8 2. L’antisémitisme hellénistique

«Mais puisque Apollonios Molon, Lysimaque et quelques autres, tantôt par ignorance, le plus souvent par malveillance, ont tenu sur notre législateur Moïse et sur ses lois des propos injustes et inexacts, accusant l’un de sorcellerie et d’imposture, et prétendant que les autres nous enseignent le vice à l’exclusion de toute vertu[1]…», Flavius Josèphe jugeait qu’il était indispensable de redresser les choses et d’établir la vérité. N’avait-il pas déjà destiné ses Antiquités judaïques aux Grecs «pour nous réconcilier les autres peuples en déracinant les haines implantées parmi les sots chez eux comme chez nous[2]»?

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Les publicistes grecs avaient eu d’illustres prédécesseurs dans certains dirigeants du royaume séleucide. L’activité d’Antiochus IV Epiphane, racontée par les Livres des Maccabées, et plus ou moins indépendamment de ceux-ci par Josèphe, est bien connue. Poussé par des besoins d’argent[3], mais plus encore par sa politique d’hellénisation à outrance, qui lui semblait plus que jamais urgente après l’échec que les Romains lui avaient infligé en l’obligeant à quitter l’Egypte conquise par lui, aidé par tout un parti juif que le roi put croire plus influent qu’il n’était en réalité, Antiochus s’en prit aux Juifs qu’il prétendait paganiser, c’est-à-dire civiliser. Il chercha d’abord à affaiblir le judaïsme en nommant à la grande prêtrise des créatures qui lui fussent dévouées ; puis, entrée en pleine paix dans Jérusalem, l’armée massacra les hommes qui n’opposaient aucune résistance, pilla la ville et vendit femmes et enfants tandis que le Temple était profané. Un an plus tard[4], à la faveur d’un sabbat, les troupes gréco-syriennes renouvelaient le pillage et le massacre, détruisaient l’enceinte de la ville et installaient un «intellectuel» grec, chargé de seconder l’action militaire par une «mise au pas» religieuse et morale. On aurait étonné le roi en parlant de persécution religieuse ; il pensait briser l’opposition «arriérée» à une fusion assimilatrice qui, espérait-il, provoquerait le ralliement des Juifs à la civilisation commune. Le texte du Ier Livre des Maccabées l’a bien vu : «Le roi [Antiochus] publia un édit dans tout son royaume pour que tous ne fissent plus qu’un seul peuple et que chacun abandonnât sa loi particulière[5].» La politique grecque du roi devenait une question de conscience pour les Juifs.

On identifia Yahveh avec Zeus, dont la statue s’érigea dans le Temple, profané aussi bien par les images que par les orgies et le sang du porc répandu sur l’autel ; on interdit l’observation du sabbat et la pratique de la circoncision (plus tard, les mères qui passèrent outre furent précipitées dans les ravins de la ville) ; on obligeait les Juifs à sacrifier en l’honneur du roi, et leur refus déterminait de nouvelles persécutions ; on fit périr les Juifs possesseurs de l’Ecriture[6]. La majeure partie des Juifs, cependant, ne voulut pas apostasier. La persécution durcissait sa détermination et l’exaltait par l’exemple des martyrs. Ce fut enfin la guerre contre le paganisme en même temps – par la faute des Grecs – qu’une guerre de libération nationale contre une domination antisémite.

Antiochus ayant menacé en même temps le temple des Samaritains, eux-mêmes molestés par les officiers du roi, les Samaritains protestèrent qu’ils n’étaient pas Juifs, qu’ils ne tenaient pas au sabbat, et qu’ils voulaient attribuer à leur temple le nom de Zeus. Antiochus donna l’ordre de les laisser en paix puisqu’ils voulaient «vivre selon les coutumes des Grecs[7]».

Cette explosion persécutrice, au nom de la civilisation hellénique, cent soixante-dix ans avant la naissance de Jésus, a tous les caractères de l’antisémitisme : invoquant des nécessités politiques et assimilatrices qui ne sont pas sans valeur, agissant par la haine et la violence, vaincu mais non pas éliminé, l’esprit d’Antiochus IV incarnait parfaitement l’opposition du paganisme et de la foi hébraïque. C’était l’avis de Josèphe : «Il fut volontairement injuste et impie et athée[8]» ; des premiers Chrétiens[9] et de Tacite : «Antiochus essaya de les guérir de leurs superstitions et de leur donner des mœurs grecques. Ses efforts pour changer en mieux ce peuple abominable furent arrêtés par la guerre des Parthes[10]

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La politique d’Antiochus IV avait-elle été la première manifestation de l’antisémitisme grec en Asie[11] ? Toujours est-il que tout un parti hellénistique semble se réclamer de ce précédent : «Le roi [Démétrius Ier] envoya Nicanor, un de ses plus illustres généraux, rempli de haine et d’animosité contre Israël, avec ordre d’exterminer le peuple[12].» Après la mort de Judas Maccabée, on assiste non seulement aux représailles d’un parti politique et d’un souverain longtemps défiés, mais à la reprise d’une politique d’hellénisation qui ne renonça à ses prétentions que lorsque Jonathan eut obligé le roi séleucide à traiter avec lui.

