques sont les «nations». David le rappelait fortement dans sa prière : «Y a-t-il, comme Israël ton peuple, un autre peuple sur la terre, que Dieu soit allé racheter pour en faire son peuple… en chassant des nations devant ton peuple que tu as racheté d’Egypte[8] ?»

L’endurcissement d’Israël commence lorsqu’il oublie qu’une élection aussi extraordinaire fut et demeure un acte de la seule miséricorde de Dieu. Mais l’endurcissement des nations apparaît lorsqu’elles oublient que la miséricorde de Dieu à leur égard nécessitait une distinction entre les Gentils et le peuple élu. La jalousie plus ou moins inconsciente des nations constitue – qu’on l’appelle «antisémitisme» ou non – le premier signe de cet endurcissement. Ce n’est pas dans l’élection d’Israël qu’à précisément parler réside la cause première de l’antisémitisme ; mais c’est bien dans la séparation entre le «peuple» et les «nations», qui sont incapables de croire réellement que la préférence divine envers les Juifs soit le signe permanent de leur propre salut.

Les nations «chrétiennes» judaïsent sans le savoir quand elles traduisent par «Byzance», «Fille aînée de l’Église», «Russie» ou «Protestantisme» le nom propre Israël qu’on lit à chaque page des Bibles chrétiennes. «Israël» n’est la figure que d’une Église où le peuple et les nations se réconcilient pour qu’il n’y ait plus «ni Juif ni Grec[9]» ; et cette Église ne se confond avec aucune des nations qui ont plus ou moins reçu l’Evangile ; les nations «chrétiennes» qui se regardent comme le successeur d’Israël, commettent l’erreur d’Israël lui-même lorsqu’il considérait comme un privilège ce qui n’était, en réalité qu’une grâce destinée au salut du monde ; car s’il n’y a plus de Juifs ni de Grecs dans l‘Église, les Chrétiens n’ont aucune raison de s’endurcir contre les Païens qui n’ont pas encore connu l’Evangile, ni contre les Juifs qui n’ont pas encore reconnu le Christ. Hors de l’Église, les Juifs demeurent le peuple que Dieu s’est choisi, nous nous demandons encore pourquoi ; hors de l’Église, les Païens appartiennent aux nations dont le salut s’articule sur le Mystère d’Israël.

Lorsque les nations chrétiennes mettent l’accent sur leur appartenance à une Chrétienté plutôt que sur la miséricorde qui les a fait entrer dans l’Israël de la grâce, elles ne comprennent plus le pourquoi d’Israël, et elles ne respectent plus l’irritante présence des Juifs. Comme autrefois Pharaon, – et sans être davantage «méchantes» que lui -, elles essaient désespérément de réduire Israël à la servitude ; elles se réjouissent de son départ sans se résoudre à le permettre pourtant. Comme l’Egypte autrefois elles se durcissent…

Israël n’a plus la voix de Moïse pour annoncer la volonté de Dieu à ceux qui s’endurcissent. Mais le Saint-Esprit n’a-t-il pas été répandu dans l’Église pour entendre la voix de Dieu ? L’endurcissement antisémite des Gentils est, en vérité, une rébellion contre le Saint-Esprit.

Si le judaïsme post-biblique est «anti-Christ par son refus du message de la bonne nouvelle, l’antisémitisme (même chrétien) n’est donc pas pour autant un élan positif dans la direction du Christ. C’est en politique qu’on a pour alliés les ennemis de ses adversaires. Les puissances contraires au Christ qui poursuivent leur œuvre dans le monde savent bien qu’en détruisant le respect des hommes envers le Mystère d’Israël, elles sapent secrètement leur foi au Christ ; elles n’ignorent pas non plus que son second avènement couronnant ce Mystère, tout ce qui aggrave l’incompréhension entre l’Église et Israël devient une défaite de Dieu. Bien qu’il affirme très haut, contre les Juifs, que Jésus est le Christ, c’est la royauté du fils de David que blesse l’antisémitisme, tandis qu’il s’attache à bafouer l’Israël selon la chair. L’antisémitisme ouvre les portes de la Chrétienté aux forces de dissolution, il contrecarre la prière du Christ pour l’unité parfaite de son Epouse, formée de Gentils et de Juifs : «Afin qu’ils soient un comme nous sommes un, – moi en eux et toi en moi, – afin qu’ils soient parfaitement un, et que le monde connaisse que tu m’as envoyé[10]…»

