23 6. L’élaboration des reproches et des mythes théologiques

La position du pseudo-Barnabé à l’égard de la Loi procède d’un esprit radical. Pour opposer la Loi à la Grâce («Si maintenant encore nous vivons selon la Loi nous avouons que nous n’avons pas reçu la Grâce[1]») il n’est pas nécessaire de sous-estimer la Loi ni de nier, avec la valeur de l’Histoire sainte jusqu’au Christ, celle de la Loi qui avait révélé la pédagogie divine. «La lampe, dit Origène, est précieuse pour ceux qui sont dans les ténèbres et elle sert à quelque chose, jusqu’à ce que se lève le soleil. Précieuse aussi est la gloire qui est sur le visage de Moïse. Et nous avons eu besoin d’abord de cette gloire. Mais elle reçoit son congé à cause d’une gloire supérieure… De même, en effet, que celui qui veut devenir savant devra d’abord être instruit des rudiments et y progresser peu à peu, sans pourtant y rester, mais en leur gardant de la reconnaissance,  ainsi les choses de la Loi et des prophètes,  parfaitement comprises sont des rudiments vers l’intelligence de l’Evangile[2].» La comparaison de ce texte avec l’Epître de Barnabé suffit à définir la véritable tradition chrétienne. Méliton de Sardes, au IIe siècle, tout en insistant sur l’ingratitude des Juifs et en affirmant la déchéance de Jérusalem, portait sur la Loi un jugement autrement équilibré que celui de l’Epître de Barnabé : «Le peuple [juif] était honorable avant qu’ait apparu l’Église, et la Loi admirable avant que brille l’Evangile. Mais depuis que l’Église est apparue et que l’Evangile a brillé sur les hommes, la figure est évacuée, faisant place à l’image dans sa véritable réalité… aujourd’hui ce qui était honorable est devenu sans honneur… l’immolation de l’agneau était jadis honorable ; elle est maintenant dépréciée par la vie du Seigneur… honorable le temple d’ici-bas ; sans honneur maintenant à cause du Christ d’En-Haut. Honorable la Jérusalem d’en-bas : sans honneur à cause de la Jérusalem d’En-Haut[3]…»

Ainsi entrevoit-on le heurt de deux tendances chrétiennes, en désaccord sur la valeur spirituelle de la Loi depuis le Sinaï jusqu’à son accomplissement dans la personne de Jésus. Il est permis de supposer qu’on s’affrontait aussi, plus ou moins clairement, sur le judaïsme lui-même ; mais s’il nous est impossible de préciser l’influence respective de chacun de ces courants, Barnabé représentait malheureusement une certaine pente de facilité – celle qui conduisait à la dégradation antisémite des vérités chrétiennes.

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*  *

L’Israël contemporain des Chrétiens des IIe, IIIe et IVe siècles, (si l’on néglige l’opinion des Judéo-Chrétiens devenus de moins en moins nombreux), provoquait naturellement des réactions moins divergentes que l’Israël du passé. Encore note-t-on des flottements qui prouvent que les mythes d’allure théologique proviennent des situations temporelles ou spirituelles, et non pas d’un enseignement dogmatique ou d’un mot d’ordre théologique. Les malheurs des Juifs de Palestine, aux Ier et IIe siècles, sont attribués par Hégésippe au meurtre de saint Jacques[4] ; et la même relation apparaît dans trois textes d’Origène[5], qui ne demeure pas toujours fidèle à cette interprétation et, comme Tertullien, se rallie à l’opinion d’Irénée de Lyon : «Comme ils se refusaient à croire, il envoya en dernier son Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ, que les méchants vignerons tuèrent et jetèrent hors de la vigne. C’est pourquoi Dieu donna à d’autres vignerons la vigne, non plus enserrée entre des frontières, mais étendue au monde entier… Parce qu’ils avaient chassé et rejeté son Fils de la vigne après l’avoir mis à mort, Dieu les rejeta à leur tour et donna le fruit de  la culture aux nations qui se trouvaient situées hors de la vigne[6].» Tertullien et Origène, suivis désormais par toute l’Église, considérèrent que les catastrophes juives sont la conséquence de la Crucifixion[7]. Cette interprétation du «châtiment est encore plus proche de la pensée des prophètes que des théories des partisans d’une «malédiction» d’Israël. Mais les maladresses ou les outrances de l’apologie conduiront désormais les docteurs de l’une à l’autre.

