28 3. Les juifs, étrangers au sein de la chrétienté

La cité chrétienne étant une société baptisée dès l’enfance, la présence d’une minorité quelconque, et à plus forte raison d’un groupe de non baptisés, posait nécessairement des problèmes que les Juifs n’ont pas été les seuls à voir résoudre à leurs dépens. Ce n’était pas tellement un problème de théologie, que très exactement une question quotidienne. Ainsi l’esclavage, seule solution imaginable durant des siècles dans une économie profondément différente de la nôtre, exigeait qu’on tirât au clair les droits des Juifs. Pouvaient-ils posséder et faire travailler des esclaves baptisés ? Les Chrétiens n’étaient pas disposés à l’admettre, soit par crainte de voir les Juifs judaïser les esclaves (et ce n’était pas une crainte chimérique[1]), soit par un très vif sentiment de l’honneur chrétien. Grégoire le Grand si éloigné de toute hostilité systématique envers Israël, écrivait en 597 à son légat dans les Gaules : «Il est tout à fait grave et exécrable que des Chrétiens vivent dans l’esclavage des Juifs… je compte sur ton zèle pour racheter ces Chrétiens[2]

Si les Juifs n’avaient pas la possibilité de posséder des esclaves chrétiens[3], on ne leur interdisait pas d’en avoir d’autres : n’avait-on pas l’habitude d’en faire venir des pays païens ? Mais les Juifs n’ignoraient pas qu’il était d’autant plus loisible à l’esclave de se convertir que le baptême le libérait naturellement de sa servitude[4].

Ainsi, petit à petit et par la pente des choses, les Juifs se voyaient exclus d’un certain nombre de droits et d’usages sociaux. Le spirituel modelait l’économique. Dès les premiers siècles de la Chrétienté on agitait constamment la question de savoir s’il était permis aux Juifs d’utiliser la main d’œuvre chrétienne, salariée ou domestique[5]. Les lois se prononçaient dans un sens restrictif. Et ce n’est pas un point de vue particulier au haut Moyen âge. Lorsqu’en 1408 Venise admit que les Juifs de Corfou eussent le droit d’acquérir des propriétés, jusqu’à la valeur d’une certaine somme, il fut clairement stipulé qu’ils ne pourraient posséder les serfs attachés à la glèbe[6]. On professait aux Antilles, en 1681, qu’«il n’est rien de plus contraire aux lois de l’Église, ni plus injurieux à la dignité de la religion chrétienne que de permettre aux Juifs… d’avoir des esclaves chrétiens[7]», et le problème demeurait posé aux îles, dans les mêmes termes, au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle[8].

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Société de baptisés, la cité chrétienne se voulait homogène. On concevait difficilement que la cité des baptisés ne marquât pas une profonde méfiance envers tous ceux qui lui opposaient un refus ; qu’en serait-il si les «séparatistes» osaient au surplus se livrer, pour leur propre compte, à une propagande religieuse ? Le prosélytisme religieux qui s’attendait de plus en plus à l’aide active de l’Etat, se laissait aller tout naturellement à invoquer la force politique pour contrecarrer les conversions au judaïsme, et parfois même pour inciter les Juifs à adopter la vraie foi. Renversant la situation héritée des derniers empereurs païens, ou rétablie un instant par Julien l’Apostat, les empereurs chrétiens interdirent absolument tout prosélytisme juif et prirent sous leur indiscrète protection les Juifs convertis. Théodose II abat au début du Ve siècle le Patriarcat juif, pour des raisons où le prosélytisme camouflé des Juifs intervient dans une mesure importante. Si les Juifs sont nécessaires à la théologie et à l’apologie, ils excitent la méfiance profonde de la société chrétienne. La loi, particulièrement sévère, de 439 interdit les charges et les honneurs politiques aux Juifs afin qu’ils n’«aient un pouvoir quelconque de juger et de prononcer contre les prêtres eux-mêmes de la sainte religion[9]». Les papes les mieux disposés envers les Juifs, tel Honorius III, n’admettront pas qu’ils occupent des fonctions publiques[10]. En Espagne wisigothique, le prosélytisme juif était considéré comme un crime de lèse-religion par les rois ariens. Lorsque la société catholique devint un état sans hérétiques, les rois firent du prosélytisme juif un crime de lèse-majesté[11]. Un exemple beaucoup plus récent montre combien  l’idéal d’une cité chrétienne homogène persistait dans les consciences : quand le duc Léopold de Lorraine nomma un Juif receveur général des finances, en 1715, le Chambre des Comptes de Lorraine, qui devait enregistrer le serment du nouveau receveur, suspendit sa nomination : «Votre Chambre, décida-t-elle, est saisie d’effroi quand elle se représente Samuel Lévy, revêtu de l’office… car elle considère qu’un Juif, par nature, par éducation, par les préjugés de sa religion, porte une haine implacable au nom chrétien et au genre humain[12].» Au même moment, le tsar Pierre le Grand, qui appelait à lui les étrangers de tous les pays, déclarait qu’il préférait recevoir en Russie des Mahométans et des Païens plutôt que des Juifs[13].

