9 3. L’antisémitisme romain

Quand le Judaïsme fut atteint par l’expansion romaine, il bénéficia d’une situation privilégiée qui codifiait souvent une situation déjà acquise. On aurait tort d’en déduire que les Romains aient pour autant sacrifié à quelque philosémitisme de principe, ou que leurs bonnes dispositions fussent immuables. Tous les Romaine ne pensaient pas comme César. Si, pour des raisons politiques, une alliance avait été conclue entre les Romains et les Maccabées, l’expulsion des ambassadeurs de Simon, qui se livraient au prosélytisme à Rome, exprima, dès le début, la profonde méfiance des Latins envers le culte juif[1]. Et quand Pompée étendit sur la Palestine la domination romaine, ce fut pour libérer de l’influence juive, les cités plus ou moins grecques[2]. On peut se demander si César n’était pas, avant tout, inspiré par le désir ou la nécessité d’agir contrairement aux principes de Pompée.

Il en est de l’attitude des empereurs romains envers les Juifs comme de leur conduite à l’égard des Chrétiens : les faits ne suffisent pas à traduire les intentions. Les violentes persécutions subies par les Chrétiens ne prouvent pas tellement une hostilité préméditée et réfléchie des premiers Césars ; elles établissent plutôt leur incompréhension en face de la nouveauté d’une religion qui leur demeurait inconcevable. De même, la bienveillance administrative, assez relative d’ailleurs, pratiquée par la plupart des empereurs, n’est nullement contradictoire avec le mépris, et parfois même la haine qu’ils éprouvaient envers Israël. Ce serait une erreur de confondre le statut politique des Juifs avec le philosémitisme. L’exemple du monde moderne rappelle que la liberté et l’antisémitisme peuvent parfaitement se conjuguer. Le personnage de Pilate symbolise parfaitement l’attitude romaine. Qu’on se reporte aux pages vigoureuses de Jules Isaac sur « l’antisémite » Pilate[3] : probablement était-il plus exemplaire parmi les Romains qu’on ne le pense communément. Suétone laisse entrevoir les sentiments d’Octave, d’ailleurs respectueux des principes de la politique césarienne envers les Juifs : « Quant aux rites étrangers, autant il respecta religieusement ceux qui étaient anciens et consacrés, autant il méprisa les autres… il loua son petit-fils Caïus de ce qu’en passant par la Judée il n’avait point sacrifié au dieu de Jérusalem[4]. Josèphe, si prudent d’ordinaire envers les Romains, et dont les attaches avec eux sont connues, raconte comment Tibère, à la suite d’un scandale, « ordonna l’expulsion de Rome de toute la population juive. Les consuls ayant prélevé là-dessus 4.000 hommes, les envoyèrent servir dans l’île de Sardaigne ; ils en livrèrent au supplice un plus grand nombre qui refusaient le service militaire par fidélité à la loi de leurs ancêtres. Et c’est ainsi qu’à cause de la perversité de quatre hommes les Juifs furent chassés de la ville[5]« . Confondre tous les Juifs dans le scandale causé par quelques-uns, c’était peut-être une réaction romaine et xénophobe ; ne pas tenter de punir les seuls coupables parmi les Juifs, c’est en tout cas une démarche typiquement antisémite.

Car on commençait, dans la capitale de l’Empire, à connaître suffisamment les Juifs pour que toute généralisation reflétât davantage de malveillance que d’ignorance. Philon accuse formellement Séjan d’avoir voulu « faire périr tout le peuple juif de Rome[6]« . C’est à cette époque qu’on y voit Apion exercer une influence probablement considérable[7]. Un passage du livre des Actes fournit sur les sentiments des Romains de Philippes envers les Juifs des précisions suffisamment explicites[8].

L’attitude de Caligula n’était pas plus favorable aux Juifs : Philon et Eusèbe nous apprennent que l’empereur « commit de nombreux excès contre beaucoup ; mais surtout il nuisit énormément à tout le peuple juif » car il poursuivait « la race des Juifs durement de sa haine[9] « . La soudaine nouvelle de la mort de Caligula, s’il faut en croire Josèphe, empêcha seule le massacre des Juifs, indignés que l’on voulût ériger la statue impériale dans le temple[10]. Mais Caïus avait eu le temps de créer le premier ghetto méditerranéen, à Alexandrie[11], et de recevoir les députés juifs de la cité égyptienne en affichant ses sentiments antisémites : « Philon sortit donc sous les outrages[12]. » Temporisateur et pacifique, Claude donnait l’ordre aux Grecs d’Alexandrie de ne pas molester les Juifs ; mais il rappelait fermement à ceux-ci qu’ils n’étaient nullement citoyens de la ville, ce qui équivalait, selon la législation du temps, à exclure formellement les Juifs d’Egypte de la citoyenneté romaine ; il chassait les Juifs de Rome, après leur avoir interdit de se réunir[13], et c’est encore lui qui, dès 41, accusait les Juifs « d’être des gens qui fomentent un fléau commun à tout l’univers » – probablement l’esprit de guerre civile[14]. Si Néron ne fut pas insensible aux influences juives, Burrhus et Sénèque, en son nom, retirèrent le droit de cité aux Juifs de Césarée[15]. Il n’était pas question qu’on le leur accordât à Rome même, où ils n’occupèrent aucune charge publique avant le IVe siècle[16].