A quelle époque le déicide est-il apparu dans la pensée chrétienne ? Comme il est difficile de répondre ! Ne faudrait-il d’ailleurs pas s’entendre d’abord sur le sens même de l’expression ? Reprocher aux Juifs de s’être rendus solidaires de la condamnation de Jésus, et le faire avec plus ou moins de vivacité, ce n’est pas exactement les accuser de «déicide», bien qu’une certaine insistance puisse y préparer les esprits. La mort expiatoire de Jésus sur la Croix exige qu’on annonce la culpabilité et qu’on prêche la repentance à tout homme : au Juif premièrement, puis au Grec. Si quelque docteur chrétien reproche à des hommes de religion juive d’avoir, par leurs péchés, crucifié le Christ, et qu’il en fasse autant quand il s’adresse aux Païens, avec la même insistance, avec le même accent, on n’a pas le moindre motif de l’accuser d’antisémitisme et de dénoncer, dans ses paroles, la doctrine du «déicide». L’antisémitisme n’apparaît que si le reproche adressé à toutes les nations se contracte à l’encontre des seuls Juifs, comme si ce n’était plus le péché universel des hommes, mais celui d’Israël seul qui rendit la Croix inévitable. Ce «déicide» laisse entendre qu’un autre peuple que le juif n’eût pas crucifié Jésus, qu’Israël est, plus ou moins explicitement, le seul peuple responsable de la mort du Christ, et le seul auquel Dieu puisse en demander compte. Aussi le «déicide» tend-il constamment à réduire le problème de la responsabilité spirituelle dans le mystère de la Croix en responsabilité juridique. Au fond, le «déicide» fait éclater la tendance profonde du cœur humain à la propre justice. Les Juifs ont été les plus notoires victimes de ce besoin des Gentils ; mais ce transfert de responsabilités s’inscrit aussi dans la légende populaire qui prétendait faire frapper Jésus, durant la Passion, non plus par un soldat romain, mais par un Ethiopien[8].

S’il en est ainsi, on peut difficilement soutenir que les paroles d’Etienne devant le Sanhédrin soient autre chose que la prédication de la repentance transmise par un Juif à ces Juifs que les prophètes avaient fustigés en termes autrement violents[9]. Etienne, après avoir opposé ceux qui entendent la vérité parmi Israël à ceux qui, parmi Israël encore, s’y refusent, terminait par une prière dont la vigueur nourrie des prophètes s’éclaire dans l’amour : «Seigneur, ne leur impute pas ce péché[10]

Dans un texte d’interprétation difficile, l’Epître de Barnabé affirme qu’«un jour ils le verront [Jésus]… et ils diront : N’est-ce pas celui que nous avons autrefois outragé, couvert de coups et de crachats et enfin crucifié ?[11]» On ne s’étonnera pas que le radicalisme antijudaïque de cette Epître insiste sur les torts des Juifs à l’égard du Christ. Il ne s’agit pourtant que d’une remarque sans aucun développement, qui prépare peut-être la théorie du «déicide», mais de très loin ; car un peu plus haut, Barnabé précisait formellement : «Si le Fils de Dieu, quoique Seigneur et juge futur des vivants et des morts, a souffert afin de nous faire vivre de ses blessures, croyons aussi que le Fils de Dieu ne pouvait souffrir qu’à cause de nous[12].» Dès que je me repens devant la Croix, la culpabilité d’autrui, solidaire de la mienne, est vidée de toute nuance pharisaïque ou antisémite.

Justin martyr, qui dépend de Barnabé, était moins radical que lui. Un certain nombre de reproches et de vives expressions contre les Juifs s’allient dans son Dialogue avec Tryphon à un accent plus généreux. Dans un passage souvent cité, Justin s’écrie : «Vous l’avez crucifié, le seul irréprochable et juste, vous avez surpassé votre perversité, en haïssant le juste que vous avez tué[13]» mais on peut soutenir que Justin considère l’incrédulité juive comme un acte plus grave et plus décisif que la Crucifixion ; et si dans une controverse avec les Juifs il insiste sur leurs torts, dès qu’il s’adresse aux Gentils, il écrit, en s’appuyant sur les Psaumes : «[L’Esprit prophétique] annonce la coalition d’Hérode, roi des Juifs, des Juifs eux-mêmes, et de Pilate votre procurateur de Judée, avec ses soldats contre Jésus-Christ.» Si donc Justin souligne volontiers les responsabilités juives dans la mort du Christ[14], il ne semble pas faire reposer sur leurs seules épaules l’accusation que trop de théologiens tendront trop souvent à ne reprocher qu’à Israël. Mais en revanche on ne rencontre pas chez Justin une claire conscience des risques qu’une polémique avec les Juifs sur ce sujet peut faire courir aux Chrétiens menacés par l’esprit de propre justice.