L’exclusivisme ne se manifestait pas seulement dans l’ordre politique. La civilisation théocratique ou la société sacrale conduisaient par une dégradation facile à un exclusivisme social. C’est ainsi que l’interdiction de posséder des esclaves éliminait plus ou moins les Juifs des campagnes, tandis que la création des corporations les chassait des professions artisanales et manuelles : comment un Juif eût-il pu participer à un métier intégré lui-même à une conception chrétienne du monde et à une pratique chrétienne assidue? De toute manière, la législation, même civile, même économique, étant étroitement liée à la structure religieuse de la société, des lois particulières qui reflétaient les sentiments de celle-ci devaient être nécessairement élaborées à l’égard des Juifs. Le Code théodosien ouvre la série de ces lois ; l’Etat «chrétien» russe, au début du XXe siècle en clôt le recueil. (Il y avait en 1888 six cent cinquante lois sur les Juifs dans l’empire des tsars[14].)

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L’idéal de la société homogène n’est d’ailleurs pas essentiellement chrétien. Il manifeste une option politique où le réalisme et la raison d’état ont toujours leur part : la présence de minorités ethniques ou religieuses n’est-elle pas souvent une source constante de difficultés ? Quand Joseph Nassi, le favori juif du sultan Selim II reçut Naxos et quelques Cyclades en fief, le nouveau maître de ces îles peuplées de Chrétiens ne les ouvrit pas aux Juifs, alors qu’il poursuivait l’établissement de ses coreligionnaires dans la région de Tibériade. Cédant au désir de gouverner ses terres en paix, il obtint du sultan un ordre qui interdisait aux Musulmans de vivre dans ces îles chrétiennes ; et, pour administrer son fief il fit appel à un Juif converti au christianisme[15]. Le partage des Indes entre le Pakistan et la République indienne doit inciter les hommes du XXe siècle à mieux comprendre le passé ; et les difficultés de l’Etat d’Israël à rejeter les tendances théocratiques peuvent nous inciter à ne pas porter des jugements trop pharisiens sur les siècles d’autrefois.

 

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Au sein de la cité chrétienne, les Juifs devaient donc être des étrangers. En théorie ce n’était pas nécessairement l’indice d’une volonté antisémite ; mais il est clair qu’en fait la situation juridique des Juifs provenait de l’antisémitisme politique et social. A vrai dire, l’évolution conduisant à cette situation comporte des nuances et des exceptions qui laissent supposer des époques d’antisémitisme relatif, ou qui trahissent des changements de mentalité – ou des crises, dont l’aggravation de la condition juive était l’inévitable conséquence.

Mais d’abord, dans l’Empire chrétien, «les Juifs sont incontestablement citoyens romains», même  s’ils n’exercent pas de droits politiques et n’ont pas davantage accès aux fonctions officielles que les Païens. Le pape Grégoire le Grand, à l’extrême fin du VIe siècle, les considère bien de cette manière-là[16]. C’est la destruction, en Occident, de l’Empire romain chrétien, qui a paradoxalement fait des Juifs non baptisés des survivants inassimilables au sein des nouveaux royaumes chrétiens, où ils furet littéralement dépaysés[17]. Dès l’époque mérovingienne, en Gaule, les sentiments populaires s’accordent avec la situation juridique en évolution ; Venance Fortunat met dans la bouche de saint Avit, évêque de Clermont-Ferrand, un appel à la conversion qui serait paternel s’il n‘était appuyé par cette menace révélatrice ; «Restez avec nous pour vivre comme nous ou partez au plus vite. Rendez-nous cette terre où vous êtes étrangers ; délivrez-nous de votre contact ou, si vous demeurez ici, partagez notre foi.» Le droit, moins net que l’opinion, se laisse influencer par elle avec quelque retard et certains flottements ; mais dès l’époque carolingienne, les Juifs sont effectivement des étrangers en Gaule[18].

Moralement étrangers, lors même que les lois paraissent hésitantes, les Juifs ne jouissent pas pour autant des garanties généralement accordées aux ressortissants d’une autre puissance. On voit parfois le pouvoir chrétien légiférer jusque dans les affaires intérieures de la Synagogue. Justinien, le premier, profita d’un appel que lui adressaient les Juifs divisés pour réglementer leur culte. Il agissait autant en empereur romain qu’en souverain chrétien ; mais sur sa décision toute une législation ecclésiastique s’édifia par la suite. Les codes impériaux décidaient de problèmes strictement juifs en interdisant le lévirat ou la polygamie.