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Les ruines du Temple devaient être le trophée de l’armée romaine. Doit-on voir dans cet événement le résultat des hasards de la guerre ? Les Romains n’ont-ils pas fermé, détruit et pillé le temple de Léontopolis dans cette Egypte où les Juifs pourtant ne s’étaient pas révoltés ? On sait que le Conseil de guerre de Titus aurait d’abord décidé d’épargner le Temple de Jérusalem ; mais les fureurs du siège, selon Josèphe n’auraient pas permis de sauver le sanctuaire. Il est nécessaire de se demander si le célèbre récit de Josèphe mérite, sur ce point, entière créance[17] ; et l’on nous permettra de manifester à notre tour, envers Josèphe, – mais non pas systématiquement – la méfiance qui accable, en particulier, parmi tous les textes du passé, ceux du Ier siècle : après tout, l’historiographe juif était un client des Romains, et s’il est un point qu’il devait laisser dans l’ombre, c’était bien la destruction du Temple. Aussi ne savons-nous pas quels étaient les sentiments réels de Titus envers le peuple qu’il avait vaincu[18]. Toujours est-il que les Romains vainqueurs décidèrent que les deux drachmes dues par les Juifs au Temple de Jérusalem seraient affectées au trésor de Jupiter Capitolin : c’était non seulement blesser et punir les Juifs rebelles, mais tous les Juifs de l’Empire, solidairement rendus coupables, parce que Juifs, de la rébellion palestinienne. Le raisonnement de Tibère fut celui de Vespasien. C’est le paganisme latin qui nous a légué l’habitude d’imputer à tous les Juifs les actes de certains d’entre eux.

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Domitien ordonna que l’impôt qu’on percevait sur les Juifs le fût « avec plus de rigueur que les autres », et l’on sait par d’odieux détails comment la brutalité romaine exécutait les ordres impériaux[19]. Quant à Trajan, au cours de la révolte juive de Cyrène et d’Egypte, « ayant soupçonné les Juifs de Mésopotamie d’attaquer aussi les gens du pays, il ordonna… d’en purifier la province …Quietus …massacra une très grande multitude[20]« . Innocente. Quand Jules Isaac nous rappelle que l’antisémitisme païen « va de pair avec un statut privilégié » tandis que l’antisémitisme chrétien « inventera un système d’avilissement[21]« , il faut savoir accepter tout le poids de cette cruelle vérité ;  mais elle est plus vraie en ce qui concerne l’avilissement que ces privilèges entrecoupés de massacres préventifs. Le seul tort des Croisés serait-il donc d’avoir laissé de trop nombreuses preuves de crimes de la même espèce ?

– Tibère, Vespasien, Trajan, – qui nomma Quietus, en récompense de ses services, gouverneur de Judée…

Hadrien aussi. Pour quelle raison décida-t-il d’ériger un temple païen à Jérusalem, appelée désormais Aelia Capitolina ? La révolte de 132 fut la réponse d’une large fraction du judaïsme palestinien au renouveau de la politique païenne d’Antiochus Epiphane. Quand la résistance juive fut enfin brisée, on interdit une fois pour toutes aux Juifs l’accès de leur Ville sainte – à ceux du moins qu’on n’avait ni exterminés, ni vendus en esclavage les oreilles coupées[22].  On s’en était pris particulièrement aux docteurs ; Akiba fut la plus illustre victime de la répression romaine ; on brûla vif un rabbin avec le rouleau de la Loi qu’il lisait malgré l’interdiction officielle. Vainqueur, Hadrien érigea une ville païenne sur les ruines de Jérusalem ; on dressa la statue du porc, symbole de la Xe légion, pour mieux  insulter à la religion des Juifs, et sur l’emplacement du Temple détruit fut édifié le sanctuaire de Jupiter Capitolin ; on multiplia les temples païens dans la ville jusqu’alors interdite aux idoles[23].

Plus favorable aux Juifs, Antonin le Pieux, défendit encore, sous les plus graves menaces la circoncision des non-juifs en 138 : « La mesure d’Antonin exprime fort bien les principes essentiels de la politique romaine envers les Juifs. On consent à tolérer Jahvé, mais à une double condition : qu’il n’essaye ni de se refaire en Palestine un royaume indépendant, ni de s’imposer à l’adoration des Gentils[24]. »

On nous a rapporté les paroles de l’éphémère empereur Pescennius Niger aux Juifs : « Je voudrais imposer jusqu’à l’air que vous respirez[25]. » Simple boutade ou procès d’intention ? Le philosémite Septime Sévère maintenait encore, au début du IIIe siècle, le délit de prosélytisme. Le bannissement des Juifs de Jérusalem (et sans doute de quelques autres villes) à défaut d’un exil total[26], peut évidemment s’expliquer par les lendemains d’une guerre difficile ; il n’a néanmoins pas été rapporté par des empereurs qu’on prétend, pourtant favorables aux Juifs. Un siècle après Hadrien, Origène disait encore aux Chrétiens de Césarée : « Dans ce pays, non seulement les Juifs ne peuvent plus…rien posséder à quelque titre que ce soit. Bannis de ce pays ils vivent en exil ; et ils possèdent, non point le territoire octroyé par la Loi divine, mais celui que leur assignent les droits du vainqueur[27]. » Le « philosémitisme » romain était somme toute assez relatif.