Certains oublis ouvrent – de très loin – la porte à l’erreur. C’est peut-être le cas d’Irénée de Lyon lorsque, à propos des apôtres, il écrivait : «Aux Juifs ils proclamaient que Jésus, Celui qu’ils avaient crucifié, était le Fils de Dieu… : aux Grecs, ils annonçaient un seul Dieu qui a créé toutes choses et son Fils qui est Jésus[15].» Ce serait folie de voir dans ce texte quelque antisémitisme que ce soit ; mais en comparant les deux formules d’Irénée, on saisit les premiers indices de cette différence d’attitude dans la prédication qui conduira, d’habileté en habileté, jusqu’au mythe pseudo-théologique du «déicide». Les textes de Tertullien, semblables à ceux de Justin, s’aggravent d’une clarté toute déductive et juridique[16]. Encore faut-il se demander si la pensée de Tertullien était aussi ferme que nous aurions tendance à le croire. Dénonçant les Chrétiens qui fabriquent des statues et les vendent aux Païens pour servir d’idoles, Tertullien conclut : Les Juifs n’ont porté qu’une fois les mains sur le Christ… Eux [ces Chrétiens], ils déchirent tous les jours son corps[17]

Rares et courts, les textes qu’on a cités et ceux qui leur ressemblent ne permettent pas de préciser exactement le glissement qui, de nuance en nuance, contribua à la formation du mythe de «déicide». Mais on sent que les objections à ce simplisme spirituel et théologique sont de moins en moins claires dans la pensée des apologistes. Cyprien, qui nous a laissé un manuel de controverse antijuive, n’a pas non plus formulé la théorie du «déicide» ; il se contente d’enseigner que «les Juifs ne peuvent obtenir le pardon de leurs crimes ni se laver du sang de Jésus-Christ qu’ils ont fait mourir que dans le baptême en passant à l’Église et en lui obéissant[18]». La pensée de Cyprien leur est défavorable ; il accentue la «chute» d’Israël par une doctrine radicale de leur rejet. Une distinction entre les Chefs juifs et le peuple tempère un peu sa pensée[19] ; mais il faut souligner l’apparition sous sa plume d’une idée appelée à s’articuler sur le «déicide» : les Juifs deviennent anti-modèles de l’Église : après un développement sur la persévérance, il écrit : «De même que les Juifs se sont aliéné la bienveillance divine, parce qu’à cause d’eux le nom de Dieu est blasphémé parmi les nations, de même mais en raison inverse, ceux-là sont chers à Dieu dont la bonne conduite fait louer son nom[20].» Cette notion des Juifs contre-témoins et antimodèles, et non plus témoins, même infidèles, de l’élection, sera reprise et développée éloquemment par Augustin et Chrysostome[21] ; mais elle appartient au IIIe siècle ; elle est probablement contemporaine, et logiquement dérivée, de l’apparition du mythe du «déicide».

Un texte, qui semble dater du IIIe siècle, suppose que l’hostilité antisémite l’a emporté chez certains Chrétiens sur la théorie évangélique : un apocryphe grossier, la correspondance entre Jésus et Abgar, roi d’Edesse, reproduit une prétendue lettre de ce roi à l’Apôtre Thaddée : «J’ai cru tellement en [Jésus] que j’aurais voulu prendre une armée et détruire les Juifs qui l’ont crucifié, si je n’en avais pas été empêché par l’Empire romain[22].» On ne voit pas Thaddée lui répondre que le péché d’Abgar a contribué, lui aussi, à la mort du Christ. Le «déicide», qui allège la conscience des Gentils, transparaît clairement dans ce texte.