Plus tard des tendances nouvelles apparurent en Occident, qui s’attaquèrent à la condition étrangère des Juifs pour les réduire à une espèce de servage. L’Église reconnut au pouvoir civil le droit de bannir les Juifs sous certaines conditions, et de leur imposer des règles particulières d’existence. Le durcissement de la législation aboutit à la surprenante théorie de la servitude juive. Assez vague d’abord, née de la protection efficace accordée par Henri IV et  Conrad III aux Juifs[19], elle se concrétisa dans un statut de «serfs de la couronne» dont les buts économiques sont évidents. Le même point de vue se rencontre chez Albert Ier, chez les rois anglais, chez Louis de Bavière et Louis VIII de France, qui récapitulaient dans leurs personnes l’antisémitisme païen et chrétien : successeurs de Charlemagne et de Titus, ils pensaient que les Juifs étaient bel et bien leur propriété[20]. L’empereur Albert voulait que Philippe le Bel reconnût la souveraineté impériale, héritière de l’empire romain, sur les Juifs de France, et les juristes français auraient estimé que le droit donnait raison à l’empereur[21]. Louis de Bavière rétablissait à son profit la taxe que Vespasien avait imposée aux Juifs. Des documents officiels reflètent la théorie du servage juif, non sans de naïves références au droit et à la théologie, «puisque l’autorité impériale les avait de longtemps condamnés à expier leur crime par un esclavage perpétuel[22]». On voit des seigneurs exercer des droits, semblables à ceux des princes, sur certains Juifs qui devaient jurer de ne se soumettre qu’à eux[23]. En vertu de ces théories, les Juifs de Worms avaient été donnés en toute propriété à la ville par un empereur, et la Bulle d’Or accordait aux électeurs le droit de posséder des Juifs en toute propriété[24]. On peut considérer que le Hofjude (Juif de cour), créé par l’empereur pour des motifs financiers à partir du XVIIe siècle, provient directement du mythe du servage impérial des Juifs[25]. Les juristes de l’Université de Berlin soutenaient encore, en 1817, que la ville libre de Francfort-sur-le-Mein exerçait toujours la souveraineté qu’on lui avait reconnue sur les Juifs, ses serfs[26].

Les théologiens abondaient dans le même sens, mais sans préciser exactement la nature de cette servitude. «Il serait licite, suivant le droit, de tenir les Juifs à cause de leurs crimes,  en servitude perpétuelle, et alors les princes pourraient regarder les biens des Juifs comme appartenant à l’Etat», écrivait saint Thomas d’Aquin, qui posait cependant des limites à ce principe et se refusait à confondre la servitude avec l’esclavage : «Toutefois, ils [les princes] devraient en user avec une certaine modération et ne pas priver les Juifs des choses nécessaires à la vie ;» et il précisait qu’il ne fallait nullement aggraver le sort précédent des Juifs[27]. «Les Juifs, dit-il dans la Somme, sont les esclaves des princes, mais d’un esclavage purement civil qui laisse intact et le droit divin et le droit naturel[28]

Paul IV, en promulguant la Constitution de 1555, rappelle que «Dieu a imposé [aux Juifs] la servitude tant qu[ils] n’auraient point reconnu [leurs] erreurs[29].

Mais alors que le servage impérial ou royal, sans être de règle absolue, apparaissait en Occident, des exceptions sont signalées çà et là : Les papes assimilèrent en général les Juifs d’Avignon aux autres citoyens[30] ; à Beaucaire, ils étaient encore concitoyens des Chrétiens au début du XIIIe siècle[31]. Il en était de même à Arles au XVe siècle ; mais cette condition juridique ne s’y traduisait point par de bons sentiments de la part des Chrétiens, qui finirent par expulser les Juifs[32]. Par contre à Narbonne, à partir du XIIe siècle, à Toulon, au XIIIe siècle, aussi bien qu’à Marseille, les Juifs alors bien vus de la population, étaient pleinement concitoyens des Chrétiens[33]. Le duc de Gueldre permit quatre fois, entre 1386 et 1481, que des Juifs achetassent le droit de bourgeoisie[34]. A Corfou, sous la domination vénitienne, les Juifs furent pleinement citoyens depuis 1386 jusqu’à la chute de la République[35]. Cependant, la tendance prédominante maintint les Juifs dans leur condition d’étrangers : c’est en tout cas l’exemple symbolique de Rome[36]. Dans la France de 1789, si l’administration tolérait en pratique la présence des Juifs, ceux-ci n’étaient en droit ni citoyens ni étrangers : c’étaient des proscrits. Mais en Lorraine et en Alsace (annexées depuis l’expulsion des Juifs), ceux qui y étaient nés pouvaient se présenter comme des sujets du roi. (Quand un Juif de ces provinces demandait sa naturalisation, il sollicitait par là l’extension de ses droits au royaume entier). On disait en Lorraine et en Alsace que les Juifs appartenaient à la nation juive régnicole. En fait, l’opinion les considérait comme des étrangers[37] ; aussi vit-on en 1789 le gouvernement donner l’ordre d’exclure les Juifs de la désignation des députés aux Etats Généraux, alors qu’ils auraient dû avoir, en Alsace et en Lorraine, le droit juridique de voter. Sur leurs réclamations on les autorisa plus tard à se réunir et à rédiger officieusement des cahiers particuliers. Les Juifs portugais du Midi, également considérés comme «régnicoles», votèrent par contre aux élections (mais ils rencontrèrent une opposition qui prouvait combien l’opinion publique s’obstinait à les traiter en étrangers[38]). Une situation plus ambiguë régnait en Pologne jusqu’aux partages du pays. Les Juifs  étaient «sujets tolérés», non pas citoyens[39].

Au XVIIIe siècle, en Angleterre, le gouvernement et le Parlement accordèrent la nationalité aux Juifs ; mais, devant les réactions de l’opinion, qui pourtant se montrait dans la pratique tolérante envers eux, la loi de 1753 fut annulée. Plus bienveillants que d’autres à l’égard des Juifs, les Anglais ne voulaient cependant pas cesser de les considérer comme des étrangers à une nation chrétienne[40]. La théorie selon laquelle les Juifs étaient essentiellement étrangers dans un Etat chrétien, faisait hésiter les autorités autrichiennes à accorder le grade de docteur en droit à un Juif : ‘était-ce pas faire ainsi, d’un non-Chrétien, un docteur en droit canon[41] ? La défense de l’Etat «chrétien» et de la tradition devenait tout naturellement l’alibi des antisémites ; il en fut ainsi des résistances rencontrées par la citoyenneté juive à Genève à l’extrême fin du XVIIIe siècle[42].