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Le Second Livre des Maccabées prête à Néhémie une prière remarquable : «Seigneur, regarde favorablement ceux [d’Israël] qui sont un objet de mépris et d’abomination afin que les nations reconnaissent que tu es notre Dieu[13].» Si l’attribution de cette prière à Néhémie incite à la discussion, c’est au moins la preuve que le texte traduit une situation contemporaine de l’auteur du IIe Livre des Maccabées, c’est-à-dire la fin du IIe ou le Ier avant Jésus-Christ. Posidonius d’Apamée (qui vivait, il est vrai un siècle après son récit) raconte que vers 130 avant Jésus-Christ Antiochus VII Sidétès recevait de son entourage de belliqueux conseils : «La plupart des amis d’Antiochus [VII] étaient d’avis qu’il fallait s’emparer de la ville de vive force, et anéantir complètement la race juive : car seule de toutes les nations elle refusait d’avoir aucun rapport de société avec les autres peuples, et les considérait tous comme des ennemis. Ils lui représentaient que les ancêtres mêmes des Juifs, hommes impies et haïs des dieux, avaient été chassés de l’Egypte entière. Couverts de lèpre et de dartres, ils avaient été, comme des êtres maudits, rassemblés et jetés hors des frontières afin de purifier la contrée. … Ils… avaient formé le peuple juif, et avaient perpétué chez eux la haine des hommes… les amis du roi lui rapportèrent aussi l’antique aversion de ses aïeux contre cette race.» Après avoir rappelé à Sidétès l’entrée d’Antiochus IV dans le Temple et la découverte de la statue de Moïse monté sur un âne (Moïse, «celui qui leur avait imposé des lois contraires à l’humanité et à la justice»), les amis d’Antiochus VII déclaraient : «Antiochus [IV] se fit un point d’honneur d’abolir les institutions juives[14].» L’attitude du roi séleucide ne répondit pas à l’attente du parti antisémite ; Sidétès menait une guerre politique et il se garda de commettre l’erreur d’Epiphane : au cours du siège de Jérusalem, le roi accorda une trêve pour la fête des Tabernacles et envoya des taureaux pour le sacrifice ; il imposa des conditions politiques, et modérées, à Jean Hyrcan. L’antisémitisme de tout un parti syrien dont on ne saurait négliger l’influence reçoit une saisissante illustration quand on compare les agissements d’Epiphane et de Sidétès.

De la résistance opposée à Epiphane, le grand-rabbin Kaplan disait récemment : «Par ce refus, que seuls les Juifs ont opposé au paganisme grec, ils se sont mis en quelque sorte en dehors du monde civilisé de leur temps. On les a considérés comme des êtres à part, et c’est de ce moment que date l’accusation portée contre eux d’être des «ennemis du genre humain»… Le monde doit à l’attitude des Juifs de cette époque l’orientation prise dans la suite de l’humanité. C’est, en effet, cent soixante-sept ans après le commencement de cette persécution que Jésus est né en Palestine[15].» Et Jules Isaac voit dans Antiochus IV «le premier grand persécuteur des Juifs devant l’histoire[16]».

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Vainqueur des Romains en 88 avant Jésus-Christ, Mithridate pratiquait une politique habile à l’égard des populations tombées en son pouvoir : il exemptait d’impôts les provinces nouvellement conquises. Mieux encore, il distribuait l’argent de sa cassette, et surtout le butin confisqué aux Romains et aux Italiens qu’il avait massacrés. La saisie des sommes déposées par les Juifs à Cos reflète d’autant mieux l’hostilité de Mithridate envers eux. Petit-fils d’Antiochus Epiphane, il épousait les sentiments du roi hellénistique son ancêtre[17].

Un document cité par Josèphe incite à soupçonner les Tralliens d’avoir pratiqué l’antisémitisme à l’époque d’Hyrcan Ier[18] : le culte et les rites juifs étaient interdits dans leur ville.

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Ainsi donc, un ou plusieurs foyers d’antisémitisme sont attestés au Nord de la Palestine. Un autre foyer, s’alimentant des haines du passé, florissait dans la capitale hellénistique par excellence, Alexandrie ; et si l’on récuse l’ancienneté tout égyptienne que Josèphe attribue à l’animosité qu’il combat, cela ne peut que confirmer la vigueur de l’antisémitisme gréco-alexandrin. «Les Egyptiens eurent bien des motifs de haine et d’envie : à l’origine la domination de nos ancêtres sur leur pays… puis l’opposition de leurs croyances et des nôtres leur inspira une haine profonde, car notre piété diffère de celle qui est en usage chez eux autant que l’être divin est éloigné des animaux privés de raison… [Manéthon] lorsqu’il s’est tourné vers les légendes sans autorité, il les a combinées sans vraisemblance ou il a cru des propos dictés par la haine[19].» Tel est le témoignage de Josèphe. Indigènes et antérieures à la conquête d’Alexandre, ou hellénistiques et formulées en majeure partie deux ou trois siècles avant Josèphe, les accusations nées en terre d’Egypte, et dont Apion s’est fait le propagateur jusqu’à Rome[20], ont porté l’antisémitisme alexandrin au premier rang de toutes les haines rencontrées par les Juifs dans l’antiquité, et probablement inspiré Tacite et l’innombrable postérité de celui-ci. Dès lors, les Juifs sont coupables de conspiration politique, d’impureté, de lèpre, de sacrilège systématique, de profanation religieuse, d’athéisme[21]. «Apion, Apollonios Molon et autres Grecs d’Alexandrie, quand ils font la guerre aux Juifs, ne connaissent guère d’autres armes que l’injure et la grosse plaisanterie[22]», remarquait un historien qui s’est attaché à distinguer le Juif de l’histoire du Juif de la légende.

Apion et Josèphe ont sans doute utilisé, pour des raisons opposées, les collections de pamphlets antisémites conservées à Alexandrie ; c’est pour y répondre que Josèphe écrivit sa réfutation «après les accusations nombreuses et fausses dirigées contre nous[23]». L’une d’entre elles, que Josèphe n’a pas évoquée dans son Contre Apion, embarrassait les Juifs : il s’agit du vol que l’Ecriture[24] semblait mettre au compte des ancêtres des Juifs. Les antisémites exploitaient le passage, littéralement rendu par les Septante. Josèphe y répondit dans ses Antiquités avec embarras ; Philon, le Talmud, Tertullien l’ont fait plus longuement ; mais les Juifs avaient dû, pour sortir d’embarras, forger un prétendu jugement rendu par Alexandre le Grand. Cette fraude pieuse prouve assez la vivacité de l’antisémitisme alexandrin[25].

