30 5. Les juifs dans la prière et l’espérance de l’église

Un exposé de l’antisémitisme chrétien d’installation, aussi documenté soit-il, pourrait passer à bon droit pour insuffisant et partial s’il oubliait de mentionner les forces contraires à la dégradation antisémite : l’objectivité ne consiste pas à composer des réquisitoires. Mais il est infiniment plus difficile de reconnaître ces forces contraires que de rassembler textes et faits traduisant la passion antisémite : comment connaître les actes dont les Juifs ont pu bénéficier et qu’il n‘était pas prudent d’ébruiter ? Comment parler de la prière secrète en faveur d’Israël ? C’est donc très imparfaitement qu’on peut demander à l’espérance de la conversion des Juifs des renseignements sur la modération chrétienne à leur égard. Comme il serait précieux de savoir s’ils étaient nombreux les clercs et les fidèles, à partager au Ve siècle les sentiments de Sidoine Apollinaire recommandant un Juif, «non que j’aime l’erreur dans laquelle ses pareils sont enveloppés, mais parce qu’il ne convient pas de déclarer aucun d’eux condamné sans appel tant qu’il est vivant ; car celui qui a la ressource de se convertir, peut toujours espérer qu’il obtiendra l’absolution… Tu peux donc, tout en déplorant l’absence de foi, défendre la personne de ce malheureux[1]. La bienveillance de Sidoine n’était guère partagée par l’auteur d’un texte de la  fin du même siècle, qui décidait par contre qu’il était vain d’attendre la conversion des Juifs : «Je m’aperçois que la folie du peuple juif résiste plus encore au nom du Seigneur, même aujourd’hui, avec une obstination endurcie et l’iniquité qu’ils ont héritée de leurs pères. Elle se maintient et elle dure encore et, je pense, elle durera jusque dans leur dernière postérité, la perfidie sacrilège et innée de leurs pères[2]… «Ce pessimisme était partagé par Pierre Chrysologue qui, s’inspirant d’un sermon de saint Augustin sur la parabole de l’enfant prodigue, en reproduisait les termes mais non pas la conclusion ; tandis que le grand docteur invitait les Juifs à une conversion dont il expliquait les difficultés psychologiques aux Gentils, Chrysologue omettait les remarques d’Augustin et tranchait soudain : «Parce que tu veux, par jalousie, perdre ton frère, tu n’es pas digne de participer au festin du père, aux joies du père[3].» L’hostilité envers Israël entraîne le contresens le plus total dans l’interprétation de la parabole.

Par contre, Léon le Grand s’écriait dans un sermon pour l’Epiphanie : «Mais enfin, reviens à toi, Juif, reviens à toi !… Ne demeure pas terrifié par l’atrocité de ton crime, car Jésus n’appelle pas les justes mais les pécheurs. Celui qui a prié pour toi pendant qu’on le crucifiait ne repousse pas ton impiété…» Le texte contient de claires allusions et au «déicide» et au châtiment né de l’imprécation rapportée par Matthieu, XXVII, 25. Et cependant, si le prédicateur dépend des théories codifiées en quelque sorte au siècle précédent, il s’inspire de la plus authentique pensée chrétienne. Il rappelle que la vraie charité s’applique aussi aux Juifs «pour que ce peuple lui aussi, qui a dégénéré de la noblesse spirituelle de ses ancêtres, reprenne les droits de sa première origine[4]». A la fin du Ve siècle le pape Gélase faisait chanter dans la prière litanique romaine : «Pour les Juifs égarés, pour les hérétiques fourvoyés, pour les Païens qui adorent les idoles, nous implorons le Seigneur de vérité[5].» On possède une lettre de Gélase à un évêque, où le pape recommande un Juif non converti ; dans une autre lettre, à propos d’un esclave que son maître juif aurait circoncis, Gélase ordonne une enquête à propos de ce scandale spirituel, mais il entend que les intérêts du maître ne soient pas lésés[6].

La première moitié du VIe siècle offre, dans la personne de Césaire d’Arles, l’exemple d’un Chrétien qui, pour n’avoir peut-être pas été aussi regretté des Juifs que le dit la chronique, fut animé à leur égard d’une douceur remarquable. A la différence de Pierre Chrysologue, Césaire enseignait que la parabole de l’enfant prodigue promet la conversion finale du frère aîné ; l’évêque d’Arles n’hésitait pas à proposer aux Chrétiens de sanctifier le dimanche comme les Juifs observent le sabbat ; il maintenait que les préceptes de la morale usuelle s’appliquent aussi bien aux Juifs qu’aux Chrétiens ; il ne déconseillait pas aux uns de participer aux repas des autres[7]. L’attitude de Césaire n’était gère du goût d’Hilaire de Poitiers, dont on raconte qu’il se séparait tellement des hérétiques qu’il n’échangeait même pas avec eux, ni avec les Juifs, jusqu’au salut de politesse[8].

On ne nous accusera pas de solliciter ces textes si mous supposons qu’ils reflètent deux attitudes, pratiques et quotidiennes, en face des Juifs. Nous n’aurons pas l’imprudence de décider laquelle des deux tendances l’emportait alors. Mais l’évolution ne semble pas, au long des siècles, s’inspirer de la retenue de Sidoine Apollinaire, qui eut heureusement des imitateurs. Au plus fort de l’explosion de fanatisme politico-religieux qui obligeait les Juifs byzantins et espagnols à un baptême de mauvais aloi, Grégoire le Grand gardait assez de sang-froid pour s’opposer aux violences exercées sur la conscience des Juifs, sans cesser pour autant de travailler activement à leur conversion. Le grand pape de la fin du VIe siècle n’oubliait pas l’enseignement de saint Paul. Il interprétait figurativement la course des deux apôtres au tombeau, le matin de Pâques : «Pierre est entré le premier ; après lui Jean pénètre à son tour ; c’est que, à la fin du monde, le peuple juif doit, lui aussi, être accueilli dans la foi du Rédempteur.» Dans son commentaire du Livre de Job : «Nu, je suis sorti du sein de ma mère, et nu, j’y retournerai», Grégoire le Grand compare le Christ à Job, puis à Joseph s’arrachant à la femme adultère pour s’échapper nu de son étreinte : de même, écrit-il, le Christ a, selon la chair, la Synagogue pour mère ; celle-ci, ne voyant en Lui qu’un homme, sans distinguer sa divinité, n’a eu à son égard qu’une étreinte adultère. Les Païens par contre ont su voir sa divinité : «La femme adultère ne garda dans les mains que le vêtement et laissa échapper nu celui qu’elle avait saisi maladroitement. Lui donc – le Christ – quittant la Synagogue et se manifestant à la foi des Païens, est sorti nu du sein de sa mère. Mais l’a-t-il pour cela entièrement abandonnée ? D’où viendrait alors que le prophète a dit : «Quand bien même le nombre des enfants d’Israël serait comme le sable de la mer, un petit reste seulement sera sauvé ? D’où viendrait qu’il est écrit : Jusqu’à ce que soit entrée la masse des Gentils, et que, de la sorte, Israël tout entier soit sauvé ? Un jour viendra donc où il se fera reconnaître à la Synagogue elle-même : ce sera sans aucun doute à la fin du monde, quand lui-même, au reste de sa race, se montrera tel qu’il est, Dieu. Et c’est très justement qu’il est dit ici : Nu, j’y retournerai, car c’est nu qu’il revient au sein de sa mère quand, à la fin du monde, celui qui s’est fait homme dans le temps et se trouve méprisé, révélera à sa propre Synagogue qu’il était Dieu avant les siècles[9]