Les tsars russes, qu’ils fussent «libéraux», comme Catherine II, ou «cléricaux» comme Alexandre Ier, confinèrent les habitants juifs des territoires acquis à l’Ouest hors des limites de la Russie orthodoxe. S’il arrivait que le gouvernement, dans ces provinces non russes, voulût accorder aux Juifs les droits municipaux – ce fut le cas en 1809 à Kovno – les Chrétiens parvenaient à faire rapporter la mesure[43].

Le principe de l’Etat chrétien eut des partisans convaincus tout au long du XIXe siècle. Le ministre de l’Intérieur prussien Rochow déclarait au nom du roi, en 1842 : «Sa majesté estime que toutes ces garanties doivent répondre aux conditions découlant de la nature même de l’Etat chrétien en vertu desquelles il est inadmissible que des Juifs exercent un pouvoir administratif sur des Chrétiens ou jouissent de droits susceptibles de porter préjudice au régime social chrétien[44].» Quelques années auparavant, à la Chambre des Communes, Peel et Gladstone avaient soutenu les mêmes idées ; et le converti Stahl, chef du parti conservateur prussien, se fit à son tour le défenseur de l’«Etat chrétien»[45]. Jusqu’en 1866 la Suisse fut, en ce qui concernait les Juifs, enfermée dans la contradiction entre ses principes démocratiques et son attachement à l’Etat chrétien. En Suède, longtemps après l’émancipation des Juifs, l’état luthérien excluait Juifs et Catholiques de fonctions importantes. En 1899, le Parlement boer refusa les droits politiques aux Juifs puisque la Constitution de 1890 créait un Etat «réformé». C’étaient là autant de conséquences juridiques d’un principe politico-religieux nettement affirmé. La Roumanie, jusqu’en 1919, appliqua avec la plus extrême opiniâtreté, malgré les traités qu’elle avait signés, l’idée d’un Etat «chrétien». Les Juifs de Roumanie étaient «étrangers-autochtones», soumis aux impôts, au service militaire, mais sans aucun droit, et sans aucune protection consulaire[46].

 

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La Chrétienté a mené une guerre totale contre le paganisme antique, qu’elle a détruit ; contre l’arianisme, qu’elle a réduit à néant pendant une dizaine de siècles ; contre le manichéisme, qu’elle a plongé dans les ténèbres ; contre l’Islam, qu’elle a rejeté en Afrique pour ne céder devant lui, à Byzance, qu’après une lutte sept fois séculaire. Seul le judaïsme a survécu aux plus énergiques sursauts de l’unité chrétienne. Seul, dès le Code théodosien, il est considéré comme un culte autorisé.

Les Juifs, en effet, n’étaient ni hérétiques ni païens. Le Code théodosien va jusqu’à interdire d’employer les Juifs aux corvées le jour du sabbat. (L’interdiction de détruire les synagogues, par contre, appartient à la théorie beaucoup plus qu’à la réalité[47]). Justinien assimila les Samaritains (d’ailleurs remuants) aux Païens et les obligea à la conversion[48]. Ses interventions, souvent indiscrètes dans les affaires juives, semblent mesurées[49]. La législation officielle accordait aux Juifs,  – à eux seuls,  – la liberté de conscience, et en général la liberté de culte ; elle admettait qu’ils vécussent selon leurs usages ; mais elle n’acceptait aucune égalité entre les Chrétiens et les Juifs ; et si elle espérait la conversion des Juifs et tentait d’y travailler avec plus ou moins de bonheur, de générosité et d’activité, elle laissait aux Juifs, dans l’ensemble, une liberté de conscience qu’elle ne concéda à personne d’autre.

Sont-ce les ressources d’intolérance qui sommeillent au fond du cœur humain, ou la logique de la cité sacrale, qui expliquent les graves entorses infligées à ces principes par tant de princes ou de prélats chrétiens ? La tentation d’éliminer l’obstination juive par la force était d’autant plus difficile à écarter que les mœurs poussaient invinciblement les Chrétiens vers la solution en apparence la plus simple et la plus radicale. Si Grégoire le Grand interdisait de baptiser de force les Juifs, c’est qu’on le faisait çà et là. Peu de temps après la mort du pape, Héraclius obligea les Juifs de l’empire d’Orient à la conversion ; et bien que la mesure ne semble pas avoir été universellement appliquée, c’était un précédent qu’on ne devait pas oublier. En 722 l’empereur Léon III ordonna à nouveau la conversion des Juifs. A l’autre extrémité du monde chrétien, le roi wisigoth d’Espagne, Sisebut, décidait vers 630 le baptême des Juifs[50].