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Avant d’amplifier avec éloquence la responsabilité juive dans la Crucifixion, le reproche majeur que les Chrétiens faisaient aux Juifs a très probablement été, bien plus simplement, de se refuser à la prédication de la Bonne Nouvelle et de s’endurcir à l’égard de Jésus. Justin martyr s’étonnait de la non-repentance et de l’incrédulité juives[23] ; à le lire, on a l’impression que tous ses reproches s’évanouiraient si les Juifs acceptaient le Messie. «Aujourd’hui encore, disait Tertullien, …entre eux et nous il n’y a pas d’autre sujet de contestation plus grand que leur refus de croire qu’il est déjà venu[24]. «Plus tard encore, Athanase s’étonnait : «Cette impiété, ce crime que de voir ce qui s’est passé, et de nier le Christ[25]».

Mais ce reproche d’incrédulité, tout semblable à celui des prophètes, et pleinement fidèle à l’Evangile se contaminait à son tour d’antisémitisme dès qu’on cherchait  l’explication de l’endurcissement juif. Saint Paul s’était contenté d’admirer les «voies incompréhensibles» de Dieu ; Irénée compare l’obstination juive à l’endurcissement de Sodome et de Gomorrhe ; Tertullien estime que les Juifs «se jouent de la patience» de Dieu[26]; Hippolyte de Rome, dans une exégèse de l’histoire de Suzanne, suggère que la résistance juive a pour cause «l’énergie du diable[27]». Sur ce thème, les variations étaient désormais dangereusement faciles. Deux siècles plus tard le poète Prudence se demandait à son tour «pourquoi la race issue des patriarches, renie, haineuse, Dieu présent. On la croirait ivre d’un philtre, ou proie d’un furieux délire», et précisait que son crime ne consistait pas tellement dans la crucifixion du Christ que dans son refus de la conversion : «Pourquoi te précipites-tu la tête baissée dans le crime ?… Reconnais le chef de tes principes», faute de quoi, écrivait encore Prudence, terrible sera le jugement prononcé sur le Juif incrédule. Mais s’il se convertit, le choix entre la géhenne et la lumière éternelle est ouvert à la «malheureuse nation, éblouie par la lumière ; elle a fermé ses yeux effrayés, elle s’est voilé la face de son vêtement». Jusqu’à cette décision, l’esprit des Juifs est «enténébré[28]». En vérité, le poète chrétien hésitait entre une tradition optimiste et une explication pessimiste à propos du destin des Juifs. Mais la première de ces tendances, on le sent, cédait devant la seconde.

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Prudence vivait au IVe siècle : la plupart de ces textes où transparaît l’antisémitisme chrétien datent d’alors ; c’est à cette époque que les tendances peu favorables aux Juifs se durcissent en un corps de doctrines hostiles que nourrissent tous les incidents et tous les mécomptes de la rivalité judéo-chrétienne. L’épanouissement – pour reprendre l’expression de M. Simon – de l’antisémitisme ecclésiastique date du IVe siècle. Les textes les plus violents et les plus graves proviennent d’Aphraate, d’Ephrem, d’Augustin, de Chrysostome surtout[29] ; Ambroise les rejoint dans l’hostilité. C’est alors que le mythe du «déicide» l’emporte décidément, et reçoit ses lettres de fausse noblesse dans la pensée chrétienne ; que la prétendue malédiction, et l’inconsistante doctrine de la réprobation se substituent pratiquement à la vision paulinienne, non pas ouvertement reniée, mais obscurcie par des constructions plus juridiques  que spirituelles. On ne voit plus dans l’existence des Juifs qu’une leçon de choses pour les Chrétiens, comme si Dieu n’avait plus aucun dessein positif à l’égard des enfants d’Israël et ne les maintenait que pour en faire, aux siècles des siècles, les ilotes des Chrétiens. Eusèbe s’assigne avec une certains satisfaction, entre autres tâches, le récit des «misères qui ont accablé les Juifs en raison de l’attentat qu’ils avaient commis contre le Sauveur», tandis que Lactance résume la Passion en écrivant : «A la fin du règne de Tibère… Jésus-Christ fut crucifié par les Juifs[30]