Les actes de Grégoire s’inspiraient de son espérance. Il rappelait aux évêques d’Arles, de Marseille et de Terracine, que la conversion des Juifs devait s’obtenir par la douceur et la prédication ; il voulait que son représentant en Sicile examinât en toute justice la réclamation de deux Juifs ; on le voit protéger des Juifs, convertis ou non ; il défendait le droit des Juifs d’exercer leur culte dans une synagogue ; quand il apprenait que l’une d’entre elles avait été consacrée par les Chrétiens, il ordonnait qu’on rendît aux Juifs tout ce qu’on y avait trouvé et qu’on leur en payât la valeur exacte ; dans une autre affaire de cet ordre, le pape voulut que des arbitres nommés par les deux parties, juive et chrétienne, décidassent du litige. (On ne pouvait, à la fin du VIe siècle, aller plus loin dans le respect des Juifs. Dix siècles plus tard, pareille décision sera impossible.) Grégoire n’hésitait pas à permettre à des Juifs, prêts à se convertir, de recevoir le baptême plus tôt que de coutume[10].

La pensée de Grégoire est évidemment tributaire des IVe et Ve siècles. On note cependant qu’il s’abstenait de toute appréciation injurieuse, qu’il insistait sur l’origine juive des apôtres et des premiers Chrétiens, qu’il partageait la responsabilité de la crucifixion entre les Juifs et les Romains, qu’il préférait insister sur le rôle des «Pharisiens» plutôt que des «Juifs[11]». Très ferme sur l’interdiction, une fois pour toutes signifiée aux Juifs, de posséder des esclaves chrétiens, Grégoire travaillait à faire adopter cette loi romaine en Gaule[12]. Mais une belle formule d’une lettre du pape à l’évêque de Naples peut résumer l’attitude de Grégoire envers les Juifs, tout entière orientée «pour qu’ils nous suivent et non pas pour qu’ils nous fuient[13]».

* * *

On se préoccupait bien davantage, durant les siècles du haut Moyen âge, de la conversion des Juifs qu’on ne le fera plus tard. La manière forte, évidemment, séduisait les princes et souvent les évêques. Aussi les avantages fiscaux, s’ils nous semblent aujourd’hui peu délicats, devaient-ils passer aux yeux des Juifs pour un moyen de pression assez modéré. Grégoire en était partisan[14]. Vers la même époque, l’évêque espagnol de Mérida bâtissait un hôpital pour les Juifs malades, afin de les attirer au christianisme. C’était alors, dans le royaume wisigothique, faire preuve d’un profond respect pour des gens habitués à d’autres procédés[15]. Mais l’influence de Grégoire n’emportait pas toutes les convictions. Un sermon du début du VIIe siècle sur la fin du monde, s’il insiste sur le rôle des Juifs, ne le fait que pour souligner leur alliance avec l’antéchrist[16]. Isidore de Séville n’oublie ni la conversion des Juifs ni le caractère de l’Église, formée de tous ceux qui viennent du judaïsme et de la gentilité ; mais on distingue un certain chauvinisme «gentil» dans sa pensée[17]. Un disciple d’Isidore, moins enclin à respecter les textes évangéliques, enseigne que tous les Juifs périront avec le règne de l’antéchrist[18]. On ne peut s’empêcher de voir, à travers ces textes, le combat de l‘espérance chrétienne avec les déceptions de l’actualité quotidienne. Bède le Vénérable ne cède pas entièrement devant le pessimisme d’une doctrine du «rejet» des Juifs. Il rappelle que la fin des temps verra leur conversion[19]. L’un de ses disciples répète cette promesse, mais quand il s’agit de prier pour les âmes des défunts, oublie celles des Juifs[20].

C’est au cours des siècles qui suivent le Ve que le culte des saints de l’Ancien Testament progresse chez les Byzantins, tandis que dans l’Occident latin le même développement ne se produit nullement, et qu’on ne voit pas les saints de l’ancienne Alliance figurer dans la prière d’intercession de la messe[21]. Au début du IXe siècle encore, l’office du Vendredi Saint comportait la génuflexion au cours de la prière Pro perfidis Judaeis. Dans la crainte, a-t-on dit, de désordres populaires, et devant l’évidente répugnance des fidèles à s’agenouiller pour les Juifs, l’Église supprima l’usage, ou plutôt le laissa tomber en désuétude. L’omission ne pouvait naturellement que déprécier la valeur spirituelle et la ferveur de la prière traditionnelle. L’expression latine perfidia judaica, perdait dans l’opinion, même ecclésiastique, son sens technique de «Juifs connaissant Dieu mais incrédules à sa révélation en Jésus» pour se charger, et jusque de nos jours, d’animosité morale et métaphysique, et devenir synonyme de Juifs sournois et perfides[22]. Ce sont là de très graves indices d’un fléchissement de l’espérance chrétienne, tandis que l’histoire nous renseigne trop abondamment sur les blessures subies par la charité évangélique envers Israël. On doit donc noter avec intérêt que le théologien qui présidait à la décoration de la cathédrale de Bourges, dédiée précisément au premier martyr Etienne, ait présenté aux fidèles, à la place d’honneur, le vitrail de la conversion des Juifs à la fin des temps[23]. Il s’inspirait de la tradition iconographique dont Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers, demeure le témoin, s’il est vrai qu’on y voit la réconciliation de l’Ancien et du Nouveau Testament devant le diable fuyant épouvanté.