Violences légales et massacres sporadiques ne permettent pas de tracer un tableau sans ombres et sans horreurs de la liberté dont la conscience des Juifs bénéficiait dans la cité chrétienne. Mais, aussi précaire, aussi relative qu’elle fût, et malgré trop d’exceptions, la liberté spirituelle de la Synagogue demeure l’un des traits caractéristiques de la cité chrétienne installée, l’un des signes de ce qu’un historien a pu appeler la «tolérance du Moyen âge[51].» Il est vraiment significatif que l’Inquisition ait persécuté les hérétiques chrétiens, les judaïsants, les Marranes ou les Juifs convertis suspectés de vouloir revenir à la religion qu’ils avaient plus ou moins volontairement abjurée[52] ; mais que la redoutable institution n’ait pas inquiété les Juifs eux-mêmes – dans la mesure où ils n’aidaient pas les Marranes à redevenir Juifs, où ils ne se livraient pas à la sorcellerie, où ils n’étaient point par rapport au Judaïsme, hérétiques[53]. Une dénonciation calomnieuse trop aisément reçue, provoquait des poursuites contre tels ou tels Juifs ; mais l’Inquisition respectait les Juifs prudents et silencieux. Boniface VIII accorda même aux Juifs de Rome le droit de connaître le nom de leurs accusateurs devant l’Inquisition ; Clément V s’opposa aux empiètements des inquisiteurs de Toulouse et de Narbonne, qui s’intéressaient trop aux Juifs ; et Martin V concéda aux Juifs d’Avignon le droit de nommer un assesseur dans les affaires instruites par l’Inquisition contre l’un d’eux[54].

 

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Si la cité chrétienne a laissé subsister les Juifs en permettant, en général, l’exercice du culte judaïque, l’antisémitisme d’installation n’a toléré cet état de choses qu’au prix d’un abaissement délibéré de l’Israël selon la chair. La théologie qui retenait le bras séculier trop volontiers partisan des solutions définitives, voulait que le sort temporel des Juifs exprimât dès ici-bas les jugements qu’elle prêtait à Dieu. Il fallait conserver les Juifs «pour qu’ils fussent un témoignage du crime de leurs ancêtres et du sang répandu du Christ[55]». On multiplierait aisément les textes qui reflètent cette conception[56] ; et l’on sait qu’elle a profondément modelé l’histoire des Juifs dans les Chrétientés installées. Cet antisémitisme plus instinctif que théologique chez les uns, plus dogmatique et par là plus calculé, et à nos yeux plus dur (mais n’est-ce pas commettre un anachronisme ?) chez beaucoup d’autres, introduisait dans la réalité quotidienne le mythe de la servitude juive. A la veille même de l’écroulement visible de la société chrétienne en France, ces leçons antisémites s’exprimaient encore naïvement sous la plume de l’abbé Expilly qui écrivait dans un ouvrage sur la population de la France paru en 1765 : «On voit avec une peine infinie que des hommes aussi vils [des Juifs], qui n’ont été reçus qu’en qualité d’esclaves, aient des meubles précieux, vivent délicatement, portent de l’or et de l’argent sur leurs habits, se parent, se parfument, apprennent la musique instrumentale et vocale, et montent à cheval par pure récréation[57]». A Rome, la cérémonie de l’hommage, qui s’inspirait de la servitude et de l’abaissement des Juifs, et qui voulait les leur rappeler, fut célébrée pour la dernière fois en 1847 seulement. Encore faut-il se rappeler que la doctrine de l’abaissement juif supposait la nécessité des Juifs eux-mêmes. Ce n’est point par hasard si la communauté de Rome ne connut aucun des pogromes qui éclatèrent ailleurs[58].

 

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Nous avons invoqué à plusieurs reprises des textes ou des faits assez récents. C’est qu’en effet la notion de cité chrétienne n’a pas disparu avec le Moyen âge. La Réforme et la Contre-Réforme s’en tiennent fermement au principe de la civitas christiana. Luther accorde aux princes chrétiens un tel rôle, qu’après sa disparition ils finiront par légiférer dans l’Église. Ce qu’on appelle vulgairement la théocratie calviniste est un très vigoureux effort pour repenser et rajeunir l’idée de la cité chrétienne. La Confession de la Rochelle déclare : «[Dieu] a établi les royaumes, républiques… A cette cause, il a mis le glaive en la main des magistrats pour réprimer les péchés commis, non seulement contre la seconde table des commandements de Dieu, mais aussi contre la première[59]» et la Confession des Pays-Bas précise : «Il a mis le glaive dans les mains du magistrat pour punir les méchants, et maintenir les gens de bien : et non seulement leur office est de prendre garde et de veiller sur la police, mais aussi de maintenir le sacré ministère, pour ôter et ruiner toute idolâtrie et faux service de Dieu ; pour détruire le royaume de l’antéchrist et avancer le royaume de Jésus-Christ, faire prêcher la parole de l’évangile partout, afin que Dieu soit honoré et servi d’un chacun[60]…» Lorsque Cromwell admit tacitement les Juifs en Angleterre, l’un des adversaires de cette mesure formula son opposition en publiant un pamphlet sous le titre : Un cas de conscience : s’il est légal d’admettre les Juifs dans une république chrétienne. La Contre-Réforme, loin de s’écarter du principe de la société sacrale, cherchait à rétablir sur des bases catholiques ce qu’avait ébranlé la révolution religieuse. Et Louis XIV, après tout, ne gouvernait pas autrement que Justinien.

