55 4. La pente de l’extermination

Malgré leurs imprécations, saint Jean Chrysostome et Bossuet auraient ouvert, avec quelle joie ! les bras à un Juif converti[1] et l’on peut imaginer le plaisir que Voltaire eût goûté en rencontrant Théodore Reinach aux séances de l’Institut. Il y a dans le dédain des antisémites racistes envers leurs prédécesseurs une grande part de vérité. L’un d’eux regrette la timidité de l’Église : «Mais ce qui sauvait Israël, c’était l’espoir toujours caressé fâcheusement par les papes d’arriver à convertir les Hébreux[2].» Et quand on perdait cet espoir, on chassait les Juifs. On ne les exterminait pas. Les massacres, sporadiques et généralement occasionnels soulignent la nocivité et la virulence de l’antisémitisme religieux – comme les violences des XVIe et XVIIe siècles, la puissance du fanatisme des guerres de religion ; mais le principe de l’unité spirituelle et politique postulait au mieux la sauvegarde physique des récalcitrants, et au pire leur exil. C’est ainsi qu’en 1793 encore, le nationaliste allemand Fichte refusait la moindre place aux Juifs dans la République de ses rêves. Les Juifs, disait-il, sont une «nation puissante et hostile, en guerre perpétuelle avec toutes les autres… [un] Etat fondé sur la haine de tout le genre humain…» Selon Fichte, le droit commun ne pouvait leur être appliqué, ni les principes chrétiens ; tout au plus leur concédait-il les droits naturels ; quant aux droits civiques «ce n’est possible qu’à une condition : leur couper la tête à tous la même nuit, et leur en donner une nouvelle qui ne contienne plus une seule idée juive. Pour nous protéger contre eux je ne vois non plus qu’un seul moyen : conquérir pour eux la Terre promise et les y expédier tous[3]». Il n’aura fallu qu’un siècle et demi pour que cet antisémitisme radical nous parût encore relativement mesuré. C’est que, dans l’intervalle, les haines religieuses ou nationales étaient relayées par le pseudo-scientisme raciste. Déjà, cinquante ans avant les violences hitlériennes, Vacher de Lapouge écrivait : «Je suis convaincu qu’au siècle prochain on s’égorgera par millions pour un ou deux degrés en plus ou en moins dans l’indice céphalique. C’est à ce signe, remplaçant le shibboleth biblique et les affinités linguistiques, que se feront les reconnaissances de nationalité et les derniers sentimentaux pourront assister à de copieuses exterminations de peuples[4].» Le national-socialisme raciste a rendu justice aux vues de Vacher de Lapouge, sauf sur un point, car l’ethnologie raciale n’a nullement abouti à d’indiscutables conclusions; mais l’ampleur des exterminations et leur lien avec les notions raciales définissent entièrement le nouvel antisémitisme. Un auteur allemand l’a d’ailleurs mieux exprimé que quiconque :

Aujourd’hui, comme il y a cinq cents ans, les Juifs sont séparés des autres nations par un profond fossé spirituel. Mais, en dépit de ces analogies de détail, notre politique à l’égard des Juifs est animée d’un esprit totalement nouveau… Dans la conception du Moyen âge, les Juifs avaient un rôle spirituel propre… La politique allemande actuelle ne reconnaît aux Juifs aucune fonction durable, ni dans la vie économique ni dans le domaine spirituel… La concentration des Juifs dans des quartiers spéciaux analogues aux ghettos  n’est qu’une mesure provisoire. Le but demeure l’élimination complète des Juifs, leur expulsion hors d’Europe… Ce n’est pas seulement l’émancipation moderne des Juifs que nous rejetons, mais également la tolérance dont le Moyen âge témoignait à leur égard. Il s’agit de l’existence même des Juifs dispersés à l’intérieur des peuples européens[5]

L’expulsion des Juifs hors d’Europe… C’était le projet de Fichte ; s’agissait-il d’un euphémisme hypocrite sous la plume d’un collaborateur de Goebbels ? Il est très difficile de préciser quand les chefs nazis résolurent d’exterminer les Juifs ; il est tout aussi aléatoire de décider quels chefs employaient au sens propre, et quels au sens ésotérique des expressions du genre de «l’expulsion des Juifs hors d’Europe», de «solution de la question juive», etc. Certains services officiels ont pu croire, jusqu’aux échelons les plus élevés, pendant plus de temps que tel fonctionnaire subalterne, qu’on créerait réellement une région juive quelque part en Pologne. Mais le gouvernement allemand dans son ensemble ? Funk évoquait à Nuremberg son trouble quand il signa «l’aryanisation» des biens juifs ; et Frank avouait : «Des choses que nous savions ; des choses que nous ne savions pas ; des choses que nous ne voulions pas savoir.» Ce refus volontaire de savoir[6] était profondément humain ; et l’un des enseignements les plus éclatants et les plus affreux de notre époque, c’est qu’on ne veut jamais savoir la vérité, et qu’on laisse ainsi le champ libre aux criminels.