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Les griefs d’Apion reprenant les allégations prêtées par lui aux Egyptiens comme aux Grecs peuvent être tenus pour une véritable somme de l’antisémitisme : la lèpre rend compte de l’origine des Juifs[26] – le sabbat perpétue la mémoire d’un épisode honteux : «Ayant marché pendant six jours, [les Juifs] eurent des tumeurs à l’aine et pour cette raison ils instituèrent de se reposer le septième jour… et ils appelèrent ce jour le sabbat» ; – les Juifs manifestent un particularisme religieux qui représente un danger permanent à cause de leurs tendances séditieuses ; -ils adorent une tête d’âne[27]. Mieux encore, Apion est le premier propagateur connu de la fable du meurtre rituel : à l’en croire, les Juifs «s’emparaient d’un voyageur grec, l’engraissaient pendant une année, puis conduisaient cet homme dans une certaine forêt, où ils le tuaient ; ils sacrifiaient son corps suivant les rites, goûtaient ses entrailles, et juraient, en immolant le Grec, de rester les ennemis des Grecs…». C’est ce qu’un Juif qu’on engraissait dans le Temple aurait révélé à Antiochus Epiphane quand il y pénétra[28]

Josèphe reproche à Apion d’avoir inventé ce que notre expérience moderne peut appeler d’antiques Protocoles des Sages de Sion : « Il forge aussi un serment par lequel, prétend-il, en invoquant le dieu qui a fait le ciel, la terre et la mer, nous jurons de ne montrer de bienveillance envers aucun étranger, mais surtout envers les Grecs[29].» Apion ajoutait à ces reproches des considérations sur les malheurs politiques des Juifs ; il y voyait, lui aussi, un châtiment ; il s’en prenait aux sacrifices, à la circoncision, aux abstinences ; avec une certaine pénétration, il causait dans l’esprit des Grecs un tort considérable aux Juifs en les accusant de n’avoir pas d’anciennes racines – s’il est vrai que pour ne pas être tenu pour une doctrine subversive dans le monde ancien, il fallait nécessairement que le judaïsme pût se réclamer d’une haute antiquité[30]. C’est pourquoi Josèphe écrivit les Antiquités judaïques,  – et, tout au début du Contre Apion : «J’ai déjà montré suffisamment par mon Histoire ancienne, …et la très haute antiquité de notre race juive, et l’originalité de son noyau primitif, …en effet cinq mille ans sont compris dans l’histoire que j’ai racontée[31]…» En vérité, Apion méritait qu’on le réfutât. Josèphe, Philon, ne sont pas les seuls à signaler ce personnage «enragé de haine[32]». Oscar Cullmann attribue à une Apologie juive un grand rôle dans la rédaction du Roman«pseudo-clémentin», où ce même Apion apparaît parmi trois orateurs païens ennemis du judaïsme[33].

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Il n’y a pas que le pamphlet de Josèphe pour nous renseigner sur l’antisémitisme d’Alexandrie, véritable capitale de la haine antique à l’encontre des Juifs confinés, au-dedans de la ville elle-même, dans leur condition d’étrangers[34]. L’histoire apporte plusieurs témoignages de l’animosité alexandrine ; il en est de très discutables : ainsi, la persécution racontée par le IIIe Livre des Maccabées, et qui se serait mal terminée pour le Ptolémée – Physcon ou Philopator – qui voulait faire piétiner les Juifs par ses éléphants[35]. S’il n’est pas prouvé non plus que Philon ait composé son De Humanitate pour répondre aux calomnies antisémites des intellectuels alexandrins[36], le plus grand écrivain du judaïsme hellénistique les prend au moins à partie en écrivant : «Les sycophantes continuent à reprocher à notre peuple sa haine du genre humain, et sa dureté à notre Loi qui, pourtant[37]…»

A l’époque de Tibère ou de Caligula, deux antisémites alexandrins, Isidore et Dionysios, essayaient de gagner le préfet Flaccus afin qu’il leur permît d’aller à Rome intriguer contre les Juifs[38]. On peut dès lors voir affleurer dans les documents que nous possédons les opinions antisémites d’un parti alexandrin volontiers frondeur, mêlant aux sentiments religieux un patriotisme particulariste ; et certains se sont même demandé s’il n’y avait pas là un écho de la lutte entre Sarapis et le Dieu des Juifs[39].

Sous Caligula, en tout cas, des Grecs menés par des agitateurs alexandrins spécialisés dans l’antisémitisme organisèrent en l’année 38 des manifestations à l’occasion du passage du «roi» juif Agrippa. On prétendit imposer l’érection de la statue impériale dans les synagogues de la ville et, tandis qu’on révoquait les privilèges municipaux juifs, on suscita une émeute antisémite ; les Juifs furent parqués dans un quartier particulier[40]. Envoyé à Rome par ses coreligionnaires, Philon y rencontra l’antisémite Apion lui-même, dont les Alexandrins avaient fait leur ambassadeur. (Ces troubles nous ont au moins valu le De legatione ad Caium de Philon.) «Peu s’en fallut que [le projet des antisémites] ne remplît le monde entier de guerres civiles», dit ailleurs Philon ; et quelque exagération que l’on discerne dans cette phrase, elle traduit au moins les inquiétudes sévères des Juifs égyptiens[41].

D’autres violences éclatèrent bientôt sous Claude, suscitées cette fois-ci par les Juifs : s’ils «avaient illégalement repris les armes, il était juste de reconnaître qu’ils ne faisaient que se venger d’une trop longue série d’offenses[42]». C’est alors, en 41, que Claude restitua aux Juifs les droits municipaux qu’on leur avait ôtés, et que l’empereur écrivit une lettre ordonnant aux Grecs de laisser les Juifs tranquilles. Ce document est d’autant plus décisif qu’il ne témoigne pas d’une excessive sympathie envers les Juifs : «J’en viens aux troubles et aux émeutes antijuives, ou plutôt, s’il faut dire la vérité, à  la guerre contre les Juifs… Sachez que, si vous ne mettez pas fin à ces fureurs détestables de guerre civile, je serai forcé de vous montrer durement ce que signifie la juste colère d’un bon prince… Que les Alexandrins se conduisent avec douceur et humanité à l’égard des Juifs qui depuis si longtemps habitent la même ville ; qu’ils ne s’en prennent pas à ce qui constitue leur manière traditionnelle de rendre hommage à leur divinité, mais qu’ils les laissent user de leurs coutumes[43]…»