L’Amérique fut la terre promise des théocraties chrétiennes, depuis l’Etat jésuite des Guaranis jusqu’aux cités calvinistes, puritaines ou quaker. Le traité de fédération du Connecticut et du Rhode Island déclare en 1645 : «Nous sommes venus dans cette région de l’Amérique avec un seul et même but : réaliser le royaume du Christ et jouir en paix des libertés que nous donne l’Evangile[61].» Si Protestants[62] et Catholiques tentèrent d’instaurer un ordre chrétien conforme à leur nostalgie d’une véritable civitas christiana, c’est que l’on n’était nullement enclin à se détacher d’un principe aussi répandu et aussi généralement reçu au XVIIe qu’au XIIe siècle. Dégradée dans la pratique concordataire et dans l’évolution des églises d’Etat comme des églises nationales ou «autocéphales», l’aspiration à la cité chrétienne s’est perpétuée jusqu’au XXe siècle, soit parmi une minorité de Chrétiens, soit même dans les Etats qui, tels la Russie et la Roumanie, se regardaient hier encore comme des royaumes du Christ.


  1. S. Katz, p. 96 ss. (en particulier, p. 101) ; B. Blumenkranz, Les Auteurs chrétiens latins sur les Juifs,  Revue des Etudes juives, IX (CIX), 1949, p. 60.
  2. J. Régné, Les Juifs de Narbonne, Revue des Etudes juives, LX, 1908, p. 8 ss. ; S. Katz, p. 101 ; B. Blumenkranz, (art. cité, Revue des Etudes juives, IX (CIX),p. 58, 99, 60, 64), mentionne de nombreux textes de Grégoire, mais rappelle que jusqu’au VIIe siècle l’interdiction n’était pas appliquée en Gaule. (Elle ne l’était pas non plus en Espagne : Graetz, Histoire des Juifs d’Espagne, éd. française, p. 38.) Sur le rôle d’Isidore de Séville à ce sujet, voir Blumenkranz, même Revue, XI (CXI), p. 7.
  3. Cependant au Xe siècle en Bohême, au XIe en Pologne et à Spire, les Juifs avaient encore des esclaves chrétiens. Graetz, éd. française, VI, p. 66, 67, 73.) [[À ce propos, on peut lire dans le Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme, les propos suivants: « L’Église chrétienne, à partir du IVe siècle, interdit aux Juifs de posséder des esclaves chrétiens. La pratique de l’esclavage cessa chez les Juifs beaucoup plus tôt qu’elle ne fût abandonnée par les chrétiens. Il se trouva un certain nombre de Juifs sur le continent américain pour, à l’instar des autres habitants blancs, posséder des esclaves ou se livrer à leur commerce. », Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme, éd. Cerf - Robert Laffont, 1996, p. 326. (O. Peel)
  4. Il arrive que les synodes et les princes interdisent de baptiser les esclaves des Juifs. Agobard s’en indigne. (Ferdinand Lot, Histoire du Moyen âge de G. Glotz, I, 2e partie, 640 ; Kleinclausz, Histoire de France de Lavisse, II/I, p. 340.)
  5. Encore faut-il, comme toujours, distinguer le droit de la pratique. Au IXe siècle, on accorde, en Gaule, des exemptions officielles. (Henri Gaillard, La Condition des Juifs dans l’ancienne France, p. 37.). Une consultation de Rachi prouve qu’en fait, en France au XIe siècle, les Juifs avaient des «domestiques non juifs» - donc chrétiens, puisqu’il ne s’agit pas d’esclaves. (S. Schwarzfuchs, Evidences, mai 1954, p. 18.) Pour la seule Bourgogne, on connaît vers 1390 trois cas où une nourrice s’engage par acte notarié chez des Juifs. (L. Gauthier, Les Juifs dans les deux Bourgognes, Revue des Etudes juives, XLIX, 1904, p. 256.) - En Bohême, en 1653, les Juifs avaient sans doute des domestiques chrétiens, puisque les autorités de la ville de Kolin prétendaient leur interdire cette pratique. (M. Grunwald, Revue des Etudes juives, LXXXIII, 1926, p. 445.) - On avait permis, au XVIe siècle, aux Chrétiens d’entrer au service des Juifs de Rome (Rodocanachi, Le Saint-Siège et les Juifs, p. 167) ; l’inquisiteur dominicain Fumi permettait qu’on cultivât leurs champs. (Hubert Elie, Contribution à l’étude du statut des Juifs en Italie aux XVe et XVIe siècles, Revue de l’Histoire des Religions, CXLII, 1952, p. 92.) On allongerait facilement cette liste d’exceptions ; les textes officiels, au Moyen âge, traduisent souvent des intentions plutôt que des réalités.
  6. J.-A. Romanos, Histoire de la communauté israélite de Corfou, Revue des Etudes juives, XXIII, 1891, p. 70.
  7. Mémoire des Jésuites de la Martinique, Revue des Etudes juives, II, 1881, p. 117.