Comment le monde pourrait-il connaître que Jésus lui a été envoyé par Dieu si les disciples, au lieu de prier pour l’exaucement de la prière sacerdotale, haïssent ou méprisent ceux que leur Seigneur destine aux mêmes grâces et aux mêmes obéissances ? «Car enfin, sans Israël que serions-nous, que sommes-nous ? Maudire et persécuter le Juif revient à maudire et persécuter celui qui est mort pour les péchés des Juifs et ensuite seulement et ce faisant, pour les nôtres aussi. Quiconque se déclare, par principe, ennemi des Juifs, se déclare du même coup, et fût-il par ailleurs un ange de lumière, ennemi de Jésus-Christ. Pratiquer l’antisémitisme, c’est pécher contre le Saint-Esprit ; car l’antisémitisme est le refus de la grâce de Dieu[11].» C‘est le même lien entre l’endurcissement des Gentils, leur antisémitisme, et le refus de la grâce que Karl Barth soulignait dans sa conférence du 23 juillet 1944 : «Il faudrait que [la communauté chrétienne] soit aveugle pour accepter l’une ou l’autre des explications fantastiques qu’on a avancées à l’appui de cette persécution. Devant ces faits, sa première et son unique pensée doit être celle-ci : Jésus-Christ, son Seigneur, était lui-même un Juif ; le peuple d’Israël, choisi et appelé par Dieu, a été la racine de l’Église ; l’Evangile, dont elle vit, a d’abord été adressé aux douze tribus de ce peuple et il a été prêché d’abord par douze apôtres issus de son sein. Le problème juif, c’est le problème du Christ. Si les Juifs, dans leur majorité, ont rejeté le Christ, et s‘ils le rejettent aujourd’hui encore, ils n’en demeurent pas moins le peuple de Dieu. Ils l’étaient déjà au temps de l’Ancien Testament, alors qu’ils écoutaient déjà si mal Moïse et les prophètes envoyés par Dieu. D’autre part, si les Juifs nous déplaisent en général et s’il nous est difficile de les aimer, cela ne change rien au fait qu’ils sont le peuple du Christ. L’antipathie qu’ils suscitent en nous autres Chrétiens doit justement nous ouvrir les yeux et nous amener à dire : «Voilà l’homme, voilà la créature dans tout ce qu’elle a de déplaisant !» Et pourtant Dieu lui témoigne sa miséricorde. Ainsi apparaît l’homme ; pour le salut duquel Christ est mort sur la Croix, dépourvu de tout mérite et profondément enfoncé dans le péché ! La paille qui est dans l’œil de notre frère juif doit nous montrer, au cas où nous ne le saurions pas encore, ce que nous sommes devant Dieu et ce qu’ils sont, eux, les Juifs, sans le savoir : des êtres antipathiques, mais auxquels Dieu n’a pas voulu refuser sa grâce. Nous serions nous-mêmes plus Juifs que les Juifs si tout ce que nous avons à leur reprocher ne nous rappelait justement le miracle incompréhensible de la grâce divine, de cette grâce qui nous est aussi indispensable qu’à eux.

«Mais ce n’est pas tout. La persécution insensée et effrénée du peuple juif est encore pour nous l’image de ce «serviteur de l’Eternel» que le livre d’Esaïe nous montre puni et sacrifié pour les autres. N’est-ce pas Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même qui est visible, «confusément, comme dans un miroir», derrière tous ces Juifs d’Allemagne, et de France, de Pologne et de Hongrie, qu’on fusille et qu’on enterre vivants, qu’on entasse dans des wagons à bestiaux où ils étouffent, ou qu’on asphyxie par les gaz ? Ces faits ne sont-ils pas une révélation, une lettre, un mot, une preuve de Dieu ? Est-il possible que la communauté chrétienne ne voie pas de quoi, de qui il s’agit ? Est-il possible que le Chrétien ne tombe pas à genoux pour s’écrier : «Tu as porté les péchés du monde, Seigneur, aie pitié de nous ! Dans l’ombre d’un Juif persécuté et massacré, tu es là, et c’est toi qu’on rejette une fois de plus. C’est ta mort solitaire que les événements nous montrent encore.» De même que Dieu a livré son Fils pour nous, il y a deux mille ans, c’est encore le Christ qui est frappé par le destin tragique de ses frères et sœurs selon la chair. Si nombreux que soient nos griefs contre les Juifs, comment pourrions-nous encore les maintenir, puisque Dieu s’est servi de ce peuple pour nous donner, aujourd’hui, ce signe[12]

On dit que l’humanité actuelle vit dans la peur. Puisse-t-elle par-delà ses frontières éphémères et ses querelles politiques, reconnaître enfin, après l’extermination de six millions de Juifs par les Gentils endurcis, qu’elle est entrée dans ce que l’Apôtre appellerait sans doute le temps de la crainte[13].


  1. Wilhelm Vischer, Etude biblique sur Romains, IX à XI, Foi et Vie, mars 1948, p. 110.
  2. Romains, XI, 12.
  3. Genèse, IX, 27.
  4. Romains, XI, 20 et 23.
  5. Voir quelques textes rassemblés par F. Quiévreux, Les Paraboles, p. 98-106.
  6. On est toujours le frère aîné de quelqu’un. Le fidèle de vieille souche n’accueille pas le prosélyte avec une joie extrême ; à l‘égard des nouvelles communautés, les plus anciennes, fières de leurs traditions bien assises, ne dédaignent pas de faire durement sentir qu’«il y a tant d’années qu’elles servent» Dieu.
  7. Texte complet dans W. A. Visser t’Hooft, L’Eglise sentinelle, p. 65 ss.
  8. I Chroniques, XVII, 21 ; Zacharie II, 11 ; cf. Jérémie, XII, 14-17 ; Luc, II, 32 ; Actes XIII, 14-47 ; I Pierre, II, 9-10 ; etc.
  9. Galates III, 28. Cf. Actes, XVIII, 4-10 ; Ephésiens, II, 11-22.
  10. Jean, XVII, 23.
  11. Karl Barth, Die Kirche und die politische Frage heute, conférence du 5 décembre 1938, dans Eine Schweiser Stimme (éd. allemande de 1945, p. 90). La traduction nous a été obligeamment faite par M. Alain Bielchowsky. [[Voir aussi M.R. Macina, La pierre rejetée par les bâtisseurs - L’«intrication prophétique» des Écritures. (Sr M.-Th. Martin)]]
  12. Karl Barth, Une voix suisse, trad. française dans La Chrétienté au creuset de l’épreuve, II, p. 564.
  13. Romains, XI, 20.

1 Response to 2. Antisémitisme et endurcissement des Gentils

  1. martin on janvier 26, 2014 at 1:19 says:

    Note (11).Voir aussi: »la pierre rejetée par les bâtisseurs,4e partie:l’aliénation
    chrétienne d’Israël,pp. 117-168.
    M. Macina. éd Tsofim

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