Si, dès leur prise de pouvoir, les Nazis firent mourir de nombreux Juifs  dans les camps de concentration, ils en laissèrent un grand nombre fuir le Reich – sans leurs biens, cela va sans dire. Les violences sporadiques en Allemagne ne se comparent pas avec les brutalités et les massacres de Pologne et de Russie. Il y a eu dans les hautes sphères racistes une évolution qui interdit de penser, tant qu’on n’en apportera pas la preuve, que Hitler eut la volonté arrêtée, dès 1933, de procéder à l’extermination violente des Juifs[7].

C’est en tout cas l’opinion de Léon Poliakov. Il produit les meilleures raisons de penser «que les Nazis n’en [sont] venus au génocide que malgré eux en quelque sorte, poussés, emportés par les démons qu’ils avaient déchaînés[8]». Sans le moindre remords pour les Juifs qu’ils avaient condamnés à la mort par la faim, les chefs nazis songeaient à un fructueux marchandage – Juifs allemands contre dollars américains – ou à une vaste déportation, à Madagascar en particulier. Goering y fait allusion dès novembre 1938[9]. A cette date, le pogrome (soigneusement provoqué) clôt la première manière des national-socialistes envers les Juifs[10]. On entre dans le règne du «Tout est permis» : après tout, l’ombre de la guerre couvre déjà les Juifs. On envisage, en cas de guerre, des mesures extraordinaires, encore vagues et peut-être d’une férocité relative[11].

La guerre, en même temps qu’elle arrête toute émigration juive et qu’elle aggrave les mesures policières, livre en quelques semaines plusieurs millions de Juifs polonais aux Nazis. Les spécialistes des problèmes juifs, dont le sinistre Heydrich, distinguent dès lors entre un «but final» – non précisé – et «les étapes nécessaires à sa réalisation» : la concentration des Juifs dans des villes déterminées sera le premier objectif d’un plan peut-être encore obscur, au moins pour un grand nombre d’agents et d’administrateurs. On pensait généralement à un «Madagascar» polonais, à la frontière de l’U.R.S.S.[12]. Il y eut une lutte sourde entre Himmler et Frank, jusqu’à l’été 1940, à propos de déportations brutales de Juifs dans la région de Lublin : responsable de l’ordre général, Frank voulait se réserver l’application de toutes les décisions antisémites[13].

La défaite française semble avoir rendu quelque consistance au projet malgache[14]. Mais la guerre, en se prolongeant, lui porta un coup fatal. On essaya de transférer les Juifs du grand Reich chez les vaincus ; la France dut, à l’improviste, en parquer à Gurs, dans d’affreuses conditions. A la fin de 1940, ou, comme le pense L. Poliakov, au début de 1941, la décision d’exterminer les Juifs fut prise par Hitler, sous l’influence de Himmler selon les uns[15], de Goebbels selon les autres, au nombre desquels on compte Himmler lui-même[16]. – Mais n’y a-t-il pas dans cette recherche des responsables de la politique de Hitler la présupposition, nullement appuyée sur les textes, que le chef absolu du gouvernement national-socialiste fût le jouet plus ou moins docile des antisémites de son entourage ?

L’ordre d’exterminer les Juifs, d’après Hoess, le commandant d’Auschwitz, était un Fuhrerbefel ; il fut transmis par Himmler, au cours de l’été de 1941 : «Le Führer a ordonné la solution définitive de la question juive… Vous avez maintenant la dure mission d’exécuter cet ordre[17].» Très certainement, les dignitaires du Parti ne furent pas avertis alors[18]. Si le Führer parlait ouvertement de l’ordre donné à Himmler «pour le cas où il y aurait lieu un jour de craindre des troubles intérieurs, de liquider tout ce qui se trouve dans les camps de concentration», il déclarait pudiquement, un mois plus tard, à propos de l’Ukraine : «Le Juif, ce destructeur, nous le chassons[19]».En présence de Himmler et de Heydrich, le Chancelier laissait entendre en octobre 1941, qu’il voulait parquer les Juifs «dans les régions marécageuses de l’Est». Et pour ajouter aussitôt : «Il n’est pas mauvais d’ailleurs que la rumeur publique nous prête le dessein d’exterminer les Juifs. La terreur est une chose salutaire[20].» La rumeur publique ne se trompait guère, qui se refusait à voir dans les ordonnances antisémites les indices d’une résurrection de la civilisation du ghetto. La déportation, somme toute tardive, des Juifs allemands en Pologne[21] alarmait à juste titre tous ceux qui ignoraient que le 31 juillet 1941 Goering avait ordonné à Heydrich de «prendre toutes les mesures préparatoires… requises pour une solution finale de la question juive dans les territoires européens sous l’influence allemande[22]».

Le premier camp d’extermination systématique commença de fonctionner à Chelmo en Pologne, en décembre 1941. Hitler déclarait cependant, en janvier 1942 : «[Les Juifs] auront gagné d’être chassés d’Europe[23]

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* *

Heydrich convoqua à Berlin, le 20 janvier 1942, une conférence composée de deux représentants du ministère des Territoires occupés à l’Est, d’un secrétaire d’Etat au ministère allemand de l’Intérieur, du secrétaire d’Etat chargé du Plan de Quatre ans, d’un secrétaire d’Etat au ministère de la Justice, d’un délégué de Frank, du sous-secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Luther, des représentants des chancelleries d’Etat et du parti, d’un délégué de l’Office racial S. S. et de dignitaires de la police et de la Gestapo. Eichmann assistait à la réunion. Heydrich mit les assistants au courant de sa nomination par Goering au poste de «Plénipotentiaire pour la préparation de la solution finale du problème des Juifs d’Europe» sous l’autorité suprême de Himmler.

Heydrich exposa que la «solution finale» devait être «appliquée à onze millions de personnes». Il récapitulait les chiffres des pays conquis et subjugués, comptait la totalité des Juifs d’U.R.S.S. dans l’extermination projetée, ceux de Finlande, d’Angleterre, d’Irlande, de Portugal, de Suède, d’Espagne, de Suisse… «Les chiffres indiqués pour les différents pays étrangers, précisait-il, concernent les Juifs classés par religion ; le critère de la race, en effet, est encore inconnu dans ces pays.» Il se plaignait des difficultés rencontrées en Hongrie et en Roumanie à cause de leurs «conceptions» particulières. (On aura reconnu leur refus d’englober les Juifs baptisés dans les mesures antisémites générales).

   Dans le cadre de la solution finale du problème, les Juifs doivent être transférés sous bonne escorte à l’Est et y être affectés au service du travail. Formés en colonnes de travail, les Juifs valides, hommes d’un côté, femmes de l’autre, seront amenés dans ces territoires pour y construire des routes ; il va sans dire qu’une grande  partie d’entre eux s’éliminera naturellement par son état de déficience physique. Le résidu qui subsisterait en fin de compte – et qu’il faut considérer comme la partie la plus résistante – devra être traité en conséquence. En effet, l’expérience de l’histoire a montré que, libérée, cette élite naturelle porte en germe les éléments d’une nouvelle renaissance juive.

Heydrich prévoyait qu’on balaierait l’Europe d’Ouest en Est. Il pensait à la création d’un ghetto de vieillards à Theresienstadt – qui fut finalement exterminé, comme les autres, après avoir servi à tromper la Croix-Rouge – et où seraient également concentrés «les Juifs grands blessés de guerre et les Juifs titulaires de décorations (croix de fer, 1re classe). Cette solution pratique rend du coup superflues les interventions incessantes». Le document qui résume cette conférence examine ensuite les démarches que le ministère des Affaires étrangères  devrait accomplir auprès des alliés de l’Allemagne. Luther exposa qu’il valait mieux commencer par faire pression dans le Sud-Est de l’Europe plutôt que dans les pays nordiques. Un dignitaire S. S. préconisa la stérilisation des «métis». On se préoccupa de l’annulation des mariages mixtes. Les délégués du gouvernement général de Pologne insistèrent pour que «la question juive dans ce pays soit résolue au plus vite[24]». Quand on songe à ce qu’était déjà la condition juive en Pologne en 1942, le verbe «résoudre» ne peut comporter qu’une seule signification.

L’assassinat de Heydrich, quelques mois plus tard, précipita le rythme de ce plan, ponctuellement exécuté à partir d’avril 1942. La liquidation des ghettos et les démarches du ministère allemand des Affaires étrangères se synchronisaient parfaitement[25]. Hitler, à la fin de l’année, donnait l’ordre d’accélérer les choses[26]. Ce sont les Juifs polonais qui furent essentiellement, en 1942, les victimes des techniciens nazis. Juifs allemands, serbes, et un grand nombre de Juifs slovaques accompagnaient les Polonais dans la mort. L’Europe occidentale livra ses premiers convois de victimes.

L’année 1943 vit l’extermination des Juifs grecs. En Pologne, certains camps furent fermés – il n’y avait plus de Juifs polonais, tandis qu’on inaugurait avec solennité les crématoires d’Auschwitz[27]. Alors qu’en Occident le rythme des déportations s’accélérait, mais sans jamais parvenir à la parfaite régularité des opérations d’Europe orientale, les Nazis se préoccupaient de parfaire leur ouvrage. Une conférence des experts antisémites allemands détachés à l’étranger se réunissait en avril 1944. Le conseiller von Thadden y rejeta catégoriquement toute solution «sioniste» du problème juif ; le ministre Dr Six précisait : «L’élimination physique des Juifs de l’Est privera la juiverie de ses réserves biologiques[28]

Tandis que les fonctionnaires d’exécution pourchassaient les Juifs encore survivants, certains grands chefs nazis hésitaient au bas de la pente qu’ils avaient presque entièrement parcourue. La probable défaite allemande poussait Himmler à épargner ceux des Juifs qu’il n’avait pas encore exterminés. L’année 1944, dans l’histoire de l’antisémitisme, se caractérise par les hésitations du chef suprême des S. S. : le salut d’une partie des Juifs hongrois s’explique en effet par l’opposition du régent Horthy aux déportations préparées par Eichmann, et par les manœuvres de Himmler, qui ne pouvait contrecarrer ouvertement son subordonné[29]. Finalement, Himmler ordonna en octobre 1944 de cesser les exterminations. Il ne fut pas immédiatement obéi : Eichmann et Kaltenbrunner continuèrent d’assassiner des Juifs[30]. Par personnes interposées, Himmler négociait avec des organisations juives. Il s’agissait de sauver une fraction des Juifs hongrois, moyennant des avantages économiques pour le Reich – et sans doute, du moins dans l’esprit de Himmler, des garanties personnelles de salut en cas de défaite allemande. A l’insu de Hitler, Himmler et quelques-uns de ses adjoints arrêtèrent, dans une certaine mesure, la main des bourreaux à partir d’octobre 1944[31].


  1. A propos du national-socialisme, Max Picard remarque : «Jamais dans un tel monde un Saül ne pourrait devenir Paul, car il n’y a ici que le mal, et chaque mouvement ne peut que l’accroître, non pas le modifier. Jamais, dans un tel monde, un Attila ne pourrait être transformé dans ses dispositions et ses intentions, par l’action d’un pape, ainsi que cela se produisit lorsque Léon le Grand le fit renoncer à ses expéditions de pillage en Italie et se détourner de Rome. Et jamais non plus un diffamateur et un calomniateur, comme le journaliste Goldschmidt de Copenhague, n’entendrait les exhortations d’un Kierkegaard, ne pleurerait sur sa faute et ne renoncerait à diffamer.» (L’Homme du néant, trad. française, p. 57.)
  2. Jean Drault, Histoire de l’antisémitisme - ou plutôt hâtive et maladroite compilation - 5e éd., 1942, p. 40.
  3. Cité par C. Andler, Le Pangermanisme philosophique, 4e éd., 1917, p. 8. Voir plus  haut, ch. VIII, p. 273.
  4. Vacher de Lapouge, Revue d’Anthropologie, 1887, cité par J. Finot, Le Préjugé des races, 2e éd.1905, p. 35.
  5. Dr Hohberd, Das Reich, 28 septembre 1941, cité par les Cahiers VI et VII clandestins de Témoignage chrétien (p. 205, éd. 1946).
  6. G.-M. Gilbert, Le Journal de Nuremberg, p. 410, 82, 48, 76, etc.
  7. G.-M. Gilbert rapporte l’opinion des accusés de Nuremberg, évidemment intéressés à dire avec Rosenberg : «Je pense que [Hitler] s’est trouvé entraîné» (p. 72, 271, 288).
  8. Léon Poliakov, Bréviaire de la haine, p. 3, 124.
  9. La fortune du projet malgache, lieu commun peut-être des rencontres antisémites internationales, est étonnante. Henri Prost signale que Goga voulait envoyer les Juifs roumains à Madagascar. (Destin de la Roumanie, p. 105.)
  10. Après les émeutes de 1938, Goering proposa aux compagnies d’assurance de leur faire grâce des indemnités, moyennant le paiement de la moitié des primes au Trésor. Goering regrettait les destructions ; il eût préféré, dit-il à Heydrich, qu’on tuât deux cents Juifs de plus et qu’on évitât les dégâts. (G. M. Gilbert, Psychologie de la Dictature, Les Temps Modernes, n° 106 d’octobre 1954, p. 465.)
  11. «Si le Reich se trouve impliqué dans un conflit extérieur, il va de soi que nous aurons à envisager en Allemagne un grand règlement de comptes avec les Juifs», dit Goering aux ministres assemblés au lendemain du pogrome de novembre 1938. (Poliakov, P ; 30.) Hitler prophétisait, en cas de guerre, l‘extermination des Juifs en Europe (30 janvier 1939 ; Poliakov, p. 35). Voir encore Poliakov, p. 36.
  12. Poliakov, p. 40 ; Monneray, Est, p. 74.
  13. Frank expliquait à G.-M. Gilbert qu’il savait, à défauts de détails «qu’il y avait quelque chose d’horriblement mauvais dans ce système» (p. 48 ; cf. p. 82, 169, 286). En déclarant fermement devant le tribunal de Nuremberg qu’il se savait coupable de l’anéantissement des Juifs, Frank a, une fois pour toutes, - volontairement et par remords - sapé le système de défense des autres grands chefs nationaux-socialistes. Sans doute ignoraient-ils parfois, ou voulaient-ils ignorer, comment on faisait périr les Juifs. Leur éventuelle ignorance se limitait, peut-être à ce comment.
  14. Détails, parfois inattendus, dans Poliakov, p. 51 ss. - Naturellement la souveraineté française sur Madagascar eût été transférée à l’Allemagne.
  15. C’était, semble-t-il, l’avis de Goering, de Ribbentrop, de B. von Schirach, (G.-M. Gilbert, p. 383, 39, 62, 89, 353).
  16. Poliakov, p. 125 ss.
  17. G.-M. Gilbert, p. 254.
  18. Voir la scène saisissante où Ribbentrop s’épouvante non pas de l’extermination des Juifs, mais de la date où elle commença : «Ribbentrop se prit la tête dans les mains et répéta dans un murmure en decrescendo : 41-41-41. Mon Dieu ! Hoess a-t-il dit en 41 ?» (G.-M. Gilbert, p. 286 ; cf. p. 291.) L’excuse de la guerre défensive, qui apaisait trop de consciences, s’écroulait avec le témoignage formel de Hoess devant le tribunal, le 15 avril 1946.
  19. Adolf Hitler, Libres Propos, I, p. 30 (14 septembre 1941) et I, p. 68 (17 octobre 1941).
  20. Adolf Hitler, 25 octobre 1941, I, p. 87.
  21. Léon Poliakov, p. 66, 168. Cf.A; Hitler, I, p. 132. ; II, p. 39, 121-122.
  22. Document PS. 710 du Procès de Nuremberg, Poliakov, p.130.
  23. Adolf Hitler, 12 janvier 1942, I, p. 197. Cf. 25 janvier, I, p. 238 ; 27 janvier, I, p. 253 ; 3 février, I, p. 280.
  24. Document NG. 2586 de Nuremberg, tiré à 30 exemplaires (16e ex. produit), cité in extenso dans Monneray, Est, p. 82-89 (voir p. 93, 95, 202) ; Poliakov, p. 132 ss.
  25. Monneray, Ouest, p. 250, 270 ; Poliakov, p. 132.
  26. Poliakov, p. 133. [[Voir aussi, Michael R. Marrus et Robert O. Paxton, Vichy et les Juifs,  Calmann Lévy, Paris, 1981. (M.-Th. Martin)]]
  27. Poliakov, p. 230.
  28. Monneray, Ouest, p. 280ss. - Le document déclare expressément que certaines précisions ne seront pas reproduites. Leur absence éclaire les buts réels de cette réunion.
  29. Voir les précisions données par Poliakov, p. 185.
  30. Monneray, Est, p. 223. Sur Eichmann, devenu l’adversaire de Himmler, Poliakov, p. 295.
  31. Sur l’attitude de Himmler, voir Poliakov, p. 282-288, 293-298 ; A. Falk, Israël, terre deux fois promise, p. 96.