  8. A. Cahen, Revue des Etudes juives, IV,1882, p. 242.
  9. F. Nau, Deux épisodes sous Théodose II, Revue des Etudes juives, LXXXIII, 1926, p. 200. - Cette loi a coïncidé avec l’agitation messianique parmi les Juifs entre 438 et 440.
  10. Rodocanachi, p. 132.
  11. Katz, p. 44.
  12. Maurice Aron, le duc de Lorraine Léopold et les Israélites, Revue des Etudes juives, XXXIV, 1897, p. 112 ; M. Ginsburger, Samuel Lévy, rabbin et financier, même Revue, LXV, 1913, p. 295.
  13. Marc Vichniac, Antisemitism in Tsarist Russia, dans Essays on Antisemitism, New  York ; 1942, p. 80. Par contre, L. Poliakov admet que le tsar n’agissait que par prudence politique. (Histoires, I, p. 302.)
  14. S. Doubnov, II, p. 422.
  15. Graetz, éd. française, V, p. 101, 105 ; Margolis et Marx, p. 476 ; A. Galante, Nouveaux documents sur Joseph Nassy, Revue des Etudes juives, LXIV, 1912, p. 237, 242.
  16. Juster, II, p. 25, 26, 35 ; Katz, p. 82 ; Blumenkranz, p. 54, 58.
  17. Juster, II, p. 27.
  18. Juster, I, p. 105 ; Katz, p. 83 ss.
  19. Graetz, éd. française, IV, p. 78 à 80 ; 104. Développement dans Ephraim, Histoire des Juifs d’Alsace, Revue des Etudes juives, LXXVII, p. 133 ss. - Qu’à l’origine le servage fût une solution de bienveillance relative, on en a une preuve dans l’étonnante décision du roi d’Angleterre de consulter par deux fois (en 1231 et en 1241) les Juifs, ses serfs personnels, sur les affaires du royaume. Mais ce ne fut qu’une décision exceptionnelle. (Cf. Ch. Petit-Dutaillis, Histoire du Moyen âge de G. Glotz, IV, II, 189.)
  20. «Quand vous êtes venus ici, dit le duc Wratislaw de Bohême aux Juifs, vous n’avez rien rapporté des trésors de Jérusalem. Vaincus par Vespasien et vendus à un prix dérisoire..., vous êtes arrivés nus dans ce pays... et nus vous en sortirez.» (Graetz, éd. française, IV, p. 79.)
  21. Philippe le Bel chassa les Juifs, mais dépouillés de tous leurs biens. (Graetz, éd. française, IV, p. 249.) A l’occasion, les rois de France revendiquaient leurs droits sur tous les Juifs du royaume, y compris ceux qui vivaient dans les territoires soumis aux grands vassaux. (Henri Gaillard, La Condition des Juifs dans l’ancienne France, p. 67 ; J. Régné, condition des Juifs de Narbonne, Revue des Etudes juives, LIX, 1910, p.60 ss.)
  22. Charte de Vienne, ville impériale, Margolis et Marx, p. 348.
  23. C’est le cas d’un groupe de Juifs bourguignons qui se donnent à J. de Châtillon en 1269 ( L. Gauthier, Les Juifs dans les deux Bourgognes, Revue des Etudes juives, XLIX, 1904, p. 13, etc.)
  24. Graetz, éd. française, IV, p. 282, 286 ; V, p. 149. Exemples dans M. Ephraïm, art. cité, p. 138, 141.
  25. Graetz, éd. française, V, p. 152. Voir L. Poliakov, I, p. 249 ss.
  26. S. Doubnov, Histoire moderne du peuple juif, I, p. 431.
  27. Saint Thomas d’Aquin, Lettre à la duchesse de Brabant, rép. I.
  28. Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, 3a Q. 68, 10.
  29. Rodocanachi, p. 160.
  30. R. de Maulde, Les Juifs dans les Etats français du pape, Revue des Etudes juives, VII, 1883, p. 228. (Voir même Revue, LIII, 1907, p. 275; et J. Prener, Contrat de 1661, même Revue, LXV, 1913, p. 315 ; H. Chobaut, même Revue, I (CI), 1937, p. 5.) Selon Armand Lunel, les Juifs de Carpentras y étaient bien citoyens. (Les Œuvres libres, n° 130, avril 1932, p. 354.) Henri Gaillard, par contre, veut que les Juifs d’Avignon n’aient pas été citoyens. (La Condition des Juifs dans l’ancienne France, p. 113 et 115.) Mais sa thèse de droit a été soutenue en 1942.
  31. S. Kahn, Les Juifs de Beaucaire, même Revue, LXV, 1913, p. 181 ; et LXVI, p. 83. - A Tarascon, les Juifs ne purent conserver la citoyenneté : S. Kahn, même Revue, XXXIX, 1899, p. 97, 106, 109.
  32. P. Hildenfinger, Documente relatifs aux Juifs d’Arles, même Revue, XLI, 1900, p. 72.
  33. Ad. Crémieux, Les Juifs de Toulon au Moyen âge, même Revue, LXXXIX, 1930, p.40 ; Ad. Crémieux, Les Juifs de Marseille, même Revue, XLVI, 1903, p.4 ; R. Busquet, La Fin de la communauté de Marseille, même Revue, LXXXIII, 1927, p.163 ; Armand Lunel, L’Age d’or des Juifs d’Oc, dans Aspects du génie d’Israël, 1950, p. 161.
  34. J. Stengers, Les Juifs dans les Pays-Bas au Moyen âge, p. 37.
  35. D. Kaufmann, Contribution à l’histoire des Juifs de Corfou, même Revue, XXX, 1896, p. 229.