L’évolution du catéchuménat des Juifs a peut-être précédé celle de la liturgie. Au début du XIVe siècle encore, les Juifs recevaient un enseignement religieux plus court que les autres catéchumènes. C’est après Justinien qu’on allonge la durée de leur catéchuménat afin de les mettre à l’épreuve. Le concile d’Agde, cité par saint Thomas d’Aquin déclarait : «Telle est la déloyauté des Juifs que souvent elle les ramène à leur vomissement. C’est pourquoi ceux qui veulent se soumettre aux lois catholiques devront rester huit mois à l’entrée de l’Église, parmi les catéchumènes. Alors seulement, et si l’on reconnaît en eux la pureté de la foi, ils seront jugés dignes de la grâce du baptême.» «On ne doit donc pas donner aussitôt le baptême, mais les faire attendre quelque temps» commente saint Thomas, qui conclut : «C’est pour la sécurité de l’Église que la mesure alléguée a été prise contre les Juifs, afin que leur demi-conversion ne porte pas atteinte à la foi des âmes simples.» Mais il a soin d’ajouter : «Si, pendant le délai qui leur est imposé, ils tombent malades, et courent quelque danger, il faut qu’on les baptise[24].» En Espagne wisigothique les formules d’abjuration retracent dans leurs successives modifications l’aggravation de la situation des Juifs dans la société[25]. Cependant, la méfiance ne l’emportait pas sur l’enseignement officiel de l’Église ; un court poème du XIIe siècle qu’on faisait apprendre aux prêtres afin qu’ils connussent l’essentiel de la pratique du baptême prévoyait le cas où un Juif se repentirait de son infidélité, croirait au Christ, irait à l’Église pour y recevoir le baptême, mais mourrait sans avoir rencontré le prêtre. Dans ce cas, dit le poème mnémotechnique, le Juif serait sauvé.[26].

Innocent III se préoccupait de la conversion des Juifs ; il gardait les yeux fixés sur l’enseignement paulinien et cherchait à aider, personnellement, les Juifs convertis[27]. Le roi Louis VII, d’une «dévotion méticuleuse», se montra particulièrement tolérant envers les Juifs[28]. L’archevêque de Sens, qui fut l’un des ministres de la cour durant la minorité de saint Louis, avait donné des conseils de mansuétude envers les Juifs ; aussi les ennemis de ces derniers s’empressèrent-ils d’interpréter sa mort comme un châtiment divin[29]. Fils et prédécesseur de rois pour lesquels les Juifs ne furent qu’un objet de fiscalité, saint Louis songeait à «les réduire au christianisme, non point par la force et la violence, mais par la douceur et en leur faisant du bien[30]» Le roi dépensa davantage d’argent pour convertir quelques Juifs qu’il n’en tira de toutes leurs communautés[31]. L’ordre de saint Dominique compta des esprits soucieux de la destinée d’Israël ; on cite à cet égard Raymond de Penaforte, Raymond Martini et Raymond Lulle ; Roger Bacon nourrissait également la préoccupation de la conversion des Juifs ; il pensait qu’il fallait leur prêcher l’Evangile dans leur propre langue en interprétant les Écritures dans leur sens littéral[32]. Quand Philippe le Bel voulut préparer l’expulsion des Juifs, un théologien de Cîteaux, Jacques de Thérines, osa condamner le principe même de leur exil, et rappeler que l’espérance chrétienne était liée à la conversion des Juifs[33].

Les Croisades provoquèrent l’exaspération des sentiments populaires et l’affaiblissement de la tendance ecclésiastique la plus modérée. On a récemment attiré l’attention sur un ouvrage de polémique qui, après avoir connu une large audience, la perdit après les croisades, parce qu’on jugeait sans doute que ce livre se montrait par trop clément envers les Juifs[34]. Saint Bernard, qui «s’employa personnellement à la protection des Juifs rhénans pourchassés et massacrés», et que Robert Anchel salue comme «le représentant de la modération et de la tolérance françaises[35]», exhortait très vivement le pape à travailler à la conversion des Gentils ; mais, ajoutait-il, «pour ce qui est des Juifs, tu as, je te l’accorde, l’excuse du moment. Une échéance leur a été fixée, qu’il n’est au pouvoir de personne de devancer. Il faut que la totalité des Gentils les précèdent[36]». On comprend que Sicard de Crémone, qui vivait à la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe, pensât dès lors qu’il n’était ni très utile ni très urgent de prier avec trop d’insistance pour les Juifs tant que la plénitude des Gentils ne serait pas entrée dans l’Église[37]. Saint Vincent Ferrier, d’ailleurs rigoureux envers les Juifs, et que ceux-ci considéraient comme un ennemi, s’adressant à l’extrême fin du XIVe siècle aux Chrétiens de Valence, les prenait vivement à partie : «Vous autres, avez-vous une consolation quand un Juif se convertit ? Il y a beaucoup de Chrétiens assez fous pour ne pas en avoir. Ils devraient les embrasser, les honorer et les aimer ; au contraire ils les méprisent parce qu’ils ont été Juifs. Mais ils ne doivent pas l’être, car Jésus-Christ a été Juif et la Vierge Marie a été juive avant d’être chrétienne. C’est un grand péché que de les avilir. Ce Dieu circoncis est notre Dieu et tu seras damné comme l’est celui qui meurt juif. Car on doit leur enseigner la doctrine pour qu’ils soient au service de Dieu[38].» De tels discours eussent pu être tenus par toute l’Europe chrétienne : l’opinion estimait qu’il était tout naturel de dépouiller le «vieil homme» juif au moment de sa conversion, de tous les biens qu’il possédait : en vain les papes s’élevaient-ils contre ce scandale[39].

Malgré les contrecoups des croisades et des schismes, plus tard, une école de modération subsistait dans l’Église d’Occident. Si soucieux qu’il fût de ses devoirs religieux, Charles V se montra particulièrement tolérant envers les Juifs ; il désapprouvait qu’on les obligeât à suivre les offices chrétiens[40]. Un Franciscain de l’école de Capistrano énumérait dans une consultation contre les Juifs de Milan, en 1490, les arguments des partisans de la manière douce à leur égard ; s’il censurait leurs raisons, il établit du moins, à nos yeux, la persistance d’une opinion relativement tolérante à la veille même du XVIe siècle[41]. Et Vincent Ferrier lui-même eût aimé entendre le pape Eugène IV déclarer publiquement, à l’annonce de la visite que l’évêque Alphonse de Burgos (fils du fameux converti Paul de Santa-Maria) allait faire à Rome, qu’en présence d’un tel personnage, il aurait honte à demeurer assis dans la chaire de saint Pierre[42].

Si la préoccupation active de la conversion d’Israël n’a jamais entièrement disparu de la pensée chrétienne ni jamais cessé de l’exciter envers eux à une sympathie plus ou moins raide, plus ou moins charitable, plus ou moins condescendante, il est nécessaire de mentionner en ces derniers siècles médiévaux et durant la Renaissance, trop de pressions plus ou moins déguisées, et trop de faciles avantages sur l’enfance ou la pauvreté juives[43]. A Rome, au XVIe siècle, ce mélange est particulièrement sensible ; on imagina de faire entretenir la maison des Néophytes par la communauté juive de la ville, et de faire payer par les Juifs eux-mêmes les pensions allouées aux convertis[44]… (Il y avait déjà eu d’autres maisons de convertis : on en note une à Oxford, en 1213, à Londres en 1232, en Hongrie à la même époque ; plusieurs furent créées en Italie au XVIe siècle[45].)