Les faits et les textes permettent de jalonner l’hostilité politique romaine envers les Juifs durant deux siècles. Sont-ils plus décisifs que les marques de sympathie impériale évoquées par Max Haller[28]? Il faut tenir compte des unes et des autres ; mais l’évolution des sentiments des chefs de l’Empire n’est favorable aux Juifs qu’à partir du IIIe siècle. Les tendances syncrétistes de l’époque émoussent l’hostilité romaine envers le judaïsme ; et des considérations surtout politiques semblent pousser le pouvoir à admettre la présence judaïque, désormais tolérée, comme un moindre mal dans la lutte contre le christianisme. « L’on serait tenté de supposer que l’autorité romaine a, dans certaines circonstances, joué contre le christianisme la carte juive[29]. » Cette attitude, qui se dessine dès le IIIe siècle, fut celle de Julien l’Apostat : très favorable aux Juifs en politique, il professait à leur égard le double mépris d’un César latin et d’un intellectuel grec : « … les prophètes des Juifs, que diront-ils de leur temple, trois fois renversé, et point encore rebâti ? Je n’en parle pas pour leur faire un affront, moi qui ai projeté de rétablir, en l’honneur du dieu qu’on y invoque, ce temple ruiné depuis si longtemps. Mais je cite cet exemple pour montrer que rien d’humain n’est à l’abri de la destruction, et que les prophètes qui ont débité ces sornettes parlaient pour de vieilles femmes imbéciles. Rien n’empêche, j’en conviens, que leur Dieu ne soit grand, bien qu’il n’ait trouvé ni prophètes ni interprètes sérieux. La raison en est qu’ils n’ont point soumis leur âme à la discipline purifiante d’une éducation libérale, ni laissé ouvrir leurs yeux mal dessillés, ni cherché à dissiper les brumes où ils sont plongés. Ce sont des hommes qui, pour ainsi dire, regardent à travers un brouillard une grande lumière : ils n’en ont point une vue nette et claire ; ils se figurent qu’ils aperçoivent, non pas une lumière pure, mais du feu, et, aveugles pour tout ce qui l’entoure, ils se mettent à pousser de grands cris : « Frémissez ! Craignez ! Feu ! Flamme ! Mort ! « Glaive ! Epée ! » Beaucoup de mots pour exprimer simplement la puissance malfaisante du feu. Mais il vaudra mieux, faire voir dans un écrit spécial combien ces maîtres de théologie sont loin de valoir nos poètes[30]. »

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L’opinion des écrivains latins, en général, n‘est pas tendre envers les Juifs : au mieux, ils se contentent de reprendre les calomnies hellénistiques. Cicéron, le premier, ne les aime pas, qui leur reproche de « se tenir entre eux ». Juifs et Syriens, décide-t-il, sont une race « destinée à la servitude »[31]. On peut croire qu’il n’avait pas fréquenté en vain son maître, l’antisémite Apollonios Molon. Mais ce sont, après tout, autant de phrases d’avocat[32].

L’influent Sénèque écrit que les Juifs sont une « nation scélérate » ; il ne veut voir dans le sabbat qu’une perte de temps ; et bien qu’il n’ignore rien de l’essentiel de la doctrine juive, il reprend à son compte les calomnies alexandrines ; on s’est même demandé s’il n’avait pas inspiré Claude contre les Juifs et s’il n‘avait pas été en quelque sorte le chef des antisémites romains[33]. Pétrone avance que les Juifs adorent le porc[34] ; Pline l’Ancien, somme toute peu défavorable aux Juifs, accuse Moïse de n’être qu’un magicien[35] : l’un et l’autre reprennent les lieux communs grecs.

Quintilien reflète avec bassesse les sentiments de l’entourage impérial ; il traite les Juifs de « nation pernicieuse aux autres nations » et considère que Moïse s’est chargé d’une flétrissure[36] ; Martial, s’adressant à une femme légère lui dit : « Tu fais bon accueil même aux Juifs circoncis »[37] ; Juvénal prétend que la religion juive présuppose l’hostilité envers les non-Juifs et s’irrite de rencontrer des Juifs dans un quartier moins misérable que le Transtévère[38]. Le savant Apulée reprend l’opinion de Pline sur Moïse[39] et Florus révèle que « la race impie » a pour mystère « un âne sous une vigne d’or[40] ». Quand on connaît le rôle des Juifs aux Ier et IIe siècles, lorsqu’on se rappelle que les Guerres juives n’ont pas été sans renseigner l’opinion sur le judaïsme, il faut bien admettre que la malveillance explique avant tout les fables inlassablement répétées par les écrivains romains.

Aucun écrivain latin n’a cependant calomnié les Juifs aussi complaisamment, aussi durablement que l’historien Tacite[41]. Avec une évidente satisfaction, il rappelle (en s’inspirant d’Apion et de l’école antisémite d’Alexandrie[42]) l’origine lépreuse d’Israël ; il rapproche le sabbat des charmes de la paresse ; il qualifie les Juifs de « peuple abominable », et bien qu’il définisse exactement la nature de la religion juive, il annonce que l’effigie de l’âne était dressée dans le Temple. Rappelle-t-il quelque part la déportation de quatre mille Juifs en Sardaigne, il la commente négligemment : « S’ils succombaient à l’insalubrité du climat, la perte serait peu regrettable[43]. »

De son hostilité déclarée, l’historien latin s’empresse de fournir la plus claire des explications : « Moïse… institua des rites nouveaux, contraires à ceux de tous les autres hommes. Là est profane tout ce qui chez nous est sacré, légitime tout ce que nous tenons pour abominable[44] » : si l’instinct païen de Tacite, ou sa lucidité, le dressent contre le monothéisme hébreu, sa haine lui dicte la plus dense des formules antisémites, à la fois politique, sociale et religieuse ; dix-neuf siècles n’ont pas inventé de grief plus vigoureux.

Haine violente, d’essence religieuse, qui s’appuie sur l’orgueil latin, certes, mais aussi sur la distinction essentielle entre la religio – honorable et la superstitio – entachée de pratiques illicites ou dangereuses : à ses yeux, le judaïsme (malgré la tolérance de certains empereurs) n’est rien d’autre qu’une superstitio[45] qui engendre des « coutumes… absurdes et sordides » et des « institutions… mauvaises, honteuses, qui n’ont prévalu que par la perversité »  [des Judéens]. Ces Juifs, le bienveillant historien romain s’indigne de « l’hostilité et [de] la haine qu’ils témoignent au reste des hommes » : ces « débauchés » n’apprennent-ils pas aux prosélytes à « mépriser les dieux, abjurer la patrie, tenir pour rien, parents, frères, enfants ? »

Dira-t-on que le mépris de Tacite s’adresse avant tout à des étrangers ? « Tant que l’Orient fut au pouvoir des Assyriens, des Mèdes et des Perses [les Juifs] étaient les plus méprisés des peuples esclaves, puis… le roi Antiochus s’efforça de détruire  leur superstition et de leur faire adopter les mœurs des Grecs, afin de changer cette infecte population » – « lie des peuples voisins » : on voit que Tacite ne laissait pas, dans sa prétendue « xénophobie », d’établir des distinctions.