Aussi vives que fussent quelques expressions de Justin, il est permis d’entrevoir dans son Dialogue une certaine estime des Juifs et un vif désir de leur conversion. Il n’y a plus rien de tel dans les Homélies prononcées par Chrysostome contre les Juifs. Quand bien même on tiendrait compte des circonstances locales et du langage de l’époque, ces textes ne souffrent pas la discussion : ils respirent le mépris et l’insulte[31]. La prédication chrétienne – et quand donc fut-elle plus éloquente qu’au IVe siècle ? – n’a probablement pas toujours provoqué la haine des Juifs ; mais elle l’a fait trop souvent. Les textes ne permettent pas d’en douter. Dans un sermon destiné aux catéchumènes, Augustin s’écrie : «La fin du Seigneur est venue.  Ils le tiennent, les Juifs, ils l’insultent, les Juifs, ils le ligotent, les Juifs, ils le couronnent d’épines, ils le souillent de leurs crachats, ils le flagellent, ils l’accablent d’outrages, ils le suspendent au bois, ils fouillent sa chair de leurs lances[32]» Ailleurs Augustin rapproche Judas des Judaei pour s’écrier : «Judas est la figure du peuple juif[33]

De tels enseignements éclairent la multiplication des incidents entre les Chrétiens et les Juifs. Trois exemples en illustreront la violence : c’est en 388, l’incendie de la synagogue de Callinicum, en Mésopotamie, par des moines ; l’empereur chrétien Théodose exige alors que l’évêque la fasse reconstruire ; mais saint Ambroise prêche contre l’empereur et lui arrache la révocation de l’édit en prétendant que l’argent chrétien ne doit pas rebâtir ce repaire d’impiété[34]. C’est, au début du Ve siècle, saint Cyrille d’Alexandrie qui soutient un mime chrétien en mauvais termes avec les Juifs. Ceux-ci répondent par la force, attaquent les Chrétiens, tuent des fidèles, mais sont assaillis à leur tour et battus ; la communauté juive d’Alexandrie est alors dispersée[35]. C’est encore, en 418, un incident à Minorque où l’on apporte des reliques de saint Etienne ; les Chrétiens prétendent venger le premier martyr en forçant les Juifs au baptême[36]. Trois exemples parmi tant d’autres…