Est-ce autour de l’année 850 qu’on eut pour la première fois l’idée d’obliger les Juifs à assister à des sermons apologétiques[46] ? On sait en tout cas que le roi d’Aragon contraignit les Juifs, au XIIIe siècle, à entendre l’exposé de la supériorité de l’Église sur la Synagogue[47]. On créa des corps de prédicateurs chargés spécialement de cet office. Il est facile d’imaginer les résultats de cette paradoxale sollicitude de l’Église et l’amertume des Juifs. On vit certains papes modérer l’ardeur des missionnaires[48]. L’Espagne, le Comtat Venaissin, Rome virent au XVIe siècle, les Juifs se rendre, le jour du sabbat, auprès d’un prédicateur qui, après avoir démontré l’absurdité de leur foi, se faisait payer son discours[49]. L’organisation de sermons semblables fut vainement préconisée en pays luthérien, par l’Université d’Iéna, qui recommandait le procédé au Sénat de Hambourg ; la prédication forcée semble avoir été de règle, en tout cas au XVIIe siècle, en Hesse[50] ; un évêque anglican de la fin du XVIIe se prononçait pour le même moyen, qu’il croyait propre à procurer la conversion des Juifs[51].

Les procédés systématiques d’intimidation destinés à contraindre les Juifs à la conversion étaient encore d’un emploi courant dans le Comtat, au XVIIIe siècle[52]. Guillaume de Humboldt conseillait, pour hâter la fusion des Juifs avec les Chrétiens, de provoquer des schismes dans le judaïsme[53]. On a soutenu que c’est le désir de ramener les Juifs à la foi chrétienne qui conduisit certains intellectuels à pousser jusqu’à l’extrême l’opposition absolue entre le «vrai judaïsme» et le rabbinisme. Ainsi peut-on expliquer l’acharnement d’Eisenmenger contre le Talmud – on sait que l’ouvrage du savant allemand, véritable musée d’arguments antisémites qu’utiliseront les Röhling et les Drumont, se termine pourtant par une prière pour l’unité des Juifs et des Gentils dans le Christ. C’était en tout cas le caractère d’un grand nombre d’ouvrages apologétiques du XVIIIe siècle que d’exalter le christianisme aux dépens judaïsme talmudique (et de l’histoire)[54].

* * *

On rencontre si souvent de telles différences entre l’enseignement, moral ou spirituel, des docteurs ou des prédicateurs et la réalité quotidienne, qu’il était inévitable qu’à l’égard des Juifs la volonté de l’Église ne se manifestât pas dans les faits. L’honneur chrétien, du moins, serait moins terni si la charité de l’espérance avait davantage accompagné la foi des docteurs.

La carence des théologiens ne saurait être mise en doute. Luther abdique tout esprit théologique à propos des Juifs, pour emboucher le clairon d’un tribun plus ou moins grossier dans un siècle qui avait, il est vrai, des idées toutes différentes des nôtres quant à la délicatesse[55]. Calvin, qui n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer des Juifs, et qui ne les connaissait que par des polémiques savantes[56] commentait la prière de Jésus en croix : «Quand Christ esmeu d’une affection de miséricorde a  demandé à Dieu pardon pour ceux qui le poursuyvoient, cela n’empeschoit point qu’il n’acquiescât au juste jugement de Dieu, lequel il sçavoit estre ordonné pour les réprouvez et les obstinez[57].» Où le Nouveau Testament parle-t-il ainsi ? N’est-ce pas plutôt la doctrine du pseudo-rejet qui obscurcit l’espérance chrétienne ? N’est-il pas surprenant que la réintégration d’Israël soit ignorée de Calvin, ou de Pascal ? A peine peut-on citer une phrase des Pensées : «Leur histoire enferme dans sa durée celle de toutes nos histoires» ; mais dès qu’il envisage le temps de la fin, Pascal n‘a pas un mot sur la conversion des Juifs ; la doctrine des Figuratifs l’avait emporté, dans sa pensée, sur l’espérance paulinienne[58]. Bossuet, nous l’avons dit, ne mentionne l’enseignement de l’Epître aux Romains que du bout des lèvres. Son adversaire, le pasteur Jean Daillé, s’accordait sur ce point avec l’évêque de Meaux : «Leur incrédulité les a retranchez de la tige, où nous avons été entez, par foy. Nous n‘avons, et Dieu veuille que nous n’ayons jamais à l’avenir rien de commun avec eux[59].» Peut-on, en commentant l’Epître aux Corinthiens, mieux ignorer la pensée de l’auteur de l’Epître aux Romains ?

* * *

Le XIXe siècle russe s’inspirait, avec des moyens modernes, des méthodes de la Renaissance occidentale. Entre 1827 et 1856, le gouvernement russe et le Saint-Synode imaginèrent d’astreindre de jeunes juifs, âgés de douze ans parfois, à un service militaire prolongé – 25 années au début – afin de les déjudaïser et de les inciter à la conversion. Si le procédé réussit à ébranler une fraction de ces pitoyables contingents, la haine et l’esprit d’opposition durcirent davantage la détermination de résistance des masses juives[60].

* * *

Toutes ces mesures antisémites qui voulaient être chrétiennes et qui se laissaient plus ou moins rapidement envahir par l’ivraie de la rancune et de la violence, ne sont pas les seuls indices, heureusement, du désir d’unité éprouvé par les Chrétiens en présence d’Israël. Si nous terminons par des faits moins regrettables, qu’on n’y voie aucune habileté d’avocat. A l’arrière-fond, le lecteur n’oubliera ni les actes les plus douteux, ni les mythes les plus dangereux.

Ainsi, nombre d’humanistes chrétiens cabbalisèrent afin de mieux démontrer aux Juifs la vérité du christianisme ; et si ces derniers ne furent pas convaincus par de telles apologies, une même attitude d’attente messianique, une meilleure connaissance des Juifs parmi certains cercles chrétiens introduisirent quelque compréhension entre les uns et les autres[61]. Théodore de Bèze exorcisait singulièrement le venin du mythe du châtiment d’Israël en notant en marge de son Nouveau testament, dont on sait la très grande influence[62], à propos du texte de Romains XI, 18 : « Nous devons, la vérité, nous glorifier dans le Seigneur, c’est-à-dire nous réjouir des bienfaits divins, mais non de manière à mépriser les Juifs ; nous les devons au contraire exciter à cette noble émulation (dont parle l’Apôtre dans ce passage.) Si on l’avait fait, il y a longtemps déjà que nous servirions le même Dieu ; et ceux qui aujourd’hui s’appellent chrétiens, et qui ont négligé ce devoir, sont très certainement punis et le seront à l’avenir, parce que sous l’impulsion de la seule méchanceté et de la perversité, ils ont maltraité de toutes manières ce peuple saint quant à leurs pères, allant jusqu’à l’endurcir de plus en plus en mettant sous leurs yeux l’exemple d’une odieuse idolâtrie Quant à moi, je prie volontiers chaque jour ainsi pour  les Juifs : -Seigneur Jésus, il est vrai que tu rétribues selon la justice le mépris qu’on te porte, et ce peuple ingrat a mérité que tu le châties si sévèrement. Mais, Seigneur, souviens-toi de ton alliance, et regarde les malheureux d’un œil favorable à cause de ton Nom. Quant à nous, qui sommes les plus misérables des hommes, et que, néanmoins tu as jugés dignes de ta miséricorde, accorde-nous de faire des progrès dans ta Grâce pour que nous ne soyons pas pour eux des instruments de ta colère, mais que nous devenions plutôt capables par la connaissance de ta parole et par l’exemple d’une vie sainte, de les ramener dans le droit chemin[63]…»