« Telle phrase méprisante de Tacite… trouve encore son écho dans la polémique courante », écrivait Théodore Reinach il y a un demi-siècle, en ajoutant d’autre part, à propos de Tacite : « Quintessence des opinions, des ignorances et des préventions du monde gréco-romain au sujet des Juifs…, son tableau de l’origine et des croyances des Juifs est pris, sans réflexion et sans crainte des contradictions les plus grossières, dans un pamphlétaire alexandrin, probablement Apion. Les prestiges du style ont donné à ce morceau hautain et souvent mensonger, une autorité et une influence qu’il était  loin de mériter[46]« . Ce prestige a été immense jusque dans la Chrétienté, malgré l’avertissement de Tertullien, pour qui les renseignements de Tacite sur les Juifs sont dignes d’un « intarissable conteur de mensonges[47]« .

Un historien va cependant jusqu’à dire que les écrivains de la période flavienne, Pline, Quintilien, Martial, Tacite, Juvénal, sont peut-être les témoins les plus réservés d’une vive explosion d’antisémitisme : « Il n’y a pas de témérité à affirmer que la plus grande partie de l’histoire et de la poésie antijudaïque élucubrée durant cette période nous manque ; et cette partie était la pire » ; et de tous ceux qui nous restent, selon cet auteur, c’est Tacite qui exerça la pire influence : « De tous les écrivains de l’antiquité gréco-latine, sans en excepter les calomniateurs de profession comme Apion…, pas un n’a parlé des Juifs avec un dédain plus grand, non seulement de la justice, mais d’une saine méthode historique[48]. »

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Si les progrès du christianisme contribuèrent à affaiblir la haine des antisémites romains, par un « transfert d’animosité[49] » au détriment des Chrétiens, l’antisémitisme ne disparaît pas pour autant de la pensée romaine. Celse a compris aussi vigoureusement que Tacite l’opposition du judaïsme et du paganisme latin ; il a bien vu que pour détruire le christianisme il fallait extirper le judaïsme de l’histoire. (A cet égard personne n’est plus moderne que Celse.) Pour témoigner d’un antisémitisme déduit, sa pensée n’en est pas moins foncièrement hostile au judaïsme et aux Juifs. Il accuse les Juifs de sorcellerie à l’exemple de Moïse ; il reprend les fables sur l’origine des Juifs, fugitifs d’une Egypte qui les avait réduits en esclavage : « Ils ont essayé de faire remonter leur généalogie à la première famille d’imposteurs et de vagabonds, s’appuyant sur le témoignage de paroles obscures et équivoques, enveloppées de mystère et de ténèbres, qu’ils expliquaient comme ils voulaient aux ignorants et aux imbéciles.  » C’est l’élection qui le choque particulièrement : « L’idée d’envoyer le Fils de Dieu aux Juifs n’est-elle pas plus propre encore à exciter la risée ? Pourquoi aux seuls Juifs ? Pourquoi à cette nation grossière, misérable, à demi dissoute, alors que tant d’autres peuples se recommandaient comme plus dignes à l’attention de Dieu ?…  » La même idée se retrouve dans la remarque que « Juifs et Chrétiens ressemblent à une troupe de chauves-souris, à des fourmis qui sortent de leurs trous, à des grenouilles qui tiennent séance autour d’un marais, à des vers formant assemblée dans un coin de bourbier… « Il y a un Dieu, [déclarent les vers de terre] mais nous venons immédiatement après lui… » Plus supportables seraient ces sottises de la part des vers et des grenouilles que de la part des Juifs et des Chrétiens… » Au reste, Celse réfute l’élection par les malheurs temporels des Juifs : « Nous voyons le cas que l’on fait d’eux et de leur pays. » Aussi ne dissimule-t-il pas son mépris : « Que cette troupe nous laisse donc en paix, après avoir reçu le châtiment de son imprudence[50]… » En païen avisé, Celse ne craint cependant pas de diviser Juifs et Chrétiens en propageant la légende de Panthérus[51]. C’est la tactique de Porphyre[52] et de l’impérial disciple de Celse, Julien l’Apostat, dont la sollicitude envers les Juifs qu’il méprisait pourtant[53] allait aboutir à une aggravation de leurs rapports avec les Chrétiens.

A la veille même de la disparition du polythéisme, en 416, le poète gaulois Rutilius Namatianus raconte une altercation avec un Juif « hargneux… animal insociable, à qui répugne toute nourriture humaine… Nous lui répondons par les injures que mérite son ignoble race, nation éhontée qui pratique la circoncision, qui est devenue la racine de toutes les sottises, qui célèbre de toute son âme la fête si froide du sabbat, mais dont l’âme est encore plus froide que sa religion… Le reste de leurs croyances, rêveries mensongères d’esclaves en délire[54]… »

Il faudra attendre Voltaire et ses disciples pour que les sarcasmes antisémites de Celse et de Namatianus reparaissent au grand jour, non pas tellement à cause des Juifs que des « sottises » enracinées dans Israël…