  1. Ignace d’Antioche, Epître aux Magnésiens, VIII, 1. [[Sur l’évangile de Barnabé, voir les ouvrages suivants: Luigi Cirillo et Michel Fremaux, Évangile de Barnabé, préface d’Henri Corbin (Recherches sur la composition et l’origine, texte italien et traduction française avec notes et index), Paris, Beauchesne, 1977. Réédition partielle (texte et traduction de l’évangile, avec apparat critique allégé et sans la longue étude), Paris, Beauchesne, 1999. (O. Peel)]]
  2. Origène, Commentaire sur Matthieu, X, 9-10, cité par le R. P. Jean Daniélou dans les Etudes de juillet 1948.
  3. Méliton de Sardes, Sermon pascal, trad. du R. P. Jean Daniélou, Vie spirituelle, mars 1948, p. 267.
  4. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, XXIII, 18.
  5. Origène, Commentaire sur Matthieu, X, 17 ; Contre Celse, I, 49 ; II, 13.
  6. Irénée, Contre les hérésies, IV, XXXVI.
  7. Marcel Simon, p. 90-91. Voir le texte d’Origène, Contre Celse, I, 47. [[Pour une approche actuelle de la question de la crucifixion et des juifs voir les articles suivants: « "Le sang retombe": variations chrétiennes sur un thème antisémite terriblement meurtrier pour les Juifs » (O. Peel)]]
  8. Jean Moschus, Le Pré spirituel, XXX (coll. Sources chrétiennes, n° 12, p. 71).
  9. Etienne insiste tout au long de son discours sur notre père Abraham, notre race et nos pères, etc. (Actes, VII). On accable Etienne sous l’accusation d’antisémitisme. On s’étonne de ses «imprécations». Mais, plutôt que de lire anachroniquement le discours d’Etienne en songeant à Chrysostome, il convient de se rappeler le ton de Jérémie, d’Amos ou d’Ezéchiel, dont il était nourri. Ses «reproches aux Juifs n’étaient ni plus antisémitiques ni moins véhéments que ceux de Moïse». (Jacques Maritain, Raison et Raisons, p. 232.)
  10. Actes, VII, 60. [[Il faut noter qu'avant Etienne, l'apôtre Pierre avait prêché dans les Temple (sous le portique de Salomon, cf. Ac 3, 11 ss. (O. Peel)]]
  11. Epître de Barnabé, VII, 9. On rapproche ce passage du Livre de la Sagesse, V, 1-5.
  12. Epître de Barnabé, VII, 2.
  13. Justin, Dialogue avec Tryphon, CXXXVI, 2.
  14. Justin, I Apologie, XL, 6. Dans le Dialogue, CXXXIII, 2-3 et CIII, 2, Justin introduit une distinction au sujet de la responsabilité des docteurs ; et au chap. XL, 4, il invoque celle des Anciens du peuple et des prêtres.
  15. Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, III, 12, 13.
  16. Tertullien, Adv. Judaeos, 10. Sur l’attitude de Tertullien, consulter Paul Monceaux, Les Colonies juives dans l’Afrique romaine, Revue des Etudes juives, XLIV, 1902, p. 17.
  17. Tertullien, De Idol., VII, 19.
  18. Cyprien, Témoignages à Quirinus, I, 24.
  19. Cyprien, VIe Traité des idoles.
  20. Cyprien, XIIIe Lettre, III, 2 ; - Les Juifs, d’ailleurs, avaient gardé un bon souvenir de saint Cyprien. (Monceaux, art. cité, p. 20.)
  21. Textes dans M. Simon, p. 119.
  22. Eusèbe de Césarée, I, XIII, 16. Le Dictionnaire d’Histoire et de Géographie ecclésiastiques place la première composition de  la légende d’Abgar un peu après la première moitié du IIIe siècle.
  23. Justin, Dialogue, XVII ; CXXXIII, 6 ; XXVI,1 ; CVIII, 2 ; CXX, 1 ; CXXXVI,, 2 ; I Apologie, XXXVI, 3 ; LIII, 6.
  24. Tertullien, Apologétique, XXI, 15. Cf. O. Cullmann, Le Problème littéraire et historique du roman pseudo-clémentin, p. 228.
  25. Athanase d’Alexandrie, De l’incarnation du Verbe, Sources chrétiennes, p. 284. L’Homélie du IVe siècle longtemps attribuée à Hippolyte (P. Nautin, Sources Chrétiennes, 27, p. 33 ss.) mêle encore les deux reproches : «L’incrédule Israël est devenu en effet responsable de ce précieux sang, les uns autrefois, en le versant, les autres jusqu’à  maintenant en refusant de croire» (ch. 24).
  26. Texte d’Irénée cité par J. Daniélou, Sacramentum futuri, p. 71 ; Tertullien, De Pudicitia, X, 7.
  27. Hippolyte de Rome, Commentaire à Daniel, I, XIX.
  28. Prudence, Hymne  XI, 89 ss. ; Apothéosis, 332, 422.
  29. Marcel Simon, Verus Israël, p. 16. - P. Courcelle (Revue des Etudes juives, VIII (CVIII), 1948, p.105) pense que saint Augustin fait plutôt figure de modéré. Il va sans dire que le courant majeur du IVe siècle admet des exceptions. Voir par exemple Pierre Nautin, Homélies pascales, II (Sources chrétiennes, 36, p. 9-10, 80-81.) [[Chez les Pères des premiers siècles, les Juifs sont souvent identifiés aux hérétiques et/ou à l’Antichrist; c’est le cas des Africains, Voir le chapitre intitulé « "Antichristus Africanus" : Augustin et ses deux prédécesseurs », de l’ouvrage de Cristian Bădiliță, Métamorphoses de l'antichrist chez les pères de l'église. (O. Peel)]]
  30. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, I, I. Cf. II, VI ; III, VI, etc. - Le point de vue d’ Eusèbe sur la chute de Jérusalem, comparé à celui d’Origène (voir plus haut, p. 140, n. 5) mesure les progrès du «déicide». - Lactance, De la mort des persécuteurs, II, 1.
  31. Voir les passages traduits par M. Simon, p. 256 ss. On sait qu’en réalité  Chrysostome visait les Chrétiens judaïsants beaucoup plus que les Juifs eux-mêmes. On lira un échantillon de la pugnacité de Chrysostome à l’égard des Juifs, dans un document, en pdf, mis en ligne sur le site de Cathoweb, sous le titre « Saint Jean Chrysostome, la divinité de Jésus-Christ, prouvée contre les Juifs et les Gentils ». (O. Peel)]]
  32. Augustin, De Symbolo, 15. Cité par Juster, I, p. 301. - Bien entendu, on peut toujours opposer un texte à une citation. Mais il suffit qu’on puisse recueillir dans les nombreux ouvrages du grand docteur quelques regrettables témoignages de passion pour qu’on soit en droit de les déplorer et de veiller à plus forte raison à ne pas l’imiter sur ce point précis.
  33. Augustin, Serm. 46, II, 23 et In Ps., 108 (Textes cités par Renée Bloch, Cahiers sioniens, n° 3, 1951, p. 270.)
  34. J.-R. Palanque, Histoire de l’Eglise, Fliche et Martin, III, p. 510 ; Marcel Simon, Verus Israël, p. 266.
  35. G. Bardy, Histoire de l’Eglise, Fliche et Martin, IV, p. 157 ; B. Blumenkranz, art. cité, Revue des études juives, IX (CIX), 1949, p. 44.
  36. Juster, II, p. 200.