On sait que les textes puritains appuyèrent en général, pour des raisons religieuses, les dispositions par lesquelles Cromwell rouvrit l’Angleterre aux Juifs d’après des motifs politiques évidents, où l’on aurait tort de ne faire aucune place à la foi personnelle du lord-protecteur. Il semble que l’attention dépourvue d’hostilité envers Israël qui naquit au XVIIe siècle soit due à William Gouge, auteur en 1621 de The Calling of the Jews, a present tu Juda and the Children of Israël[64]. Toute une littérature en procède, qui mettra l’accent au XVIIIe siècle, en particulier, sur la réintégration des Juifs. L’Église réformée des Pays-Bas, dès le XVIIe siècle, participait aux efforts missionnaires parmi les Juifs, mais en y apportant un respect de leur personne alors assez rare : le Synode étudia la formation de spécialistes et la publication d’ouvrages apologétiques ; on ôta des églises les tableaux qui pouvaient passer pour offensants envers les Juifs ; des prières spéciales pour leur conversion furent instituées, et le salut d’Israël devint le sujet de nombreux sermons. L’Université de Leyde créa une chaire pour la controverse. Les Arminiens (Hugo Grotius était du nombre) prirent une part importante à ces préoccupations[65].

Le roi de Suède Charles XI conçut le projet de travailler à la conversion des Caraïtes[66] ; l’Allemand Wagenseil recueillait, imprudemment sans doute, les attaques antichrétiennes provenant des Juifs pour les persuader de leur erreur[67]. Mais c’est l’illustre piétiste luthérien P. J. Spener, mort en 1705, qui rompit nettement avec toute idée de coercition ; son espérance vivante et active de la parousie le conduisait à ne reconnaître que l’usage  de la prière et l’emploi de la Parole de Dieu pour travailler à la conversion des Juifs ; il priait chaque jour dans ce but, et enseignait le rétablissement d’Israël. Il préconisait l’entière liberté de culte pour les Juifs[68]. La fondation de l’Institutum Judaïcum en 1728 par J. H. Callenberg à Halle, se rattache aux tendances de Spener, comme à l’influence du chef des Moraves, Zinzendorf, qui introduisit la prière pour la conversion des Juifs à Herrnhut. Zinzendorf rompit avec une certaine tradition théologique en mettant l’accent sur la signification eschatologique de l’Epître aux Romains, dans ses chapitres IX à XI. L’espérance supplanta la combativité théologique dans l’attitude chrétienne – chez les Moraves et les Piétistes. Le missionnaire morave parmi les Juifs, Samuel Liberkühn, renonça délibérément à tout appui temporel ; il sut assez se rapprocher des Juifs pour que ceux de Hollande l’appelassent«Rabbi Samuel[69]». Un autre «missionnaire» piétiste, d’une théologie plus orthodoxe que Liberkühn, le pasteur Stephan Schulz, mort en 1783, s’efforçait de propager un véritable amour pour les Juifs. Son immense mérite fut de trancher résolument le lien que l’installation chrétienne avait noué entre la présence juive parmi les Gentils et la politique des Etats chrétiens ; le refus de toute res publica christiana inspirait à Schulz une attitude d’une hardiesse extrême[70] que nous n’avons pas toujours totalement comprise encore aujourd’hui.

Dans l’Église caatholique saint Grignion de Montfort gardait, avec l’espérance chrétienne, la préoccupation du salut des Juifs et priait en leur faveur[71]. Le pape Clément XI accordait assez d’intérêt à la conversion des Juifs pour qu’on le vît se rendre en personne dans la maison d’un catéchumène dont la foi paraissait chancelante, afin d’essayer de le convaincre[72].

Le théologien Tychsen, de Rostock, ne s’occupait pas seulement d’évangéliser les Juifs ; il sut les défendre en 1812 contre la jalousie économique du Landtag de Mecklembourg[73]. Les premières années du XIXe siècle virent la fondation de la London Society pour l’évangélisation des Juifs (en 1809), d’une société russe qui ne survécut pas à Alexandre Ier (en 1817), et d’une société berlinoise en 1822, etc. Le tsar, sous l’influence des idées plus ou moins «évangéliques» de son entourage d’alors, édicta des mesures assez semblables à celles de saint Louis. Un oukase de 1817 décidait que tous les magistrats, civils ou ecclésiastiques, devaient aide et protection aux Juifs désireux du baptême, et que le gouvernement faciliterait leur établissement et leur concéderait des terres ; on fonda une société de Juifs convertis, assurés d’avantages matériels, exempts de service militaire et, pendant vingt ans, d’impôts. Cette société était même ouverte aux Juifs étrangers[74]. Mais ces décisions se heurtèrent à l’hostilité générale, et à l’antisémitisme de la société. Le gouvernement de Nicolas Ier préféra s’engager dans la voie de la force, sans réussir beaucoup mieux…

Nous n’avons ébauché qu’une enquête ; mais quand bien même elle serait plus complète, on se heurterait encore au silence des siècles. On peut avancer cependant que l’antisémitisme de la Chrétienté a contaminé jusqu’à la préoccupation qui aurait dû demeurer la plus favorable aux Juifs, celle de leur réintégration ; mais on est en droit aussi de souligner que jusque dans les circonstances les plus différentes et les plus contraires, il s’est trouvé des Chrétiens, de siècle en siècle, pour vivre l’espérance de saint Paul.