Bien que Claude eût souhaité que les Juifs et les Grecs vécussent dans la concorde, la tension ne cessa pas pour autant dans la ville gréco-égyptienne. En 53, l’empereur fit traduire en justice les chefs antisémites Isidore et Lampon, qui furent condamnés à mort[44]. Sous Néron certains Juifs s’étant mêlés à une assemblée, on les en expulsa et on en tua quelques-uns, sans qu’on voie que les coupables de ces meurtres aient été punis ; les essais de vengeance juive n’amenèrent, de la part des militaires, qu’un massacre qui cessa au premier signal ; «mais la populace d’Alexandrie dans l’excès de sa haine était difficile à ramener, et c’est à grand-peine qu’on l’arracha aux cadavres[45]».

Plus tardifs encore, certains documents montrent la persistance de l’antisémitisme alexandrin. Trajan reprochait à une ambassade alexandrine son hostilité envers les Juifs[46] ; et trois Grecs furent traduits devant un empereur, Hadrien semble-t-il, à cause de leurs violences contre les Juifs[47] ; les antisémites grecs portaient alors des armes, organisaient des mascarades insultantes pour les Juifs, et ne voulaient pas permettre à ceux-ci d’habiter auprès du quartier grec. Un autre papyrus montre Commode condamnant l’agitateur alexandrin Appianos qu’un compatriote console en déclarant : «C’est une gloire pour toi de mourir pour ta très douce patrie.» Appianos se posait en martyr et invoquait le souvenir des autres «martyrs» antisémites[48].

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Grâce à Josèphe encore, on connaît l’antisémitisme des Ioniens, contre lesquels Hérode se fit spectaculairement le défenseur des Juifs[49] ; celui des Grecs et des Syriens de Séleucie du Tigre qui, «une fois d’accord, décidèrent de se donner mutuellement un grand témoignage d’amitié par leur haine commune des Juifs. Tombant à l’improviste sur ceux-ci, ils massacrèrent plus de 50.000 hommes[50]». Il semble qu’à Antioche, en 40 après Jésus-Christ, se déroulèrent «des troubles antisémites d’une violence extrême», sans doute à cause de la propagande chrétienne : «Les antisémites profitaient toujours du moindre indice de désaffection des autorités à l’égard des Juifs, pour se livrer à leurs excès, voire même à des pogromes[51].» Josèphe nous apprend l’antisémitisme des Grecs de Césarée, qui contestaient aux Juifs le droit de cité, et dont les provocations furent la cause immédiate de la série d’incidents qui devait aboutir à la Guerre juive – et, naturellement au massacre des Juifs de la ville[52]. Les habitants de Damas, imités par d’autres cités, égorgèrent froidement les Juifs rassemblés et désarmés, dès la nouvelle de la défaite romaine de 66[53]. C’était prendre des précautions de bien loin… Les Grecs d’Antioche, à la même époque, tenaient les Juifs pour des incendiaires et prétendaient les en châtier. On força les Juifs à sacrifier aux dieux – et ceux qui s’y refusèrent furent massacrés. On contraignit les autres à violer le sabbat. Un incendie faillit déterminer un nouveau massacre. Par deux fois la ville d’Antioche, métropole plus attentive à ses haines qu’à ses intérêts, demanda à Titus l’expulsion des Juifs qui, «sous le poids d’accusations suspendues contre eux et inquiets de l’avenir, vivaient dans l’appréhension et la terreur[54]».

Ce n’est donc pas seulement à Alexandrie que l’antisémitisme avait de profondes racines. M. W. Seston a pertinemment rappelé que la lettre de l’empereur Claude, en 41, fut adressée aux Alexandrins et aux Syriens[55].

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L’examen des fragments qui subsistent de la littérature grecque, lorsqu’ils traitent des Juifs, ne saurait atténuer ni aggraver le bilan de l’antisémitisme hellénistique. On relève cependant d’étranges accusations, parfois d’ailleurs difficiles à dater et à interpréter ; on note surtout d’étonnants silences. Car enfin, si l’on tire parti du mutisme de certains auteurs pour prouver la relativité de l’antisémitisme grec, comment ne pas souligner que les meilleurs d’entre eux, lors même qu’ils soulignent l’ampleur de la Diaspora juive et qu’ils s’intéressent au monde oriental, ne citent jamais la version grecque de la Bible ? Ce mépris littéraire n’est-il pas le signe le plus évident d’un autre mépris ? Il faudra que la menace chrétienne devienne alarmante pour que Porphyre et Celse consultent enfin les Septante. Le premier philosophe grec à bien connaître le judaïsme, parmi ceux dont les œuvres nous sont parvenues – Numénius – a vécu dans la secondemoitié du IIe siècle après J.-C. Avant lui, les écrivains grecs affichent, devant l’expansion du judaïsme dans le monde oriental un dédain assez souvent malveillant. Combien significative, la remarque de saint Jérôme à propos d’Origène : «Qui ne sait qu’il apporta tant de zèle aux Saintes Écritures qu’il apprit même la langue hébraïque, contrairement à la nature de son époque et de sa race[56]?» Combien plus décisive que nos trop hésitantes recherches, l’exclamation d’Origène : «Ce n’est que maintenant qu’on entend le nom de Moïse, qui auparavant était enfermé dans les étroites limites de la Judée. Personne parmi les Grecs ne le mentionne, et dans aucune histoire des Lettres nous ne trouvons rien qui ait été écrit à son sujet ou au sujet des autres[57]