8 Responses to 6. L’élaboration des reproches et des mythes théologiques

  1. Peel Olivier sur janvier 4, 2014 à 3:52 says:

    « Ainsi entrevoit-on le heurt de deux tendances chrétiennes, en désaccord sur la valrur spirituelle de la Loi »

    Petite faute à valeur, un « r » à la place de « e ».

  2. Peel Olivier sur janvier 4, 2014 à 3:58 says:

    La position du pseudo-Barnabé à l’égard de la Loi procède d’un esprit radical. Pour opposer la Loi à la Grâce («Si maintenant encore nous vivons selon la Loi nous avouons que nous n’avons pas reçu la Grâce[1]»)

    Sur l’évangile de Barnabé, voir les ouvrages suivants:

    Luigi Cirillo et Michel Fremaux, Évangile de Barnabé, avec préface d’Henri Corbin (Recherches sur la composition et l’origine, texte italien et traduction française avec notes et index), Paris, Beauchesne, 1977.
    Réédition partielle (texte et traduction de l’évangile, avec appareil d’érudition allégé et sans la longue étude), Paris, Beauchesne, 1999.

  3. Peel Olivier sur janvier 4, 2014 à 4:04 says:

    Tertullien et Origène, suivis désormais par toute l’Église, considérèrent que les catastrophes juives sont la conséquence de la Crucifixion[7].

    Pour une approche actuelle de la question de la crucifixion et des juifs voir les articles suivants

    http://www.debriefing.org/31034.html

    http://www.debriefing.org/18851.html

  4. Peel Olivier sur janvier 4, 2014 à 4:12 says:

    Etienne devant le Sanhédrin soient autre chose que la prédication de la repentance transmise par un Juif à ces Juifs que les prophètes avaient fustigés en termes autrement violents[9].

    On peut rajouter le passage où Pierre parle dans le Temple et qui précède dans le temps le discours d’Etienne: Actes 3.17-18.

  5. Peel Olivier sur janvier 4, 2014 à 4:26 says:

    Les textes les plus violents et les plus graves proviennent d’Aphraate, d’Ephrem, d’Augustin, de Chrysostome surtout[29]

    A ce propos, voir le chapitre consacré à Tertullien et Augustin dans leur relation avec le juifs, souvant associé à l’hérétique et/ou l’antichrist.

    http://books.google.be/books?id=RPT49lsnrTsC&pg=PA411&lpg=PA411&dq=Augustin,+Tertullien+contre+les+juifs&source=bl&ots=XRe6WyR3P2&sig=4miw2jF29T0TVLcE9axqSskHYOw&hl=fr&sa=X&ei=tDTIUs2WIKmK0AWjkYGQDQ&ved=0CG8Q6AEwCQ#v=onepage&q=Augustin%2C%20Tertullien%20contre%20les%20juifs&f=false

  6. Peel Olivier sur janvier 4, 2014 à 4:32 says:

    Quand bien même on tiendrait compte des circonstances locales et du langage de l’époque, ces textes ne souffrent pas la discussion : ils respirent le mépris et l’insulte[31].
    Sur la haine de Chrysostome contre les Juifs, voir l’article pdf suivant:

    http://www.tests.technologiae.org/IMG/pdf/jean-chrysos-divinite-jesus.pdf‎

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