* * *

Faut-il cependant n’expliquer la torpeur de cette espérance que par l’antisémitisme des Chrétiens ? N’y a-t-il pas une autre cause, contraire à l’ardeur de l’attente, aussi bien qu’à la vigueur de l’amour de l’Église envers la Synagogue ? Nous le pensons ; la crise de l’espérance chrétienne a entraîné la crise de l’amour chrétien, dans la mesure où un certain «judaïsme» théologique s’est développé dans l’Église. Qu’est-ce donc que la cité chrétienne englobant les Etats chrétiens d’Occident, ou s’identifiant ailleurs avec le prestigieux empire romain de Byzance, – ou, plus tard, forgeant les Etats protestants – sinon le rêve millénariste des Chrétiens d’origine juive : «Seigneur, quand donc rétabliras-tu le royaume d’Israël ?» Quand, au fond du cœur, on identifie le règne du Christ avec le règne de l’Église, pourquoi donc prierait-on pour la parousie, pourquoi hâterait-on celle-ci par la prière en faveur des Juifs ? Leur rôle eschatologique disparaît de la conscience chrétienne ; ils n’ont plus qu’une mission apologétique ; détachés des choses à venir, ils sont confinés dans le rôle,  seulement négatif, de «témoins» d’événements passés : l‘élection, l’Ecriture, la Passion du Christ. Israël et l’espérance chrétienne sont si profondément unis que plus la Chrétienté s’installe, quiète et victorieuse, dans sa victoire temporelle, plus il est inévitable qu’Israël soit maintenu dans une défaite, inquiète et humiliante, au sein d’un royaume d’Israël d’immenses proportions où l’on naît chrétien comme, dans les îlots judaïques de l’océan christianisé, l’on naît Juif : le baptême d’enfance introduisant les uns dans la masse chrétienne, et la circoncision maintenant les autres dans l’exception israélite.