La crédulité des intellectuels grecs permet d’imaginer la profondeur des préjugés populaires : la littérature dont il ne nous reste que des débris, oscillait entre la méconnaissance dédaigneuse et la perfide sottise[58]. L’un des fragments (peut-être apocryphe), parmi les plus anciens, a été attribué à Hécatée d’Abdère, qui aurait vécu en Egypte ; bienveillant envers les Juifs, il leur reproche cependant leur genre de vie, contraire à l’humanité et à l’hospitalité[59]. Damocrite – mais on ignore où il vécut, et quand ; – le problème est d’importance : Apion dépend-il de lui ? est-il une des sources d’Apion ? Sont-ils deux témoins d’un même préjugé ? – un certain Damocrite veut que les Juifs adorent une tête d’âne en or ; «tous les sept ans, ils capturaient un étranger, l’amenaient dans leur temple et l’immolaient en coupant ses chairs en petits morceaux[60]». Si Damocrite est antérieur à Apion, si le texte n’a pas été remanié, il faut saluer en lui le premier témoin du «crime rituel»[61]. On a lu avec quelle complaisance, à propos d’Antiochus VII Sidétès, l’écrivain Posidonius d’Apamée, le continuateur de Polybe ! rapporte les discours du clan antisémite gréco-syrien. Apollonius Molon, autre stoïcien de Rhodes, composa sur les Juifs un traité, aujourd’hui perdu, qui devait provoquer la réfutation vigoureuse de Josèphe[62]. Les mauvais sentiments de Posidonius et de Molon permettent de se demander si les stoïciens n’étaient point hostiles par principe, à un judaïsme dont la doctrine et les usages leur semblaient envahissants[63].

Témoin de la chute de Jérusalem, Philostrate n’hésite pas à écrire que : «Ce peuple s’était dès longtemps insurgé non contre les Romains, mais contre l’humanité en général. Des hommes qui ont imaginé une vie insociable, qui ne partagent avec leurs semblables ni la table, ni les libations, ni les prières, ni les sacrifices, sont plus éloignés de nous que Suse ou Bactres ou que  l’Inde plus reculée encore[64].» Argument dont l’écho séculaire retentit jusqu’à nous. On comprend mal, en vérité, que Juster ait considéré les opinions des écrivains grecs ou romains sur les Juifs comme un phénomène purement littéraire.

Ceux qui ne nourrissaient aucune haine particulière contre les Juifs, du moins à notre connaissance, accueillaient plus facilement les idées antisémites dans leurs écrits que quelque anthologie des Septante dans leur bibliothèque. Strabon pense que les Juifs sont gouvernés, depuis Moïse, par des dégénérés[65] ; et il aurait écrit, selon Josèphe, que «les Juifs ont pénétré dans tous les Etats et il n’est pas facile de trouver dans le monde entier un seul endroit où ce peuple n’ait été accueilli et ne soit devenu le maître[66]». Plutarque raconte (peut-être d’après les sources de Tacite[67]) que les Juifs honorent l’âne, insinue qu’ils vénèrent le porc, et manifeste son mépris envers eux en écrivant : «Les Juifs attaqués un jour de sabbat, assis dans leurs habits sordides… restèrent enveloppés dans leur superstition comme dans un filet.[68]» Porphyre, qui prend enfin connaissance de la Bible, parle dédaigneusement de «la pauvreté des écritures judaïques[69]».

Mais Dion Cassius n’affecte aucune sérénité : racontant la révolte juive de 115 après Jésus-Christ, il trace de l’événement le tableau suivant, d’une invraisemblance et d’une partialité éclatantes : «Les Juifs de Cyrène, …massacrèrent les Romains et les Grecs : ils mangeaient les chairs de leurs victimes, se faisaient une ceinture avec leurs entrailles, s’oignaient de leur sang, et ce vêtaient de leur peau ; ils en sciaient aussi beaucoup par le milieu du corps ; ils en livraient d’autres aux bêtes féroces… Ils en détruisirent en tout 220 000. Ils commirent des atrocités du même genre en Egypte et à Chypre… il périt là 240 000 hommes[70].» Pour insulter Epicure, Cléomède déclare que le philosophe «ramasse ses expressions dans les mauvais lieux… tantôt il semble les avoir prises au beau milieu de la synagogue ou chez les individus qui mendient aux alentours : c’est un jargon juif de mauvais aloi, bien plus bas que tout ce qui rampe sur le sol[71]».

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Un texte de Philon, vers 41, c’est-à-dire avant toute propagande chrétienne ou manichéenne, permet de conclure à la convergence des sentiments des lettrés et du peuple. Délégué à Rome, Philon déclarait : «De nous seuls, les cinq députés d’Alexandrie, dépend le sort des Juifs du monde entier ! Si Caligula se déclare pour nos ennemis, il n’y aura plus de sécurité dans aucune autre ville. Il n’y aura aucune ville où on ne tombera sur la colonie juive, où on ne souillera les synagogues ; aucun droit politique ne demeurera pour ceux qui vivent selon les traditions juives[72].» Philon dramatise-t-il la responsabilité qu’il assuma un jour ? Certes. Il ne s’agit que du monde hellénistique ? C’est évident. Mais si son texte ne traduit pas une situation antisémite, qu’est-ce donc qu’un texte en histoire ?

La pensée hellénistique imputait aux Juifs – plus ou moins communément – le vice et l’imposture, la sorcellerie et la haine du genre humain, une origine lépreuse et les tares d’une malédiction divine, l’athéisme et la sédition politique, la profanation et le sacrilège, la honte du sabbat et l’adoration de l’âne ou du porc, l’assassinat pour des raisons religieuses et l’anthropophagie, la cruauté et le serment d’hostilité envers les Grecs ; elle les accusait d’incendie volontaire et d’inhospitalité ; elle proclamait l’irréductible opposition entre les Juifs et les autres hommes. Cet arsenal de calomnies n’a plus qu’à attendre sa traduction en latin pour se répandre dans la totalité du monde romain et imbiber de préjugés les populations destinées au christianisme. «Apion ressuscité écrit de gros pamphlets et de petits journaux, et le préjugé, mis en circulation il y a deux mille ans, suggère encore des lois d’exception dans tel pays et fait des victimes dans tel autre[73]