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L’antisémitisme hellénistique était populaire. Peut-on en dire autant des tendances antisémites du monde latin ? Est-on en droit d’étendre les intentions des écrivains et des cercles dirigeants aux masses occidentales de l’Empire ? A vrai dire, le problème est actuellement insoluble ; on ne peut que formuler des hypothèses, non sans généraliser du romain au païen. Mais il est difficile de ne pas tenir compte de l’explosion de haine que les Chrétiens ont rencontrée. C’est l’opinion de M. Goguel : « Il y aurait avantage, semble-t-il, à rechercher si un certain préjugé antisémite n’a pas inspiré les premières manifestations de l’opinion publique romaine sur le christianisme[55] » et c’est le même penchant que signale M. Simon : « Les dispositions antichrétiennes du monde païen ne représentent d’abord qu’une forme d’antisémitisme[56]. »

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D’Apion à Tacite, d’Epiphane à Celse, l’antisémitisme n’est pas raciste ; les mots de race, de peuple, de nation expriment tout au plus le mépris d’une civilisation envers une autre ; nulle détermination ethnique, nulle déduction raciale selon les concepts des XIXe et XXe siècles n’apparaissent dans l’antisémitisme gréco-romain[57] – exactement comme il n’y a pas de rapport entre le Barbare selon l’intellectuel du Ier siècle et le « sous-homme » qu’imagine le raciste d’aujourd’hui. C’est le mode de vie religieux beaucoup plus qu’une « nationalité » juive que les Romains détestent ; c’est la foi juive qui leur est insupportable. On le voit bien par l’exemple de Tibère Alexandre, neveu de Philon, mais païen parmi les Païens du jour où il apostasia le judaïsme, pour recevoir ensuite les plus grandes charges romaines en Orient. Comblé d’honneurs, il était désormais romain, incomparablement plus latin que le citoyen romain Paul de Tarse. L’antique antique est mû par sa haine de la superstitutio juive.

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Est-ce la fiévreuse mise en œuvre d’un alibi qui explique que nous exhumions dans ces pages de vieilles haines hellénistiques et latines ? Souhaitons qu’on ne puisse nous en accuser. Car il ne s’agit pas de charger le monde antique d’un antisémitisme absolu ; mais sans oublier qu’il y eut un philosémitisme contraire, qui s’est exprimé par les succès des prosélytismes juif  et chrétien, on n’a pas le droit d’écrire l’histoire des origines, même lointaines, d’une haine séculaire sans en reconnaître toutes les racines. L’attention des Païens au salut qui leur venait des Juifs ne s’est pas manifestée dans un climat d’idylle. Les Gentils, habitués à accueillir les religions païennes rivales, reprochaient aux Juifs de pratiquer une religion étrangère qui rendait ceux-ci, où qu’ils vécussent, en quelque sorte étrangers : il faut bien admettre que le judaïsme, par son admirable et total refus de tout paganisme, et de tout syncrétisme, accréditait les reproches des Païens. Mais les descendants de ceux-ci, à Antioche, à Chypre et à Cyrène, en tout cas (pour ne pas citer d’autres villes) quand ils changèrent de foi, gardaient le souvenir des haines réciproques du passé ; ils les propageaient, ils articulaient leurs vieilles préventions sur le nouvel enseignement qu’ils recevaient désormais. On néglige trop l’influence des idées et des préjugés longtemps nourris par les « demi-Chrétiens[58] » ; on ne se préoccupe pas assez des concessions que les théologiens eux-mêmes ont faites, peut-être sans le savoir, à l’atmosphère et aux lieux communs de leur temps. Est-on si sûr que saint Jean Chrysostome eût prononcé, ailleurs qu’à Antioche, certaines des plus enflammées de ses diatribes contre les Juifs ? N’y aurait-il que les théologiens à ne subir aucune influence sociale ?

Poser des questions, c’est souvent leur apporter le début d’une réponse. Mais les textes ont plus de valeur. Un jour, Origène interrompt l’explication du Livre des Nombres par ces paroles significatives : « … Il est fatal que ceux qui entendent lire dans l’Église le rituel des sacrifices, les lois du sabbat, etc., risquent d’être scandalisés et de dire : Quel besoin de lire cela dans l’Église ? A quoi nous servent les préceptes judaïques et les observances d’un peuple méprisé ? C’est l’affaire des Juifs, que les Juifs s’en occupent ! Pour éviter aux auditeurs de tels scandales, il faut s’adonner  à la science de la Loi[59]… » Le texte éclaire le conflit entre les préjugés des « demi-Chrétiens » et l’enseignement du docteur de l’Église. Qu’en conclure ? Certainement, et d’abord, que tous les théologiens de l’Église ancienne n’ont pas su répondre, comme Origène, aux étonnements et aux objections malveillantes de leurs auditeurs ; mais aussi que la pression des « demi-Chrétiens » ne dut nullement être négligeable dans l’élaboration de l’antisémitisme chrétien. Les violences de la Chrétienté  mérovingienne définissent le labeur que l’Église avait à déployer pour adoucir les mœurs des nouveaux convertis. L’antisémitisme de la Chrétienté du IVe siècle provient – dans une mesure qui nous reste inconnue – de l’héritage du monde gréco-romain. Ou, si l’on préfère, il manifeste une défaite de l’effort ecclésiastique, s’il est vrai que l’Église admet dans son sein des hommes coupables pour leur apprendre à renier leurs vices, à corriger leurs fautes et à surmonter leurs haines.

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Le savant qui a réuni un grand nombre de textes cités dans ce chapitre écrivait il y a un demi-siècle : « Les opinions des anciens sur le judaïsme, en même temps que leur système de gouvernement à son égard, ont passé, en partie, avec tout le legs de la civilisation antique, à l’Église chrétienne et aux Etats modernes. »[60].


  1. Th. Reinach, "Quid Judaeo cum Verre", Revue des Etudes juives, XXVI, 1893, p. 39. Cf. Georges Fohlen, La vie juive dans la Rome païenne, Revue de la Pensée juive, n) 10, été 1952, p. 79. [[Martin Goodman, Rome et Jérusalem, éd. Perrin, Paris, 2009. (O. Peel)]]
  2. Victor Chapot, Le Monde romain, p. 248, 250. [[Mireille Hadas-Lebel, Rome, la Judée et les Juifs, éditions Picard, 2009 ; Jérusalem contre Rome, Cerf et CNRS éditions, 2012 (O. Peel)]].
  3. Jules Isaac, Jésus et Israël, p. 404, 453 ss. Voir aussi Ricciotti, Histoire d’Israël II, p. 503 ss.
  4. Suétone, Auguste, 93. Pour J.-A. Hild, l’opinion romaine n’était pas encore défavorable aux juifs sous Auguste. (Les Juifs devant l’opinion romaine, Revue des Etudes juives, XI, 1885, p. 18.)
  5. Josèphe, Antiquités..., XVIII, III, §84. Voir Suétone, Tibère, 36 ; Tacite, Annales, II, 85.
  6. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, V, 7.
  7. Voir plus haut, p. 55, n. 4 ; Th Reinach, Contre Apion, p. XVIII.
  8. Actes, 16, 16 ss.
  9. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, V, 7, et VI, 2.
  10. Josèphe, Antiquités..., XVIII ; Guerre des Juifs, II, X.
  11. Juster, II, p. 178.
  12. Josèphe, Antiquités..., XVIII, § 260. Cf. Eusèbe, II, V, 5.
  13. Actes, 18, 2 ; Suétone, Claude XXV. -  Juster (II, p. 169) discute la portée de cette expulsion. On aimerait savoir pourquoi les expulsions des Juifs - même quand elles n’étaient pas définitives - trahissent l’antisémitisme du Moyen âge, mais non pas d’un empereur païen. H. Janne pense que l’agitation chrétienne avait motivé l’ordre impérial. (Annales de Philologie et d’Histoire orientales et slaves, Bruxelles, t. II, p. 531 ss.).
  14. Sur le "fléau", voir la mise au point de W. Seston, Revue d’Histoire et de Philosophie religieuses, 1931, p. 279 ; mais H. Janne veut y voir non pas un esprit de guerre civile, mais la propagande chrétienne et ses contre-coups. (Annales de Philologie et d’Histoire orientales et slaves, t. I V, p. 273 ss.).
  15. J.-A. Hild, art. cité, p. 59.
  16. Georges Fohlen, Le Témoignage des épitaphes romaines, Evidences, février-mars, 1954, p. 36.
  17. C. Thiaucourt, Ce que Tacite dit des Juifs, Revue des Etudes juives, XIX, 1889, p. 66 ss. - Les textes de Sulpice Sévère et de Philostrate (Chroniques, II, 30 et Vie d’Apollonius, VI, 29) présentent la destruction du Temple comme un acte délibéré de Titus, mais il ne semble pas qu’on puisse non plus s’appuyer sur eux.
  18. Massacre des Juifs à Antioche et Bérythe, ordonné par Titus. (Guerre des Juifs, VII, III ; en sens contraire, voir VII, V, 2). En tout cas, les sentiments des Juifs de Rome à l’endroit de Titus ne permettent aucun doute. Georges Fohlen, qui a étudié le Témoignage des épitaphes [juives] romaines, écrit : "Ne nous étonnons pas de trouver parmi ces noms, ceux de Jules, d’empereurs tels que Claude, Flavien, Domitien... Aucun, bien entendu, ne s’appelle Titus ni Hadrien. (Evidences, février-mars 1954, p. 34.) [[Pierre Prigent, La fin de Jérusalem, éd. Delachaux et Niestlé, 1969, p. 109 et suivantes; Lucien Poznanski, La chute du Temple de Jérusalem, éd. Complexe, 1997, surtout les pages 104 à 106. (O. Peel)]].
  19. Suétone, Domitien, XII.
  20. Eusèbe, IV, II, 6.
  21. Jules Isaac, en conclusion de ses trois articles sur l’antisémitisme préchrétien déjà cités. (Cheminements de l’antisémitisme païen, III, p. 48.) [[Carol Iancu, Les mythes fondateurs de l’antisémitisme, de l’Antiquité à nos jours, éd. Privat 2003, chapitre 1, pp.21-24. (O. Peel)]]
  22. Voir les remarques de Juster sur l’extermination juive poursuivie par les empereurs (I, p. 211).
  23. Voir Rendell Harris, Hadrian’s Decree of Expulsion of the Jews from Jerusalem, Harvard Theological Review, XIX, avril 1926, p. 199. - On ne peut accorder de valeur historique précise aux textes talmudiques sur Hadrien (voir par exemple E. Fleg, Anthologie juive, p. 162, 164 ; L. Bank, Revue des Etudes juives, XXIX, 1894, p. 91 ss. ; A. Cohen, Le Talmud, p. 112, 145), mais ils traduisent bien l’hostilité romaine envers les Juifs. Selon L. Finkelstein (La Kedouscha..., même Revue, XCIII, 1932, p. 7 ss.), la récitation de la confession de foi : "Ecoute, Israël... " aurait été alors théoriquement proscrite.
  24. M. Simon, Verus Israël, p. 132.
  25. Vers 193 après Jésus-Christ (Histoire Auguste, Pescennius Niger, 7.)
  26. Jules Isaac rappelle que la "dispersion définitive" des Juifs hors de Palestine, après 70 et 135, n’est qu’une simplification arbitraire de la réalité historique. (La dispersion d’Israël, fait historique et mythe théologique, p. 26 ss.).
  27. Origène, Homélie XXVIII sur les Nombres (trad. A. Méhat, Sources Chrétiennes, 29, p. 559).
  28. Max Haller, La question juive au premier millénaire chrétien, Revue d’Histoire et de Philosophie religieuses, 1935, p. 300.
  29. M. Simon, p. 139. - On sait qu’il y a un texte d’Ammien Marcellin (Rerum gestarum, XXII, 5) où Marc-Aurèle s’écrie que les Juifs sont plus sales et plus brutes que les Marcomans, les Quades et les Sarmates ; mais si l’on y a vu l’origine de l’accusation du faetor judaicus, Isidore Loeb a contesté le texte lui-même, qu’il attribue à la malice d’un copiste. (Le Juif de l’histoire et le Juif de la légende, p. 38.)
  30. Julien, Lettre 89, éd. Bidez, Belles-Lettres, p. 163. Cf. P. de Labriolle, La Réaction païenne, p. 404 ss. - Hitler faisait ses délices de l’opinion de Julien sur le christianisme ; il avait bien compris que l’empereur païen n'était pas "philosémite". (Libres propos, I, p. 76, 87, 247.)
  31. Pro Flacco, 28 ; De prov. consular., V, 10 ; J.-A. Hild (Les Juifs devant l’opinion romaine, Revue des Etudes juives, VIII, 1884, p. 20) explique l’attitude de Cicéron, pour y voir le "premier épisode antisémitique à Rome. Par contre il ne faut pas retenir contre Cicéron le jeu de mots rapporté par Plutarque. (Th. Reinach, "Quid Judaeo cum Verre, même Revue, XXVI, 1893, p. 36 ss.).
  32. C’est ce que rappelle fortement Jules Isaac, art. cité, III, p. 28, 36.
  33. Augustin, Cité de Dieu, VI, XI, Voir la note de Pierre de Labriolle sur Senèque et les Juifs, dans l’édition de la Cité de Dieu (Garnier, II, p. 517 et J.-A. Hild, art. cité, XI, 1885, p. 49-59. Jules  Isaac propose la traduction "nation très malfaisante" plutôt que "très scélérate" (art. cité, III ; p. 38).
  34. Reinach, Textes..., p. 226 ; J.-A. Hild, art. cité, p. 191.
  35. J.-A. Hild, p. 164 ss. (Pline, Histoire Naturelle, XXX, I.).
  36. Voir les textes et le commentaire sur la mauvaise foi de Quintilien, dans Hild, p. 266 ss.
  37. Martial, Epigrammes, VII, 30. Allusion à la circoncision : VII, 35, 55, 82. S’adressant à un poète juif, il l’appelle quatre fois en huit vers "poète circoncis" (Ep. XI, 94.) Ailleurs, il compare l’exhalaison des femmes jeûnant pendant le sabbat au fond d’une lagune desséchée (Ep. IV, 4) et veut que les Juifs soient des mendiants (Ep. XII, 57). Hild (art. cité, p. 170 ss.) se demande si l’on peut en déduire l’opinion véritable de Martial sur les Juifs, et Jules Isaac (Cheminements de l’antisémitisme païen, III, Revue de la Pensée juive, n° 9, automne 1951, p. 39) n’y voit que "simples broutilles au total", et qui "ne valent pas la peine d’être retenues". Cela pose deux problèmes ; car nous ne pouvons sonder l’opinion publique romaine qu’en ramassant et en étudiant toutes ces broutilles - et n’est-ce pas de cette manière un peu facile que l’on a accueilli plus d’un texte rappelé par Jésus et Israël - gouttes d’eau perdues dans la mer d’une vaste production littéraire? Nous penchons à penser que ni du temps de Bossuet ni à l’époque de Martial ces textes, d’autant plus précieux qu’ils sont moins nombreux, ne furent des broutilles. En second lieu, on observera qu’un texte scolaire n’est jamais négligeable ; après tout, Tacite et Martial ont eu plus de lecteurs, et plus longtemps, que tels Pères de l’Eglise, assez tôt confinés dans quelques cercles étroits.
  38. Juvénal, Satire XIV, 96, 103.
  39. Apulée, Apol. 90 ; Pierre de Labriolle (Réaction païenne, p. 69 ss.) pense que le texte des Métamorphoses, IX, 14, d’Apulée vise la religion juive, "idée menteuse et sacrilège".
  40. Reinach, Textes..., p. 334.
  41. Tacite Histoires, V, 4-8 (Th. Reinach, p. 295 ss.). - Commentaire de Jules Isaac (art. cité, III, p. 39-43) qui insiste sur l’étonnante contradiction de Tacite, pour qui le Temple contenait une tête d’âne, cependant que "leur Dieu est un être suprême et éternel qui ne peut s’imiter ni périr. C’est pourquoi ils ne tolèrent aucune statue dans leurs villes, à plus forte raison dans leurs temples !...". Jules Isaac pense cependant : "des deux Tacite, le plus authentique est l’antisémite".
  42. J.-A. Hild, art. cité, p. 176 ; C. Thiaucourt, Ce que Tacite dit des Juifs, Revue des Etudes juives, XIX, 1889, p. 57 ss.
  43. Tacite, Annales, II, 85.
  44. Tacite, Histoires, V, 4.
  45. Tacite, Histoires, V, 8 et 13. Le même terme désigne sous sa plume le christianisme : Annales, XV, 44. Voir P. de Labriolle, La Réaction païenne, p. 44.
  46. Th. Reinach, Textes..., p. IX et 323, note 1.
  47. Tertullien, Apologétique, XVI, 1-3.
  48. Hild, art. cité, p. 163, 179. - A vrai dire, de récents travaux tendent à exonérer Tacite de tout antisémitisme. Le texte mille et mille fois répété et mille et mille fois nocif serait un "exemple, non pas de l’antisémitisme romain, mais de la xénophobie romaine". (B. Blumenkanz, Tacite antisémite ou xénophobe ? Revue des Etudes juives, XI (CXI), 1952, p. 191.) On croit rêver. Si l’on soutenait que Drumont n’était que xénophobe ou Agobard que catholique, sans que ni l’un ni l’autre ne se voulussent antisémites, ce ne serait pas plus sérieux.
  49. P. de Labriolle, La Réaction païenne, p. 458 ; cf. Jules Isaac, III, p. 43.
  50. Origène, Contre Celse, I, 26 ; IV, 23, 31, 33 ; V, 43, etc. (traductions empruntées à Th. Reinach, P. de Labriolle et Louis Rougier, Celse, p. 406).
  51. Voir, pour plus de détails,  les textes dans Louis Rougier, p. 353, 354, 367, 375, 377, 378, 384, 388, 402, 404, 408, 428.
  52. P. de Labriolle, p. 234.
  53. Voir plus haut, p. 15, 73.
  54. Rutilius Namatianus, De reditu suo, I, 377 (Th. Reinach, p. 358).
  55. M. Goguel, Revue d’Histoire et de Philosophie religieuses, 1935, p. 168-169.
  56. M. Simon, Verus Israël, p. 243.
  57. M. Simon est formel. (Verus Israël, p. 239, etc. ; cf. ses remarques sur les inscriptions où les prosélytes tiennent à se proclamer "juifs", p. 330.)
  58. Voir la suggestive étude de C. Guignebert, Les Demi-Chrétiens et l’Eglise antique, Revue de l’Histoire des Religions, LXXXVIII, 1923, l.65ss.
  59. Origène, VIIe homélie sur les "Nombres". Sources Chrétiennes, 29, p. 139.
  60. Théodore Reinach, Textes..., Préface, p. IX. (Cf. les conclusions de M. Simon, p. 239, 273.

10 Responses to 3. L’antisémitisme romain

  1. Peel Olivier sur décembre 12, 2013 à 3:11 says:

    En note 1 on peut rajouter le livre récent et très bien fouillé de Martin Goodman, Rome et Jérusalem, éd. Perrin 2009.

  2. Peel Olivier sur décembre 12, 2013 à 3:14 says:

    A la note 2, on peut rajouter les deux livres très fouillés et excellents de Mireille Hadas-Lebel, Rome, la Judée et les Juifs, éditions Picard, 2009;Jérusalem contre Rome, éd.du Cerf et CNRS éditions, 2012.

    • macina sur décembre 12, 2013 à 3:54 says:

      Merci beaucoup de ta persévérance et de tes contributions bibliographiques très utiles.
      Si seulement l’un(e) ou l’autre d’entre nous en faisait autant!

      Shalom à toi et aux tiens.

      Menahem

      • Peel Olivier sur décembre 12, 2013 à 4:16 says:

        De rien mon ami.

        Concernant toujours les relations Rome et Jérusalem, on pourrait également rajouter le Supplément Cahier Evangile 42, Rome face à Jérusalem, regard des auteurs grecs et latins, éd.du Cerf, 1982.

        • macina sur décembre 12, 2013 à 4:52 says:

          Où dois-je mettre cette note précisément? Tu as apparemment oublié que m’indiquer le numéro de la note ne me sert à rien, car en mode administration, les numéros de notes n’apparaissent pas. Il faut m’indiquer quelques mots contenus dans la note, cela me fait gagner du temps.

          Merci.

          • Peel Olivier sur décembre 13, 2013 à 5:28 says:

            A la suite de cette phrase et en complément de la note 2 et de ce que je t’ai déjà fourni en bibliographie,
            « Et quand Pompée étendit sur la Palestine la domination romaine, ce fut pour libérer de l’influence juive, les cités plus ou moins grecques[2] »

            Je suggère de rajouter l’élément bibliographique suivant:

            Supplément Cahier Evangile 42, Rome face à Jérusalem, regard des auteurs grecs et latins, éd.du Cerf, 1982.

  3. Peel Olivier sur décembre 12, 2013 à 3:58 says:

    A la note 21 on pourrait rajouter l’approche plus récente de l’antisémitisme paien du livre de Carol Lancu, Les mythes fondateurs de l’antisémitisme, de l’Antiquité à nos jours, éd. Privat 2003, chapitre 1, pp.21-24.

  4. Peel Olivier sur décembre 12, 2013 à 4:06 says:

    A la suite de la note 23 et concernant l’empereur Hadrien et la fin du Temple de Jérusalem, on peut rajouter les deux livres suivants:
    Pierre Prigent, La fin de Jérusalem, éd. Delachaux et Niestlé, 1969, pp.109 et suivantes, ainsi que l’excellent ouvrage de Lucien Poznanski, La chute du Temple de Jérusalem, éd. Complexe, 1997, surtout les pages 104 à 106.

  5. Peel Olivier sur décembre 13, 2013 à 5:35 says:

    A la suite de cette note:
    « L’opinion des écrivains latins, en général, n‘est pas tendre envers les Juifs : au mieux, ils se contentent de reprendre les calomnies hellénistiques. Cicéron, le premier, ne les aime pas, qui leur reproche de “se tenir entre eux”. Juifs et Syriens, décide-t-il, sont une race “destinée à la servitude”[31] »

    On peut rajouter cette adresse d’un site très intéressant relatant les propos antisémites des auteurs anciens dont les auteurs romains.
    http://mestextes.trusquin.net/spip.php?article12

  6. Peel Olivier sur décembre 13, 2013 à 5:49 says:

    a la suite de cette phrase et note,
    « nulle détermination ethnique, nulle déduction raciale selon les concepts des XIXe et XXe siècles n’apparaissent dans l’antisémitisme gréco-romain[57] »

    Je suggère l’article de Pierre-André Taguieff suivant
    http://www.crif.org/fr/tribune/pierre-andr%C3%A9-taguieff-%C2%AB-quand-pensait-le-monde-en-termes-de-races-%C2%BB/48077

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