  1. ». Cité par Jean Régné, Etude sur les Juifs de Narbonne, Revue des Etudes juives, LV, 1908, p. 4 ; B. Blumenkranz, page 33, qui cite deux textes d’inspiration semblable.
  2. Ad Vigilium episcopum de judaica incredulitate, 10, cité par Paul Monceaux, Les Colonies juives de l’Afrique romaine, même Revue, XLIV, 1902, p. 36.
  3. B. Blumenkranz, p. 16.
  4. Texte complet, traduit par J.-P. Bonnes, Homéliaire patristique, p. 96 ss. - B. Blumenkranz note la modération relative du vocabulaire de Léon et de son entourage (p. 22, 24).
  5. A. Hamman, La Prière des premiers Chrétiens, Fayard, 1951, p. 351. [[Sur les problèmes que soulève la prière pour les Juifs et sa suppression sous Jean XXIII, voir, entre autres,  les articles suivants : Abbé A. R. Arbez « La prière du Vendredi Saint pour les Juifs… Controverse et diversion » ; « Le pape ne changera rien à la "prière pour les juifs" » ; M. Macina, Prière pour la conversion des juifs: Question de mots, ou problème théologique ? » ; Michel Remaud, « [A propos de la prière pour les Juifs] "Dialogue et profession de foi ». (O. Peel)]]
  6. B. Blumenkranz, p. 37.
  7. B. Blumenkranz, p. 38, 47, 39, 40.
  8. B. Blumenkranz, p. 51.
  9. Grégoire le Grand, Lettres 47, 15, 33 ; Hom. XXV in Evang., cité par Jacques Maritain, Raison et Raisons, p. 224 ; Morales sur Job, trad. A. de Gaudemars, Sources chrétiennes, II, 59 (p. 225) ; cf. Préface, 20 (p. 140). Autres passages cités par Blumenkranz, p. 67.
  10. B. Blumenkranz, p. 56, 57, 58, 62, 61.
  11. Références dans Blumenkranz, p. 66, 67.
  12. Textes nombreux dans Blumenkranz, p. 58, 59, 60, 64.
  13. Lettre 13, citée par Blumenkranz, p. 65.
  14. Juster, I, p. 108 ss. ; Blumenkranz, p. 45, 58, 59.
  15. S. Katz, The Jews in Frankish and visigothic Kingdoms, p. 28.
  16. Blumenkranz, même article, 2e partie, Revue des Etudes juives, XI (CXI), 1952, p. 6, 24. (O. Peel)]]
  17. Blumenkranz, p. 11, 12, 17, 18.
  18. Blumenkranz, p. 31.
  19. Blumenkranz, p. 47-48.
  20. Blumenkranz, p. 50-51.
  21. Dom B. Botte, Le culte des saints de l’Ancien Testament, Cahiers sioniens, 1er mars 1950, p. 38 ; Une fête du prophète Elie, même Revue, septembre 1950, p. 170 ss., 174 ; Abraham dans la liturgie, même Revue, juin 1951 ; Marcel Simon (Les Saints d’Israël dans la dévotion de l’Eglise ancienne, Revue d’Histoire et de Philosophie religieuses, n° 2, 1954, p. 98 ss.) attire l’attention sur les hésitations de saint Augustin (p. 104) et pense que l’Eglise a favorisé l’oubli de ces saints (p. 119, 126).[[A propos du culte des saints, voir Peter Brown, Le culte des saints – Son essor et sa fonction dans la chrétienté latine, éd. du Cerf/CNRS 2012 ; Pierre Maraval, Lieux saints et pèlerinages d’Orient – histoire et géographie, des origines à la conquête arabe, éd. du Cerf/CNRS, 2011. (O. Peel)]]
  22. R. Anchel, Les Juifs de France, p. 37 ; J. Oesterreicher, Cahiers sioniens, octobre 1947 ; cf. Cahiers sioniens, 1953, n° 2-3, p.146 ; 1954, n° 1, p. 65. Plus anciennement L. Canet, Revue des Etudes juives, LXI, 1911, p. 213 ; cf. Israël Lévi, même Revue, XX, 1890, p. 250 ; Bulard, Le Scorpion symbole du peuple juif, Index, p. 299, 341. Léon Bloy a exprimé quelque chose de la colère et de la souffrance du Moyen âge obligé de prier pour les Juifs. (Le Salut par les Juifs, XXII et XXIII.) Jules Isaac attire l’attention sur l’erreur de traduction qu’on a commise en accusant le peuple chrétien d’avoir imposé l’abandon de la génuflexion. Il y voit une initiative ecclésiastique. (Bulletin de l’Amitié judéo-chréienne d’Aix-en-Provence, n° 9, juin 1955, p. 8).
  23. F. Quiévreux, Les Paraboles, p. 249.
  24. Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, 3a, Q. 68, art. 3 - Le docteur de l’Eglise latine enseignait la conversion des Juifs à la fin des temps ; il s’inspirait du texte de Grégoire le Grand, cité plus haut, pour voir en l’apôtre Jean, la figure des Juifs. (In Joann, XVIII, p. 1 ; texte traduit par J. Maritain, Raison et Raisons, p. 224.)
  25. S. Katz, p. 29-31. [[Pour une approche générale de la question des Juifs en Espagne, voir, entre autres, Cecil Roth, Histoire des marranes, Ed. Liana Levi, 1992. (O. Peel)]]
  26. X. Barbier de Montault, Le Baptême au Moyen âge, Arras, 1874, p. 10.
  27. L. Lucas, Innocent III et les Juifs, Revue des Etudes juives, XXXV, 1897, p.274. L. Poliakov, I, p. 178, n. 1, cite un très beau texte de Grégoire IX.
  28. A. Luchaire, Histoire de France de Lavisse, III/1, p. 46, 78.
  29. C.-V. Langlois, Histoire de France de Lavisse, III/2, p. 3.
  30. Sauval, cité par R. Anchel, p. 11, qui s’inscrit en faux contre l’opinion traditionnelle sur l’antisémitisme de saint Louis : «Il a donc bien entrepris une vaste opération de conversion des Juifs de son royaume», par des procédés pacifiques (p. 105-114). [[Sur Saint-Louis et sa relation au peuple juif, voir Bernhard Blumenkranz, Histoire des Juifs en France, Toulouse, Ed. Privat,‎ 1972 ; Philippe Bourdel, Histoire des Juifs de France, éd. Albin Michel, 1974 ; Gilbert Dahan, La polémique chrétienne contre le Judaïsme au Moyen-Âge, éd. Albin Michel, 1991. (O. Peel)]]
  31. L. Lazard, Les revenus tirés des Juifs dans le domaine royal, Revue des Etudes juives, XV, 1887, p. 235 ; J. Corblet, Histoire du Sacrement de Baptême, I, p. 397.
  32. J. Jocz, The Jewish People and Jesus Christ, Londres, 1949, p. 220, 406, n. 340, qui renvoie à l’Opus Majus de Bacon, III, § 13.
  33. Histoire littéraire de la France, XXXIV, signalé par Armand Lunel. (Evidences, novembre 1951.)
  34. Blumenkranz, La  Disputatio de G. Crispin, Revue du Moyen âge latin, août 1948, p. 237.
  35. R. Anchel, p. 99.
  36. Saint Bernard, La Considération (trad. Pierre Dalloz, p. 116).
  37. J. Oesterreicher, Pro perfidis judaeis, Cahiers sioniens, octobre 1947, p. 94.
  38. Mitrani-Samarian, Un sermon valencien de saint Vincent Ferrier, Revue des Etudes juives, LIV, 1907, p.244. Sur saint Vincent Ferrier,voir M.-M. Gorce, Saint Vincent Ferrier, 5e éd. p. 237 ss.
  39. Rodocanachi, Le Saint-Siège et les Juifs, p. 294, 297. - Les Juifs convertis, en Espagne, devaient au VIIe siècle payer néanmoins l’impôt particulier aux Juifs. (Graetz, Les Juifs d’Espagne, trad. française, p. 35.) Aux Pays-Bas, il arrivait que les Juifs convertis fussent livrés à la misère. (Stengers, p. 92.) En Angleterre aussi, au XIIIe siècle, on prenait au Juif converti tous ses biens. Le pouvoir royal, en compensation, lui accordait une prime, qu’on levait bien entendu sur les autres Juifs. (J. Jocz, p. 241, 274, 403). L’inquisiteur Fumi, au XVIe siècle, voulait voir dans cette restitution une preuve de sincérité. (Hubert Elie, Contribution à l’étude du statut des Juifs en Italie aux XVe et XVIe siècles, Revue de l’Histoire des Religions, CXLII, 1952, p. 94.)
  40. A. Coville, Histoire de France de Lavisse, IV/1, p. 186. Gf. Petit-Dutaillis, IV/2, p. 291.
  41. Hubert Elie, art. cité, p.72 ss., 90, 94.
  42. J. Jocz, p. 343, n. 65.
  43. D. Simonsen, sur les conversions en Sicile, Revue des Etudes juives, LIX, 1910, p.93 ; J. Bauer pour le Comtat, même Revue, L, 1905, p. 92, 97. Etc.
  44. Rodocanachi, p.228, 230, 248, 298.
  45. J. Oesterreicher, The Apostolate to the Jews, New York, 1948, p. 44 ss.
  46. S. Katz, p. 29.
  47. Pierre Vidal, Les Juifs du Roussillon, Revue des Etudes juives, XVI, 1888, p. 6 ss. ; Isidore Loeb, La Controvrerse religieuse au Moyen âge Revue de l’Histoire des Religions, XVIII, 1888, p. 145.
  48. J. M. Oesterreicher, p. 39 ; Rodocanachi, p.279.
  49. Rodocanachi, p.274-280 ; Chobaut, Revue des Etudes juives, I (CI), 1937, p. 28.
  50. Wilhelm Maurer, Kirche und Synagoge, Excurs. XII.
  51. G. Graetz, éd. française, V, p. 144 ; J. Jocz, p. 221.
  52. J. Bauer, art. cité.
  53. . Doubnov, Histoire moderne du peuple juif, I, p. 226 ; cf. p. 223.
  54. J. Jocz, p. 214.
  55. On n’ignore pas quel parti les nationaux-socialistes surent tirer des écrits antisémites de Luther. La page indignée de Jules Isaac (Jésus et Israël, p. 368) n’en est pas moins excessive. Le rapprochement entre Luther et Hitler a quelque chose de superficiel ; ce sont les plus profondément luthériens des Chrétiens d’Allemagne qui ont su résister le plus vigoureusement à la folie antisémite. Si les textes que Jules Isaac aurait pu multiplier sont  hélas, accablants pour Luther, ils n’en font pas un «précurseur chrétien d’Auschwitz». Il suffit que Luther en soit - de lointaine manière - responsable. - Sur Luther, Poliakov, Histoire... I, p. 235 ss.
  56. Jacques Courvoisier, Calvin et les Juifs, Judaïca, avril 1946, p.203 ss. [[Sur Calvin et sa relation aux Juifs, voir Jean Calvin, Réponse aux questions et objections d’un certain juif. Traduit du latin, présenté et commenté par Marc Faessler, Labor et Fides, Genève, 2010. (O. Peel)]]
  57. Cité par Jules Isaac, Jésus et Israël, p. 369.
  58. Pascal, Pensées, 620 (Brunschwicg) = 408 (Chevallier). Voir F. Lovsky, Pascal et les Juifs, Cahiers sioniens, décembre 1951.
  59. Jean Daillé, XXI Sermons sur le Xe chapitre de la Ire Epître de sant Paul aux Corinthiens, Genève, 1667, p. 13.
  60. Marc Vichniac, Antisemitism in Tsarist Russia, dans Essays on Antisemitism, p. 86 ; détails nombreux dans Doubnov, I, p. 604 ss. [[Sur la situation des Juifs en Russie, voir, entre autres, Jean-Jacques Marie, L’antisémitisme en Russie - de Catherine II à Poutine, éd. Tallandier, 2009. (O. Peel)]]
  61. A.-M. Schmidt, Guy le Fèvre de la Boderie dans Aspects du génie d’Israël, p. 171 ss.
  62. P.-F. Geisendorf, Théodore de Bèze, Genève, 1949, p. 71. [[Sur le réformateur protestant Théodore de Bèze, voir, en ligne, la recension du livre de Geisendorf, cité par Lowsky. (O. Peel)]]
  63. Théodore de Bèze, Nouveau Testament, 4e éd.1589, Rom. XI, 18.
  64. J. Jocz, p. 221, 292, n. 148 et 393, n. 149. Cf. L. Poliakov, I, p. 224 ss.
  65. J. Jocz, p. 393, n. 153. [[Voir Henry Méchoulan, Être juif à Amsterdam au temps de Spinoza, éd. Albin Michel,1991. (O. Peel)]]
  66. Graetz, éd. française, V, p. 222. - Dans son Philosemitismus in Barock (Tubingue, 1952) que nous nous contentons malheureusement de signaler, H. J. Schoeps a attiré l’attention sur les «philosémites» suédois. Pourquoi - si les comptes-rendus sont exacts - n’étudie-t-il pas Spener ?
  67. Graetz, éd. française, V, p. 224. - Sur les hésitations de Richard Simon, cf. L. Poliakov, I, p. 218 ss.
  68. J. Jocz, p. 222 ; Wilhelm Maurer, Kirche und Synagoge, Stuttgart, 1953, p. 52-59, 111 ss.
  69. J. Jocz, p. 392, n. 143 ; p. 395, n. 170, p. 241 ; W. Maurer, Excurs. XII. [[Pour une brève présentation, voir David Allon, « Petite histoire des Juifs de Bohême-Moravie ». (O. Peel)]]
  70. W. Maurer, Excurs. XII.
  71. Grignion de Montfort, «Prière embrasée», Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, éd. du Centenaire, Appendice, p. 49, 53. - L. Poliakov (I, p. 207-209) nous paraît se méprendre sur les intentions de Grignion.
  72. Rodocanachi, p. 219.
  73. Doubnov, I, p. 249.
  74. J. Jocz, p. 397, n. 188 ; Vichniac, p. 85 ; Doubnov, I, p. 591.