  1. Flavius Josèphe, Contre Apion, II, § 145 (voir II, §161).
  2. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, trad. Mathieu-Herrmann, XVI, VI, §§ 174-175. Josèphe n’est  pas le premier des apologistes juifs; voir sur Artapan l’article de G. Vermès dans Moïse, l’homme de l’alliance, recueil collectif, Desclée, 1955, p. 68 et 73. Mireille Hadas-Lebel, La révolte des Maccabées : 167-142 avant J-C, Lemme Edit., 2012. Voir aussi l'étude de Mireille Hadas-Lebel sur les grecs et les juifs en format PDF: http://www.revistas.usp.br/revhistoria/article/download/18725/20788‎.
  3. Séleucus IV avait déjà cherché à s’emparer des trésors du Temple. Il n’avait pas pour autant affiché la haine assimilatrice que son frère Antiochus déploya contre les Juifs. Sur le souci particulièrement aigu d’exactitude du Ier Livre des Maccabées, cf. A. Lods, Histoire de la llittérature hébraïque et juive, p. 703. (Sur le IIe Livre, moins sûr, p. 887.) [[Mireille Hadas-Lebel, La révolte des Maccabées : 167-142 avant J-C, édition Lemme, 2012 (O. Peel) ]].
  4. On suit ici G. Ricciotti, II, p. 293.
  5. 1 Maccabées, 1, 41-42. Dans la Civilisation hellénistique (trad. française, Payot, p. 36, 56, 194, 315), W.W. Tarn insiste sur la sincérité religieuse et civilisatrice d’Antiochus. [[Marcel Simon et André Benoît, Le Judaïsme et le Christianisme antique, d’Antiochus Epiphane à Constantin, éd. PUF/collection Clio, 1998; Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère : des prêtres aux rabbins, éd. PUF/collection Clio, 2012 (O. Peel)]].
  6. Pour le détail et les discussions sur les persécutions, voir A. Buchler, Les Sources de F. Josèphe, Revue des Etudes juives, XXXII, 1896, p. 179 ss., et le compte rendu de l’ouvrage de Bouché-Leclercq (Les Séleucides), par Ad. Reinach, même Revue, XLVII, 1914, p. 297 ss. Sur le jus primae noctis exercé par les Séleucides contre les jeunes Juives, voir la Revue des Etudes juives, VII, 1883, p. 157.
  7. E. Bikerman, Un document relatif à la persécution d’Antiochus IV, Revue de l’Histoire des Religions, CXV, 1937, p. 189. La complaisance des Samaritains peut avoir été exagérée par Josèphe, et l’on est en droit de supposer l’emploi de la force royale pour l’expliquer. (Ricciotti, II, p. 202.)
  8. Flavius Josèphe, Contre Apion, II, § 98.
  9. Hippolyte de Rome, Commentaire à Daniel, IV, XXVI.
  10. Tacite, Histoires, V, 8.
  11. La question est posée par Margolis et Marx, Histoire du peuple juif, p. 136.
  12. 1 Maccabées, 7, 26. Si les réserves qu’on fait à propos du Livre d’Esther sont fondées, et si la situation qu’on y décrit est hellénistique, on peut placer dans la bouche d’Epiphane les paroles par lesquelles Haman excitait Assuérus contre les Juifs. (Esther, III, 8.). 
  13. 2 Maccabées, 1, 27.
  14. Th. Reinach, Textes d’auteurs grecs et romains..., p. 56. Posidonius était Rhodien. Il eut pour élèves César et Cicéron. Jules Isaac insiste sur son rôle. (Genèse de l’antisémitisme, II, Revue de la Pensée Juive, n° 8, p. 80.) Cf. Tarn p. 325 ss.
  15. J. Kaplan, Cours professé en 1947-1948 à l’Institut d’Etudes politiques et publié dans La Société française contemporaine, fasc. II, p. 175 (les Cours de Droit, Paris).
  16. Jules Isaac, De l’antisémitisme préchrétien, I, Revue de la Pensée juive, n° 7, p.62. Sur les conséquences de la victoire juive contre les Séleucides, se reporter à la belle page, frémissante et nuancée, de Jules Isaac, Genèse de l’antisémitisme, II, Revue de la Pensée juive, n° 9, p. 74-76.
  17. Th. Reinach, Mithridate et les Juifs, Revue des Etudes juives, XVI, 1888, p. 204 ss.
  18. Josèphe, Antiquités..., XIV, X, § 20 ; Th. Reinach, Antiochus Cyzicène et les Juifs, même Revue, XXXVIII, 1889, p. 165.
  19. Josèphe, Contre Apion, I, §§ 224-226 ; § 287. Sur l’authenticité des textes de Manéthon, réserves expresses de Jules Isaac, art. cité, p. 71-73 (voir plus haut, p. 44, 47). - La discussion sur la date des griefs antisémites qu’Apion prête à Manéthon n’a d’importance que si l’on veut écrire une histoire chronologique de l’antisémitisme. Il est clair que c’est impossible en l’état actuel de nos connaissances.
  20. J.-A. Hild, Les Juifs devant l’opinion romaine, Revue des Etudes juives, XI, 1885, p. 49 ; Isidore Lévy (notes d’histoire, même Revue XLI, 1900, p. 188) pense qu’Apion était grec plutôt qu’Egyptien. Analyse du caractère et des écrits d’Apion dans l’article de Jules Isaac cité, II, 84 ss. Hypothèse de Marcel Simon sur l’influence d’Apion, Verus Israël, p. 71, n. 8.
  21. Josèphe, Contre Apion, I, §§239, 229, 304, 305, 249.
  22. I. Loeb, La Controverse religieuse..., Revue de l’Histoire des Religions, XVII, 1888, p. 311.
  23. Josèphe, Contre Apion, II, § 147.
  24. Exode, 12, 36.
  25. Sur le détail, voir I. Lévi, la Dispute entre les Egyptiens et les Juifs devant Alexandre, Revue des Etudes juives, LXIII, 1912, p. 212, qui renvoie aussi à Josèphe, Antiquités... II, XIV ; Philon, Vie de Moïse, I, 25 ; Tertullien, Adv. Marcionem, II, XX. Voir encore Marmorstein, même Revue, LXV, 1913, p. 310 - Les Chrétiens donnaient une explication favorable aux Juifs, mais sans inventions historiques. (Cf. Clément d’Alexandrie, Stromates I, ch. XXIII, 157 ; Irénée et Grégoire de Nysse, cités par Jean Daniélou, dans Moïse, l’homme de l’Alliance, Desclée, 1955, p. 274.
  26. Contre Apion II, § 15. C’aurait été également l’opinion de Nicarque, de Ptolémée Chemnos et,  au début du IVe siècle d’Helladios. (Voir Reinach, Textes...).
  27. Contre Apion II, §§ 21, 65, 68, 73, 80, 112. - Certaines de ces calomnies ont été tenaces. I. Lévi cite l’exemple d’une superstition grecque du XIXe siècle. (Revue des Etudes juives, XX, 1890 ; p. 251.)
  28. Contre Apion II, § 95. Mais il faut réserver les droits éventuels de Damocrite, autre témoin du crime rituel. Voir p. 63.
  29. Contre Apion II, § 121. - Un texte d’Artapan - il n’y a rien de nouveau sous le soleil de la haine - accuse Pharaon d’«avoir ordonné aux Juifs de porter des vêtements de lin et de ne pas revêtir des habits de laine de façon à ce que, marqués par ce signe distinctif, ils puissent châtiés par lui». (Cité par G. Vermès dans Moïse, p. 71.)
  30. Contre Apion II, §§ 125, 137.
  31. Contre Apion  I, § 1.
  32. Jules Isaac, art. cité, II, p. 87.
  33. O. Cullmann, Le Problème littéraire et historique du roman pseudo-clémentin, p. 127.
  34. Malgré des privilèges de nature municipale, qu’ils ne garderont pas toujours, les Juifs sont des étrangers à Alexandrie. Il faut corriger J. Juster, Les Juifs dans l’Empire romain, II, p. 6-11, par Th. Reinach, L’Empereur Claude et les Juifs, Revue des Etudes juives, LXXIX, 1924, p. 126 ss. Selon Tarn, p. 201, les Juifs ne sont citoyens ni à Alexandrie ni à Antioche.
  35. Voir un récit semblable, mais sous Ptolémée Physcon, chez Flavius Josèphe, Contre Apion, II, §§ 51-56. Quelques historiens identifient cet événement avec un conflit sanglant entre Juifs et Grecs en 88-87 avant Jésus-Christ. - Ralph Marcus (Antisemitism in the Hellenistic-Roman World, dans Studies on Antisemitism, New-York, 1942, p. 8) examine les sentiments de Physcon et de Lathyre au sujet des Juifs et avance, sans grandes preuves et sur l’autorité de ses collègues que Ptolémée Lathyre fut le «premier représentant de l’antisémitisme politique». Adolphe Lods (Histoire de la littérature hébraïque et juive, p. 970) pense que Josèphe et le IIIe Livre des Maccabées évoquent une seule et même tradition : «Il est difficile de dire quel est le fond historique de ces légendes, si seulement il y en a un.»
  36. M. Friedlaender, La propagande religieuse des Juifs grecs, Revue des Etudes juives, XXX, 1895, p. 174.
  37. Philon, De Humanitate, II.
  38. Th. Reinach, L’Empereur Claude…, p. 133.
  39. P. Roussel, Quelques documents nouveaux relatifs à Sarapis, Revue d’Histoire et de Littérature religieuses, VII, 1921, p. 42.
  40. Voir, entre autres, S. Reinach, La première allusion au christianisme dans l’histoire, Revue de l’Histoire des Religions, XC, 1924, p. 110 ; Th. Reinach, L’Empereur Claude et les antisémites alexandrins, Revue des Etudes juives, XXXI, 1895, p. 166 ss., 176 ; et du même, l’article, L’Empereur Claude et les Juifs, p. 113 ; W. Seston, L’Empereur Claude et les Chrétiens, Revue d’Histoire et de Philosophie religieuses, 1931, p. 275, etc.
  41. Philon, In Flaccum, VII. Il s’agit évidemment du «monde» oriental et nord-africain. (Cf. Josèphe, Antiquités..., XVIII, VIII, et Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, V et VI.
  42. C’est l’opinion de Seston, art. cité, p. 275, et de Ricciotti, Histoire d’Israël, II, p. 489, etc.
  43. S. Reinach, art. cité, p. 111 ; W. Seston, art. cité, p. 278.
  44. Ils sont connus par les Actes des Martyrs païens, Isidore et Lampon. Voir Th. Reinach, Nouveaux documents… Revue des Etudes juives, XXXVII, 1898, p.219 ss., et du même, dans la même Revue, LXXIX, 1924, p.133, 139.
  45. Josèphe, Guerre des Juifs, II, XVIII, 487 ss.
  46. Th. Reinach, art. cité, LXXIX, 1924, p. 134.
  47. Voir les deux articles cités plus haut de Th. Reinach, XXXVII, p. 218 ; LXXIX, p. 135.
  48. Th. Reinach, Nouveaux documents…XXXVII, p. 222 et LXXIX, p. 136. - Si Appianos n’a pas été condamné pour son antisémitisme - crime mineur aux yeux des Romains, quand l’ordre public était respecté - le papyrus prouve pourtant que le condamné se réclamait des antisémites précédents, et que le parti existait toujours.
  49. Josèphe, Antiquités..., XVI, II, § 27 ss.
  50. Josèphe, Antiquités..., XVI II, IX, § 376. On ne s’attachera pas au nombre indiqué par Josèphe.
  51. H. Janne, La Lettre de Claude aux Alexandrins, Annales de l’Institut de Philologie et d’Histoire orientales et slaves, Bruxelles, 1936, IV, p. 293-294.151. 
  52. Josèphe, Guerre des Juifs, II, XIV.
  53. Josèphe, Guerre des Juifs, II, XX § 559 ss.
  54. Josèphe, Guerre des Juifs, VII, III et V, § 100 ss.
  55. W. Seston, art. cité, p. 290.
  56. Cité par J. Daniélou, Origène, La Table Ronde éd., p. 101, 139. Cf. Tarn, p. 190, 208.
  57. Origène, Homélie I sur le «Cantique des Cantiques», 4 (trad. O. Rousseau, Sources Chrétiennes, p. 68).
  58. Les textes se trouvent dans le recueil de Th. Reinach. Une étude précise en a été faite dernièrement par Jules Isaac dans les trois articles déjà cités : De l’antisémitisme préchrétien (I), dans la Revue de la Pensée juive, n° 7, avril 1951, p. 64-73 ; Genèse de l’antisémitisme (II), même Revue n° 8, juillet1951, p. 71 ss. ; Cheminements de l’antisémitisme païen (III), même Revue n° 9, automne 1951, p. 20-26.
  59. Th. Reinach, Textes..., p. 28. - Th. Reinach s’est plus tard prononcé contre l’authenticité. (Introduction au Contre Apion, éd. des Belles -Lettres, p. XXXI. Voir Jules Isaac, I, p. 70.)
  60. Th. Reinach, Textes..., p. 121. Sur la fortune de l’adoration de l’âne dans le monde gréco-romain, voir P. de Labriolle, La Réaction païenne, p. 194 ss.
  61. Jules Isaac penche à croire Damocrite antérieur à Apion ; il souligne que le Grec doit être «sacrifié tous les sept ans selon Damocrite, tous les ans selon la surenchère d’Apion». (Histoire ancienne de la fable du meurtre rituel, Evidences, octobre 1950.
  62. Josèphe, Contre Apion, II, §§ 145 ss., 255 ss., 262 ss. Cf. Jules Isaac, II, p. 82.
  63. Jules Isaac, II, p. 80.
  64. Th. Reinach, p. 176.
  65. Strabon, Géographie, XVI (trad Reinach, Textes..., p. 89-113).
  66. Josèphe, Antiquités..., XIV, VII, §2.  - Jules Isaac, traduit plutôt par «... et ne soit pas devenu prépondérant» et se refuse à voir dans cette expression une nuance péjorative ou sarcastique (art. cité, III, p. 22).
  67. A. Buchler, La fête des Cabanes chez Tacite et Plutarque, Revue des Etudes juives, XXXVII, 1898, p. 198.
  68. Th. Reinach, p. 136, 139.
  69. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, XVIII, 4. Cf. P. de Labriolle, p. 263.
  70. Dion Cassius,  Epitome, LXVIII (trad. Reinach). Le texte a été repris par une multitude d’auteurs, désireux de montrer la cruauté juive. Ainsi l’abbé Rohrbacher, Histoire universelle de l’Eglise catholique, V, p. 59 (1857), ou H. de Vries de Heekelingen, Juifs et Catholiques, 1939, p. 63. Etait-ce aussi, chez eux, une opinion purement littéraire ? On ne comprend pas qu’à propos d’un autre texte, Jules Isaac écrive : «L’historien Dion Cassius au début du IIIe siècle est peut-être de tous les auteurs anciens celui dont le témoignage est à la fois le plus objectif - ni sympathique ni hostile - et le plus exact...» (art. cité, III, 26). Eusèbe de Césarée, qui n’est pas philosémite, raconte ces événements sans les précisions romanesques de Dion. (Histoire ecclésiastique, IV, II.)
  71. Th. Reinach, Textes..., p. 212.
  72. Philon, De Legatione, 46.
  73. Th. Reinach, Textes..., Préface, p. IX.

7 Responses to 2. L’antisémitisme hellénistique

  1. Peel Olivier on décembre 8, 2013 at 2:35 says:

    A la note 3, on pourrait rajouter cette excellente étude de Mireille Hadas-Lebel sur les grecs et les juifs en format PDF.
    http://www.revistas.usp.br/revhistoria/article/download/18725/20788‎.
    Cette étude date de 1994 et fait 12 pages.

    • Peel Olivier on décembre 8, 2013 at 5:17 says:

      On peut également ajouter le livre de Mireille Hadas-Lebel, La révolte des Maccabées : 167-142 avant J-C, édition Lemme Edit, 2012.

  2. Peel Olivier on décembre 8, 2013 at 4:35 says:

    A la note 5 on peut rajouter le livre de Marcel Simon et de André Benoît, Le Judaïsme et le Christianisme antique, d’Antiochus Epiphane à Constantin, éd. PUF/collection Clio, 1998.

  3. Peel Olivier on décembre 8, 2013 at 5:08 says:

    Toujours pour la note 5, on peut rajouter le livre récent de Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère : des prêtres aux rabbins, éd. PUF/collection Clio, 2012.

  4. Peel Olivier on décembre 9, 2013 at 5:06 says:

    Un espace de trop « à la guerre contre les juifs »: « «J’en viens aux troubles et aux émeutes antijuives, ou plutôt, s’il faut dire la vérité, à la guerre contre les Juifs… »

  5. Peel Olivier on décembre 9, 2013 at 5:21 says:

    Car enfin, si l’on tire parti du mutisme de certains auteurs pour prouver la relativité de l’antisémitisme grec, comment ne pas souligner que les meilleurs d’entre eux, lors même qu’ils soulignent l’ampleur de la Diaspora juive et qu’ils s’intéressent au monde oriental, ne citent jamais la version grecque de la Bible ?

    Ce texte est intéressant car il montre le mépris des grecs vis-à-vis des juifs et leur antisémitisme. Mais si l’on pousse un peu plus loin la réflexion, les premiers chrétiens utilisèrent la Septante, signe que les premiers chrétiens (en dehors des judéo-chrétiens) n’étaient pas antisémites. Toutefois, au 2e siècle, les chrétiens utilisaient encore la Septante et l’antisémitisme chrétien était déjà prégnant.

  6. Peel Olivier on décembre 9, 2013 at 5:26 says:

    Un écart de trop dans cette phrase: « ni les sacrifices, sont plus éloignés de nous que Suse ou Bactres ou que l’Inde plus reculée encore ».

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