  36. Rodocanachi, p. 32.
  37. Mais la monarchie française rappelait au début du XVIIIe siècle aux cantons suisses que les Juifs d’Alsace devaient être traités comme les autres sujets français. (André Neher, Evidences, octobre, 1952, p. 40.
  38. M. Liber, Les Juifs et la convocation des Etats Généraux, Revue des Etudes juives, LXIV, 1912, p. 245 ss.
  39. S. Doubnov, Histoire moderne du peuple juif, I, p. 329.
  40. Graetz, éd. française, V, p. 259.
  41. S. Doubnov, I, p. 310.
  42. E. Ginsburger, Histoire des Juifs de Carouge, même Revue, LXXV, 1922, p. 132.
  43. Doubnov, I, p. 392.
  44. S. Doubnov, I, p. I, p. 455. Cf. Graetz, éd. française, V, p. 348.
  45. Doubnov, I, p. 727, 728 ; II, p.19.
  46. Voir les textes rassemblés par Isidore Loeb, La situation des Juifs en Turquie, Serbie et Roumanie, Paris, 1877. Cf. Henri Prost, Destin de la Roumanie, 1954, p. 32, 105, 115.
  47. Mise au point dans Katz, p. 73.
  48. L. Bréhier, Histoire de l’Eglise (Fliche et Martin), IV, p. 445.
  49. Cependant, sur son ordre, il y eut des conversions de Juifs en Afrique (P. Monceaux, Les Colonies juives de l’Afrique du Nord, Revue des Etudes juives, XLIV, 1902, p. 27.) - Il semble y avoir eu des décrets interdisant la récitation du Schéma Israël, où les Juifs étaient accusés d’introduire une intention antitrinitaire. (Jacob Mann, Les Chapitres de Ben Baboï, même Revue, LXX, 1920, p. 123).
  50. Selon S. Katz, p. 12, Sisebut a agi de son propre chef, et non pas sous l’influence d’Héraclius ou des conciles.
  51. R. Anchel, Les Juifs de France, 93-124. - C’est aussi l’expression qui vient sous la plume d’A Lunel, art. cité.
  52. H.-C. Léa, Histoire de l’Inquisition au Moyen âge, I, p. 396 ; II, p. 63, 64, 122.
  53. S. Reinach, L’Inquisition et les Juifs, Revue des Etudes juives, XL, 1900, p. LXIV ; Jean Régné, même Revue, LII, 1906, p.224 ss. - Cependant l’Inquisition s’occupa des Juifs à l’instigation de Jean de Capistrano en Silésie (H.-C. Léa, p. 549) ; elle le fit en Italie à la fin du XVIe siècle. (Graetz, éd. française, V, p. 127.) Voir aussiM. Keyserling, Notes sur l’histire de l’Inquisition... même Revue, XXXVII, 1898, p. 266 ; et J. Jocz, The Jewish People and Jesus-Christ, p. 90.
  54. H.-C. Léa, I, p. 438 ; II, p. 96 ; II, p. 139.
  55. Raoul Glaber, cité par E. Amman, Histoire de l’Eglise (Fliche et Martin, VII, p. 464. - Il arrivait que l’utilité du spectacle de l‘abaissement juif fût l’argument décisif des prélats désireux de s’opposer aux éléments les plus judéophobes : ainsi les archevêques de Narbonne (J. Régné, Revue des Etudes juives, LVIII, 1909, p. 200 ss.) ou les papes. (Rodocanachi, Le Saint-Siège et les Juifs, p. 7.)
  56. Jules Isaac, Jésus et les Juifs, p. 367 ; R. Anchel, Les Juifs de France, p. 95. Voir Pascal, Pensées, 640 (Brunschwicg) = 505 (Chevallier).
  57. Cité par A. Rambaud, Histoire de la Civilisation française, II, p. 113.
  58. Rodocanachi, p. 3 ss., 205
  59. Article XXXIX (Cf. Œuvres de Calvin, I, Je Sers, p. 174.)
  60. Article XXXVI (même ouvrage, p. 234).
  61. Texte cité par René Roux, Puritanisme et Démocratie. Diogène, 9, 1955, p. 124. Cf. les réflexions de Reinhold Nieburh, Foi et Histoire, p. 197 ss.
  62. Il s’agit ici de l’attitude historique du protestantisme. La réalité spirituelle contenait, cela va sans dire, des possibilités et des solutions toutes nouvelles.

1 Response to 3. Les juifs, étrangers au sein de la chrétienté

  1. Peel Olivier sur janvier 22, 2014 à 4:44 says:

    Si les Juifs n’avaient pas la possibilité de posséder des esclaves chrétiens[3], on ne leur interdisait pas d’en avoir d’autres.

    A ce propos, voici ce que j’ai trouvé dans le Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme, les propos suivants:
    « L’Eglise chrétienne, à partir du IVe siècle, interdit aux Juifs de posséder des esclaves chrétiens. La pratique de l’esclavage cessa chez les Juifs beaucoup plus tôt qu’elle ne fût abandonnée par les chrétiens. Il se trouva un certain nombre de Juifs sur le continent américain pour, à l’instar des autres habitants blancs, posséder des esclaves ou se livrer à leur commerce. » p.326 – Dictionnaire Enclyclopédique du Judaïsme, éd. Cerf/Robert Laffont, 1996.

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