10 Responses to 5. Les juifs dans la prière et l’espérance de l’église

  1. Peel Olivier on février 4, 2014 at 7:07 says:

    «Pour les Juifs égarés, pour les hérétiques fourvoyés, pour les Païens qui adorent les idoles, nous implorons le Seigneur de vérité[5].»

    Pour une question de cette prière et sa suppression sous Jean XXIII, http://www.debriefing.org/26055.html

    http://www.debriefing.org/26214.html

    http://www.debriefing.org/25324.html

    http://www.debriefing.org/26087.html

  2. Peel Olivier on février 4, 2014 at 7:17 says:

    Un sermon du début du VIIe siècle sur la fin du monde, s’il insiste sur le rôle des Juifs, ne le fait que pour souligner leur alliance avec l’antéchrist[16].

    Sur cette question d’un lien éventuel entre Juif et antichrist:

    http://www.debriefing.org/27956.html
    http://www.debriefing.org/29729.html

  3. Peel Olivier on février 4, 2014 at 7:22 says:

    tandis que dans l’Occident latin le même développement ne se produit nullement, et qu’on ne voit pas les saints de l’ancienne Alliance figurer dans la prière d’intercession de la messe[21]

    Sur le sujet du culte des saints,

    Peter Brown, Le culte des saints – Son essor et sa fonction dans la chrétienté latine, éd. du Cerf/CNRS 2012; Pierre Maraval, Lieux saints et pèlerinages d’Orient – histoire et géographie, des origines à la conquête arabe, éd.du Cerf/CNRS, 2011.

  4. Peel Olivier on février 4, 2014 at 7:36 says:

    En Espagne wisigothique les formules d’abjuration retracent dans leurs successives modifications l’aggravation de la situation des Juifs dans la société[25].

    Pour une approche générale sur les Juifs en Espagne:
    Cecil Roth, Histoire des marranes, Ed. Liana Levi, 1992.

  5. Peel Olivier on février 4, 2014 at 7:51 says:

    Fils et prédécesseur de rois pour lesquels les Juifs ne furent qu’un objet de fiscalité, saint Louis songeait à «les réduire au christianisme, non point par la force et la violence, mais par la douceur et en leur faisant du bien[30]»

    Sur Saint-Louis et sa relation au peuple juif:
    Bernhard Blumenkranz, Histoire des Juifs en France, Toulouse, Ed. Privat,‎ 1972; Philippe Bourdel, Histoire des Juifs de France, éd. Albin Michel, 1974; Gilbert Dahan, La polémique chrétienne contre le Judaïsme au Moyen Age, éd. Albin Michel, 1991.

  6. Peel Olivier on février 4, 2014 at 8:02 says:

    Calvin, qui n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer des Juifs, et qui ne les connaissait que par des polémiques savantes[56]

    Sur Calvin et sa relation aux Juifs,

    Jean Calvin, Réponse aux questions et objections d’un certain juif. Traduit du latin, présenté et commenté par Marc Faessler, Labor et Fides, Genève, 2010.

  7. Peel Olivier on février 4, 2014 at 8:05 says:

    Si le procédé réussit à ébranler une fraction de ces pitoyables contingents, la haine et l’esprit d’opposition durcirent davantage la détermination de résistance des masses juives[60].

    Sur la situation des Juifs en Russie,
    Jean-Jacques Marie, L’antisémitisme en Russie – de Catherine II à Poutine, éd. Tallandier, 2009.

  8. Peel Olivier on février 4, 2014 at 8:10 says:

    Théodore de Bèze exorcisait singulièrement le venin du mythe du châtiment d’Israël en notant en marge de son Nouveau testament, dont on sait la très grande influence[62]

    Sur le réformateur protestant Théodore de Bèze, voir en ligne le livre cité par l’auteur de Paul Geisendorf,

    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1951_num_109_1_461403_t1_0139_0000_000

  9. Peel Olivier on février 4, 2014 at 8:16 says:

    L’Université de Leyde créa une chaire pour la controverse. Les Arminiens (Hugo Grotius était du nombre) prirent une part importante à ces préoccupations[65].

    Henry Méchoulan, Être juif à Amsterdam au temps de Spinoza , éd. Albin Michel,1991.

  10. Peel Olivier on février 4, 2014 at 8:22 says:

    Le missionnaire morave parmi les Juifs, Samuel Liberkühn, renonça délibérément à tout appui temporel ; il sut assez se rapprocher des Juifs pour que ceux de Hollande l’appelassent«Rabbi Samuel[69]»

    Brève présentation des juifs de Moravie,
    http://www.radio.cz/fr/rubrique/histoire/petite-histoire-des-juifs-de-boheme-moravie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *