20 3. La lutte de la Synagogue contre l’hérésie chrétienne

La différenciation fut cependant, et avant tout, la réaction instinctive de la Synagogue devant l’hérésie chrétienne naissante, et l’action défensive de l’Église en présence du mordant juif auprès des Païens et des Chrétiens. Ce travail s’est fait des deux côtés ; il s’est accompagné d’une hostilité dont il n’est pas possible de retracer les étapes chronologiques. A plus forte raison est-il impossible de restituer à chacun des épisodes (que nous ne savons pas toujours dater) son importance exacte, ou sa responsabilité, dans les rebondissements passionnels du conflit. Aussi faut-il se contenter de deux enquêtes parallèles. Mais encore par laquelle commencer ? Par le recul juif devant les Galiléens, ou le durcissement chrétien devant les Judéens ? Le choix même ne risque-t-il point de trahir une arrière-pensée ? Si nous racontons d’abord la volonté de différenciation juive, ce n’est pas pour insinuer qu’elle ait été responsable de l’effort chrétien contraire (et semblable) ; mais, en bonne logique (à défaut de preuves historiques, toujours possibles, d’une réalité contraire), il est naturel de penser que l’orthodoxie juive ait d’abord compris combien le christianisme lui était irréductible. Encore une fois, il faudrait, pour qu’un jugement équitable fût formulé, une connaissance précise de la chronologie : dans l’impossibilité de fixer celle-ci, la plus grande prudence d’appréciation est de rigueur[1].

*

*  *

Devant l’expansion de l’Église naissante, le judaïsme s’est durci de deux manières : indirectement, par la méfiance de plus en plus vive qu’il éprouva envers la synagogue alexandrine, condamnée dans la mesure où elle avait effectivement frayé le chemin à l’Evangile ; directement par un combat conscient contre la nouvelle hérésie. La Synagogue rejeta la version grecque de l’Ancien Testament, dite des Septante, parce que les Chrétiens l’utilisaient ; elle vit dans l’anniversaire de sa traduction une date néfaste qui méritait qu’on la célébrât dans le deuil. De nouvelles versions grecques (dont la plus importante fut celle du prosélyte Aquila), supplantèrent le texte alexandrin dans les communautés de langue grecque. Par contre, ce n’est pas sans méfiance  que les Chrétiens assistèrent à l’abandon du texte des Septante[2].

La théologie alexandrine devint désormais suspecte dans le judaïsme. Les écrits philoniens n’eurent de postérité que dans l’Église ; et l’allégorisme dont usaient les Chrétiens, à leur tour, subit une condamnation décisive[3] : la version d’Aquila se voulut résolument littéraliste. L’exégèse juive s’appliqua à réduire le nombre, ou à contester le caractère des textes messianiques lus par les Chrétiens dans les Écritures. Il y eut une tendance à repousser le plus loin possible la venue du Messie, ou à prétendre parfois qu’il s’était manifesté au temps d’Ezéchias. les intentions polémiques de ce courant de pensée sont évidentes[4]. Les commentaires juifs de certains passages de la Genèse – « Dieu dit : Faisons l’homme… » prétendaient prémunir le lecteur contre l’explication chrétienne[5]. D’une manière générale, on mit l’accent sur la « torah orale » opposé’ à la « torah écrite » dont les Chrétiens s’étaient emparés[6]. Il faudra attendre Moïse de Léon et le XIIIe siècle pour voir un auteur juif adopter la théorie chrétienne (pourtant enracinée dans la synagogue hellénistique des quatre méthodes d’interprétations de l’Ecriture[7]. Mais les Juifs avaient, d’abord, vécu plus de mille ans, dans la méfiance de l’hellénisme ; il y eut même une interdiction momentanée de la langue grecque, rendue sans doute responsable des progrès de l’hérésie[8]. Les observances attaquées par les Chrétiens furent renforcées ; la Loi devint le château fort du judaïsme rabbinique, caractérisé dès lors par la pratique elle-même de la Loi[9].; certains usages de la liturgie synagogale, adoptés par l’Église, disparurent : ce fut le sort de la récitation quotidienne du Décalogue, « à cause des prétentions critiques des Minim « , tandis qu’on vit apparaître au contraire, l’habitude de réciter matin et soir le teste des Nombres, XV (37-41) pour que les fidèles se rappelassent constamment la signification de la Loi[10].

Si le Cantique des Cantiques fut frappé de suspicion et réservé aux personnes averties[11], le récit de la chute et l’explication du début de la Genèse (le chapitre IV y compris) subirent davantage les contrecoups de la lutte antichrétienne. La doctrine du péché originel qu’on rencontre dans le judaïsme, à la veille comme au lendemain de l’apparition de l’Église, suscita parmi les rabbins une réaction pélagienne avant la lettre, pour reprendre la piquante comparaison d’Israël Lévi, dont l’opinion est formelle : ce qui a donné à la doctrine du péché originel née dans le judaïsme, « le coup mortel, c’est la faveur qui l’avait accueillie dans le christianisme et la part considérable qu’elle devait prendre à la formation du nouveau dogme[12]« .

L’insistance talmudique sur la cessation des prophéties avec la destruction du second Temple serait également une preuve de la polémique antichrétienne des docteurs[13]. La signification des légendes talmudiques n’était pas non plus exempte d’arrière- pensées. Le P. de Menasce pense, à propos d’Abraham, que « les exigences de la controverse antichrétienne [ont] amené à « forcer » quelque peu l’éminence de la personne du patriarche[14]« . Moins heureux, Hénoch, Moïse et Elie virent contester ou réduire à néant les textes bibliques sur leur enlèvement ou sur leur béatitude céleste, car on craignait de justifier ainsi l’ascension de Jésus[15].

Le Talmud lui-même contient des mises en garde indirectes contre l’hérésie chrétienne, des passages où la controverse entre Juifs et Chrétiens transparaît (particulièrement dans l’insistance polémique sur l’unité de Dieu), et des textes qui visent à déceler ceux qu’on suspecte d’hérésie. Au IVe siècle, il conseille la destruction des livres des Chrétiens et, selon les règles classiques de toute orthodoxie, préfère hautement le paganisme à l’hérésie sortie de son propre sein[16].

Il n’est pas inutile, peut-être de rappeler le caractère des recueils de textes qu’on désigne sous le nom de Talmud. Il ne s’agit nullement, malgré de tenaces légendes, d’une école de haine antichrétienne ; s’il reflète la violence des polémiques, cela ne veut pas dire qu’on y rencontre un enseignement systématique contre l’adversaire. Tous les passages qui conseillent l’abstention à l’égard des hérétiques et des chrétiens ne sont que l’application juive de la règle d’or des orthodoxies religieuses, opposées par définition, aux mariages mixtes et aux tentations syncrétistes qui naissent de la fréquentation des infidèles : on pourrait faire chez les Pères une moisson parallèle de textes en faveur de l’isolement religieux. Détachés de leur contexte ou mal replacés dans l’atmosphère des temps passés, certains passages du Talmud ont fait l’objet d’une polémique millénaire et ont alimenté, lorsque des renégats les dénonçaient aux Chrétiens, l’antisémitisme de ceux-ci. Il s’est trouvé, à toutes les époques, des savants pour les exhumer et les présenter avec le venin du talent ou de la passion. Mais, dans l’ensemble, le Talmud pèche beaucoup plus par un silence évidemment concerté à l’égard du christianisme, que par des invectives ou des accusations tendancieuses. Et c’est d’une manière indirecte que le Talmud a prémuni les Juifs contre d’éventuelles sympathies chrétiennes. S’il y a des accusations calomnieuses ou  hostiles à la personne de Jésus dans le Talmud, elles sont rares[17], la conspiration du silence en est plutôt la maxime générale ; la première citation connue d’un texte évangélique dans un livre juif date de l’Introduction aux devoirs des cœurs, au XIe siècle[18].

*

*   *

Le judaïsme des premiers siècles chrétiens ne s’est cependant pas contenté d’une lutte indirecte avec l’hérésie. Il a croisé le fer avec elle. Il a excommunié au plus tôt vers l’an 80, tous ceux des Judéo-Chrétiens qui s’obstinaient à vouloir fréquenter la Synagogue ; il les a enveloppés avec tous les Chrétiens, dans une malédiction liturgique quotidienne, trois fois répétée, qui a eu dans le ressentiment chrétien une part qu’il est tout à la fois impossible de préciser et de négliger. « Que les apostats n’aient aucune espérance et que l’empire de l’orgueil soit déraciné promptement de nos jours. Que les Nazaréens et les minim périssent en un instant, qu’ils soient effacés du livre de vie et ne soient pas comptés parmi les justes. Béni sois-tu, Eternel, qui abaisses les orgueilleux[19]. » Cette malédiction permet de découvrir les crypto-Chrétiens[20] autant que de maudire les Chrétiens déclarés.

Le conflit se prolongeait en controverses passionnées. L’un des plus violents parmi les textes chrétiens montre son auteur sur la défensive : Du Messie, pour prouver qu’il est le Fils de Dieu, en riposte aux Juifs qui outragent le peuple de Dieu[21]. A la propagande chrétienne parmi les Juifs, dont saint Paul a été l’initiateur dans la Diaspora, le patriarche juif répondait par une contre-propagande systématique : « Les Apôtres missi dominici du patriarche, stimulaient à travers la Diaspora la résistance au judaïsme. Les deux religions se dressaient l’une contre l’autre avec toute l’âpreté de frères ennemis affrontés dans un long différend[22]. » Justin fait allusion à cette contre-propagande[23]. Certains auteurs ont voulu voir dans le Toledot Yechou une réplique juive à l’Epître aux Hébreux[24]. Saint Jérôme nous montre un « Hébreu » cherchant à ébranler la foi des fidèles à propos de la naissance de Jésus[25], et une homélie du IV e siècle reflète les attaques auxquelles les Chrétiens devaient savoir répondre : « Si donc un Juif se met à dire : ‘Pourquoi dons le Fils souffrait-il pour que le monde fût sauvé, comme s’il ne pouvait être sauvé même sans cela ?’, qu’on réplique : « Pourquoi donc la Pâque était-elle immolée pour le salut des premiers-nés Juifs, comme s’ils ne pouvaient être sauvés même sans cela ? »[26]

L’effort de différenciation et la légitime contre-propagande théologique ne pouvaient guère se poursuivre sans violences. La liste en a été, très tôt et trop souvent, dressée de manière tendancieuse par les Chrétiens. James Parkes a prouvé qu’il qu’il convient de se méfier d’un certain nombre de textes relatifs à des martyres, souvent douteux et d’origine tardive. Mais cela n’autorise pas la récusation, une fois pour toutes, ni de l’ensemble du livre des Actes, ni du meurtre d’Etienne, ni du zèle persécuteur de Paul avant sa conversion. On peut difficilement nier que chaque relâchement de la surveillance romaine en Palestine ne se soit pas accompagné de violences antichrétiennes de la part des dirigeants juifs : en 44 contre Jacques ; en 62 contre Jacques le frère du Seigneur, chef des Judéo-Chrétiens[27]. L’attitude antinationaliste des Chrétiens contrastait avec l’évolution d’une partie des Juifs palestiniens, de plus en plus favorables aux zélotes ; pendant la deuxième Guerre juive les Chrétiens furent persécutés, sans doute comme traîtres et hérétiques[28].

L’Église ancienne reprochait aux Juifs, à la suite de Tertullien, d’être les instigateurs des persécutions. Il est certain que le salut accordé aux Juifs impliquait une certaine responsabilité de la Synagogue à l’égard de tous ceux qui se rattachaient à la Loi ; et les francs-tireurs chrétiens pouvaient trop facilement compromettre les Juifs dans leurs rapports avec les Romains pour que les chefs du judaïsme ne cherchassent pas à se désolidariser d’avec les hérétiques, voire à les éliminer préventivement avec l’aide du glaive temporel[29]. Les premiers Chrétiens, victimes des prudences politiques des Juifs, parfois même de leur hostilité déclarée, ont pu n’y voir que de la haine, sans mesurer combien le statut des Juifs enfermait parfois ceux-ci dans une situation délicate[30].

S’il en fut ainsi, loin de révoquer les témoignages chrétiens, pourvu qu’on les éclaire, en revanche, par les conditions politiques du statut des Juifs dans l’empire, on comprend l’inexplicable discernement du gouvernement romain qui, en 64, distingue les Juifs des Chrétiens, lors de l’incendie de Rome, alors que la persécution atteindra indistinctement Juifs et Chrétiens à la fin du siècle : Néron, selon plusieurs historiens de tendances divergentes, aurait été renseigné par les Juifs[31]. Justin martyr, qui leur rappelle leurs violences : « Vous n’avez pas le pouvoir de porter la main sur nous grâce à ceux qui maintenant nous gouvernent, mais chaque fois que vous l’avez pu, vous l’avez fait[32]« , est d’accord avec le Martyre de Polycarpe, qui retrace l’hostilité active des Juifs dans la mort de l’évêque de Smyrne[33] et avec Tertullien : « Autant d’étrangers, autant d’ennemis, et spécialement les Juifs par haine… [34]. » Mais il n’est pas sûr que les reproches des Apologistes, qui généralisaient dans une certaine mesure, soient valables après eux : les actes hostiles des Juifs dans les persécutions antichrétiennes ne dépassent pas la première moitié du IIe siècle. L’équité de M. Simon semble devoir rallier  les suffrages : « Aux accusations excessives des anciens auteurs chrétiens, gardons-nous de répondre par une absolution totale. Les Juifs effectivement ont persécuté les Chrétiens quand ils l’ont pu, c’est-à-dire chez eux, en Palestine… Leur rôle s’est probablement réduit de plus en plus à mesure que le conflit entre l’Église et la société se faisait lus aigu…[35]. »

Les Juifs ont-ils été du moins les profiteurs de la persécution ? Il faut peu de chose pour que le persécuté mesure âprement  les avantages tirés de ses malheurs par ceux qui demeurent dans la paix : c’est avec quelque amertume que les Chrétiens ont vu à certaines époques la propagande juive s’exercer auprès des convertis chancelants en leur offrant le refuge licite du judaïsme[36]. Au temps de Julien l’Apostat, les Chrétiens soulignaient les profits espérés par la Synagogue grâce aux nouvelles dispositions païennes ; et Chrysostome n‘a pas manqué de les reprocher aux Juifs[37].

Les Juifs ont réagi avec vigueur contre l’hérésie chrétienne. Ils ont cherché à se prémunir contre l’attrait de l’Evangile, au prix d’un durcissement théologique et de l’impitoyable retranchement de tout ce qui pouvait provoquer la sympathie envers l’universalisme chrétien. Dès le IIe siècle, l’Église est considérée par eux comme l’erreur et l’ »ennemi par excellence[38] » à qui on ne doit rien concéder. « Au lieu d’entraîner dans son orbite et de modeler à son image la vieille synagogue, l’Église n’a provoqué chez celle-ci que protestation et résistance, repliement sur soi-même et défiance, par-dessus tout, suspicion à l’endroit des idées devenues partie intégrante  ou élément de succès de l’hérésie détestée[39]. »


  1. Il en est ainsi, à plus forte raison, des explications psychanalytiques : Le relations entre les Chrétiens et la Synagogue auraient été selon certains auteurs, qu’on étonnerait en les accusant de dogmatisme, comparables au complexe d’Œdipe... (Voir R. Loewenstein, Psychanalyse de l’Antisémitisme.) [[Sur la relation entre les chrétiens et la synagogue, voir: F. Lovsky, La division entre l’Eglise et la Synagogue, in Yeroushalaim n° 36, 2004, p.11-15. Pour une approche du dialogue Eglise/Synagogue après la Shoah, voir http://www.rivtsion.org/f/index.php?sujet_id=546; voir encore: Marcel Simon et André Benoît, Le Judaïsme et le Christianisme antique, d’Antiochus Epiphane à Constantin, éd. PUF, 1998, Collectif, Aux origines du christianisme, éd. Folio/Histoire, 2000. (O. Peel)]]
  2. "Ils font vraiment preuve d’impudence et d’audace, ceux qui veulent aujourd’hui faire d’autres traductions...", écrivait Irénée, III, 3, 21 (cf. 21, 1). Voir, pour l’attitude générale des Chrétiens, M. Simon, p. 184, 348, 435 ; et Jakob Jocz, The Jewish People and Jesus-Christ (S. P. C. K. ) , Londres, 1949, p. 50, 335. [[Sur le rapport de la Bible des Septante et sa relation avec le christianisme, voir : La Bible grecque des Septante : Du Judaïsme hellénistique au Christianisme ancien, sous la directiona de Marguerite Harl, Gilles Dorival et Olivier Munnich, éd. du Cerf, 1988. Supplément au Cahier Evangile numéro 74, La Septante : La Bible grecque de Hugues Cousin, 1991 ; Alexis Léonas, L’aube des traducteurs : De l’hébreu au grec : traducteurs et lecteurs de la Bible des Septante IIIe s. av. J.-C. – IVe s. apr. J.-C., éd. du Cerf, 2007. (O. Peel)]]
  3. M. Simon, p. 435. On verra Eusèbe de Césarée annexer Philon et le citer parmi "les nôtres"... (II, IV, 2.)
  4. B. Blumenkranz, Les Auteurs chrétiens latins sur les Juifs, Revue des Etudes juives, XI (CXI), 1952, p. 35.
  5. Basile de Césarée, Hexaéméron (coll. Sources chrétiennes, n°26), 515, 517 ; cf. M. Simon, p. 231.
  6. A. Cohen, Le Talmud, Payot, p. 199.
  7. M. Simon, p. 192 ; G. Sholem, Les Grands Courants de la mystique juive, p. 226. Cf. Jean Daniélou, Sacramentum futuri, p. 146, 203 ss.
  8. M. Simon, p. 348.
  9. M. Simon, p. 437.
  10. Israël Lévi, Le Péché originel dans les anciennes sources juives, 2e éd., Paris, 1909, p. 29 ; Marcel Simon, p. 226 ; J. Jocz, p. 47, 49, 334.
  11. A. Marmorstein, Deux Renseignements d’Origène, Revue des Etudes juives, LXXI, 1920, p. 199. Cf. Dom rousseau, Introduction aux Homélies sur le Cantique des Cantiques d’Origène, Sources chrétiennes, n° 37, p.10 ss., 26.
  12. Israël Lévi, Le Péché originel..., en particulier, p. 29. Cf. Georges Vajda, Revue des Etudes juives, VI (CVI), 1954, p. 141.
  13. Voir la Revue des Etudes juives, X (CX), 1950, p. 154.
  14. J. de Ménasce, Cahiers sioniens, numéro sur Abraham, juin 1951, p. 102. Cf. Israël Lévi, Le Péché originel..., p.19.
  15. Israël Lévi, p. 30.
  16. M. Simon, p. 214-238 ; Isidore Loeb, La Controverse religieuse entre les Chrétiens et les Juifs, Revue de l’Histoire des Religions, XVII, 188,p. 315 ss. Clément d’Alexandrie raisonne de la même manière, qui se prononce en faveur des philosophes grecs païens plutôt que des hérétiques chrétiens et des Juifs. (Stromate I, XIX, 95, 4 à 96, 3.) [[Sur la relation des chrétiens avec le Talmud et vice et versa: Dan Jaffé, Le Talmud et les origines juives du christianisme : Jésus, Paul et les judéo-chrétiens dans la littérature talmudique, éd. du Cerf, 2007 ; Collectif, sous la direction de David Tollet, Les Eglises et le Talmud : Ce que les chrétiens savaient du judaïsme (XVIe-XIXe siècles), éd. PU Paris-Sorbonne, 2006. (O. Peel)]]
  17. Références dans J. Jocz, p. 57 ss. , 357. - Se méfier des ouvrages antisémites, conscients ou non, qui enflent l’importance et le nombre de ces textes.
  18. André Chouraqui, préface à la traduction de Bahya Ibn Paqûda, Introduction aux devoirs des cœurs, Desclée de Brouwer, 1950, p. XII, XLIX.
  19. E. Renan, Les Evangiles, p. 71 ss. ; Juster, II, 209 ; Marcel Simon, Verus Israël, p. 235 ss. On a discuté la signification des termes "Nazaréens" et "Minim". M. Simon montre qu’il s’agit bien des Chrétiens, p 297. Voir J ; Jocz, p. 45, 51, 174, 332, 335 ; A. Cohen, Le Talmud, Payot, 1950, p. 47-48.
  20. M. Simon, p. 236. [[Sur le rejet et le dialogue difficile entre Chrétiens et Synagogue, voir : Simon-Claude Mimouni et Bernard Pouderon (dir.), La croisée des chemins revisitée : Quand l’Eglise et la Synagogue se sont-elles distinguées?, éd. du Cerf, 2012. (O. Peel)]]
  21. Aphraate, Hom., XVII, 1 cité par M. Simon, p. 193 ; Marc Lods  (Revue d’Histoire et de Philosophie religieuses, 1941, p. 1 ss.) conclut à l’utilisation par Celse, de documents juifs dirigés contre les Chrétiens.
  22. Marcel Simon, Le Judaïsme berbère... Revue d’Histoire et de Philosophie religieuses, 1946, p. 135 ; et Verus Israël, p. 146.
  23. Justin, Dialogues avec Tryphon, CVIII, 2 ; XVII, 1 ; Renan allait jusqu’à traiter ces Apôtres de "commis-voyageurs de la calomnie". (Marc-Aurèle, p. 60.)
  24. S. Krauss, Une nouvelle recension..., Revue des Etudes juives, III (CIII), 1938, p. 65 ; J. Jocz, p. 60 ss. - Mais on n’est pas certain qu’il faille faire remonter si haut un texte dont l’époque est controversée.
  25. Commentaire à l’Epître à Tite, cité par P. de Labriolle, Réaction païenne, p. 459. Voir également les textes relevés par E. Le Blant, La Controverse des Chrétiens et des Juifs aux premiers siècles de l’Eglise, 1898, p. 7, 8, 15.
  26. Homélie II sur la Pâque, 4, traduite par Pierre Nautin, Homélies pascales, II : Trois homélies dans la tradition d’Origène, Sources chrétiennes, n° 36, p. 78.
  27. Marcel Simon, Verus Israël, p. 304 ; P.-H. Menoud, art. cité, P. 35, qui insiste sur la signification du martyre de Jacques.
  28. Voir plus haut, p. 126. [[Sur cette question, voir le livre de Lucien Poznanski, Chute du temple de Jérusalem, éd. Complexe 1999 ; Mireille Hadas-Lebel, Jérusalem contre Rome, éd. CNRS, 2012. (O. Peel)]]
  29. Voir Actes, XVIII, 13-15. Les synagogues juives ayant certains droits de juridiction sur leurs membres, il était somme toute politique de dénoncer ceux qui compromettaient le statut, et qui, déjà, récusaient l’autorité de la synagogue locale. Voir M. Goguel, La Naissance du christianisme, p. 483, 506 ss.
  30. Sur l’aspect politique de la rivalité entre Israël et l’Eglise, désireuse de s’assurer les conséquences juridiques de sa qualité de "véritable Israël", voir le chapitre III de l’article de P.-H. Menoud. Sa conclusion est formelle : les Juifs devaient dénoncer les Chrétiens devant le pouvoir, pour pouvoir les exclure du statut particulier à Israël.
  31. C’était l’opinion de Renan, l’Antéchrist, p.156 ; c’est celle de M. Goguel, rendant compte de la Réaction païenne de L. de Labriolle : "Dans le domaine des faits, M. de Labriolle le rappelle, c’est très probablement par les influences juives qui s’exerçaient à la cour de Néron qu’il faut expliquer qu’après l’incendie de Rome en 64, les Chrétiens seuls aient été massacrés" (Revue d’Histoire et de Philosophie religieuses, 1935, p. 168) et dans sa Naissance du christianisme, p. 544 ss. Cf. M. Simon, p. 146. - Nous commettons probablement le plus grossier des anachronismes en voyant dans l’hypothèse d’une dénonciation quelque chose d’injurieux pour le judaïsme. S’il y avait des Chrétiens et des Juifs pour déplorer le principe de la dénonciation, ils devaient être l’exception ; et Oscar Cullmann étudie, d’après I Clément, III à VI, les "jalousies entre frères" et les dénonciation entre Chrétiens qui peuvent avoir provoqué la mort de Pierre. (Saint Pierre, disciple, apôtre, martyr, p. 86 ss.)
  32. Justin, Dialogue avec Tryphon, XVI, 4.
  33. Martyre de Polycarpe, XII, XII, XVII, XVIII.  - M. Simon a fait des réserves importantes, peut-être excessives : Verus Israël, p. 150.
  34. Tertullien, Apologétique, VII, 3.
  35. M. Simon, p. 148-149.
  36. M. Simon, p. 134. Aphraate signale une situation semblable pendant la persécution antichrétienne de Sapor (R. M. Tonneau, dans Moïse, l’homme de l’Alliance, Desclée de Brouwer, 1955, p. 249).
  37. M. Simon, p. 142. Voir aussi l’article de M. Simon, La Polémique antijuive de saint Jean Chrysostome à Antioche’, Annuaire de Philologie et d’Histoire orientales..., Bruxelles, 1936, p. 410.
  38. M. Simon, p. 237. Voir aussi p. 445.
  39. Israël Lévi, Le Péché originel..., p. 4.

7 Responses to 3. La lutte de la Synagogue contre l’hérésie chrétienne

  1. Peel Olivier sur décembre 25, 2013 à 4:08 says:

    Encore une fois, il faudrait, pour qu’un jugement équitable fût formulé, une connaissance précise de la chronologie : dans l’impossibilité de fixer celle-ci, la plus grande prudence d’appréciation est de rigueur[1

    Sur la relatione entre les chrétiens et la synagogue,voir:

    Article de F. Lovsky, La division entre l’Eglise et la Synagogue, in Yeroushalaim n°36, 2004, pp.11-15.

    Pour une approche du dialogue Eglise/Synagogue après la Shoah, voir http://www.rivtsion.org/f/index.php?sujet_id=546

    • Peel Olivier sur décembre 25, 2013 à 4:32 says:

      On peut encore rajouter les bibliographies suivantes:

      Marcel Simon et André Benoît, Le Judaïsme et le Christianisme antique, d’Antiochus Epiphane à Constantin, éd. PUF, 1998

      Collectif, Aux origines du christianisme, éd. Folio/Histoire, 2000.

  2. Peel Olivier sur décembre 25, 2013 à 4:22 says:

    Par contre, ce n’est pas sans méfiance que les Chrétiens assistèrent à l’abandon de texte des Septante[2].

    Sur le rapport de la Bible des Septantes et sa relation avec le christianisme, voir l’ouvrage suivant:
    La Bible grecque des Septante : Du Judaïsme hellénistique au Christianisme ancien, sous les directions de Marguerite Harl,Gilles Dorival et Olivier Munnich, éd. du Cerf, 1988.

    • Peel Olivier sur décembre 25, 2013 à 4:25 says:

      On peut également rajouter les ouvrages suivants:

      Supplément au cahier Evangile numéro 74, La Septante : La Bible grecque de Hugues Cousin, 1991.

      Alexis Léonas, L’aube des traducteurs : De l’hébreu au grec : traducteurs et lecteurs de la Bible des Septante IIIe s. av. J.-C. – IVe s. apr. J.-C., éd. du Cerf, 2007.

  3. Peel Olivier sur décembre 25, 2013 à 4:47 says:

    Au IVe siècle, il conseille la destruction des livres des Chrétiens et, selon les règles classiques de toute orthodoxie, préfère hautement le paganisme à l’hérésie sortie de son propre sein[16]

    Sur la relation des chrétiens avec le Talmud et vice et versa:

    Dan Jaffré, Le Talmud et les origines juives du christianisme : Jésus, Paul et les judéo-chrétiens dans la littérature talmudique, éd; du Cerf, 2007.

    Sous la direction de David Tollet et collectif, Les Eglises et le Talmud : Ce que les chrétiens savaient du judaïsme (XVIe-XIXe siècles), éd. PU Paris-Sorbonne, 2006.

  4. Peel Olivier sur décembre 25, 2013 à 4:58 says:

    Cette malédiction de découvrir les crypto-Chrétiens[20] autant que de maudire les Chrétiens déclarés.

    Sur le rejet et le dialogue difficile entre chrétien et synagogue:
    Sous la direction de Simon-Claude Mimouni et Bernard Pouderon, La croisée des chemins revisitée : Quand l’Eglise et la Synagogue se sont-elles distinguées?, éd. du Cerf, 2012.

  5. Peel Olivier sur décembre 25, 2013 à 5:08 says:

    L’attitude antinationaliste des Chrétiens contrastait avec l’évolution d’une partie des Juifs palestiniens, de plus en plus favorables aux zélotes ; pendant la deuxième Guerre juive les Chrétiens furent persécutés, sans doute comme traîtres et hérétiques[28]

    Sur la question, voir le livre de

    Lucien Poznanski, Chute du temple de Jérusalem, éd. Complexe 1999.

    Mireille Hadas-Lebel, Jérusalem contre Rome, éd. CNRS, 2012.

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