65 7. Le reproche de déicide

On ne s’étonnera pas, après les nombreuses allusions que nous avons faites dans les chapitres précédents au «déicide» que nous voyions dans ce reproche d’allure théologique une des thèses les plus favorables aux confusions spirituelles qui expliquent le cheminement de l’antisémitisme dans la piété et la pensée chrétiennes.

Le mot «déicide» n’apparaît lui-même nulle part dans le Nouveau Testament, bien que celui-ci ne nous raconte rien d’autre que la mise à mort du Saint et du Juste par ceux vers lesquels il était venu. Nous soutiendrions volontiers qu’en dehors de l’affirmation d’une responsabilité spirituelle et globale du monde dans la mort de Jésus, l’idée elle-même n’affleure pas davantage dans les textes du Nouveau Testament, parce que «prétendre s’appuyer sur les récite évangéliques pour faire peser sur les Juifs la responsabilité de la mort de Jésus, c’est leur faire dire ce qu’ils n’ont pas voulu dire ; c’est leur demander une réponse à une question qu’ils ne se sont pas posée et qui n’aurait eu aucun sens pour eux[1].» Quand on essaie de lire le Nouveau Testament sans tenir compte des interprétations qui sont nées de situations historiques postérieures au texte, on s’étonne des anachronismes historiques et des altérations spirituelles que lui fait subir le mythe du «déicide». Mythe, en effet – le mot n’est pas trop fort – et non plus lien mystique entre l’endurcissement humain et la mort rédemptrice et volontaire de la Seconde Personne de la Trinité. Le «déicide», au lieu de méditer sur le péché général des hommes, fait basculer la responsabilité de la Crucifixion sur les Juifs en mettant l’accent, d’abord, sur leur culpabilité particulière, par une confusion entre la réalité spirituelle et les circonstances historico-juridiques, et en insistant, d’autre part sur la responsabilité collective et la solidarité de tous les Juifs, aussi bien dans la dimension horizontale qui englobe tous les contemporains de la Passion – les Juifs alexandrins, babyloniens et palestiniens – que dans la durée historique, qui compromet tous les Juifs nés depuis l’an 30, hormis les seuls qui s’en seraient expressément désolidarisés par le baptême.

Encore une fois, on n’accuse nullement les Juifs du crime de déicide, quand on croit et qu’on dit qu’ils ont à travers les siècles une responsabilité spirituelle à l’égard de la Croix de Jésus, non point parce qu’ils sont Juifs, mais parce qu’ils sont pécheurs, comme les Gentils ; non point non plus parce qu’ils sont Juifs, mais à cause de la connaissance de Dieu qu’ils avaient déjà reçue – comme les Gentils d’origine chrétienne quand on les compare aujourd’hui aux Païens qui ne connaissent pas encore le Christ (à l’égard duquel ces Païens ne sont pourtant pas innocents). «Il fallait» que le Christ mourût pour tous les hommes et à cause d’eux – pour leur faute. L’auteur de l’Epître de Barnabé, dont nous n’avons pas dissimulé l’animosité contre les Juifs, était trop proche de la Passion pour s’y tromper : «Le Seigneur a enduré que sa chair fût livrée à la destruction ; c’était en vue de nous purifier par la rémission des péchés laquelle s’opère par l’aspersion de son sang. L’Ecriture parle de lui à ce sujet, en partie pour Israël, en partie pour nous, et s’exprime ainsi : «Il a été blessé à cause de nos iniquités…[2]»

Le Nouveau Testament ne dit pas autre chose. La relation entre la Croix et les Juifs actuels n’est pas différente de celle qui me relie, et qui relie mon lecteur à la Croix ; la seule différence, quant à notre culpabilité, ne provient que de notre endurcissement devant le Crucifié ; la responsabilité juridique et morale des agents d’exécution ou des témoins de la Passion n’est qu’un problème purement historique, qui m’intéresse, en définitive, d’autant moins que j’éprouve davantage la certitude de ma culpabilité personnelle envers le Christ de Dieu.

Nous ne dirons pas qu’il s’agisse d’un problème sans intérêt. Pour reprendre une expression de Karl Barth, on n’a pas le droit de dire que l’événement «aurait tout aussi bien pu avoir lieu ailleurs, n’importe où, n’importe quand, partout, toujours[3]». Mais le «déicide» postule qu’ailleurs et n’importe où les choses se fussent déroulées autrement ; qu’ailleurs et n’importe où, les nations se fussent données sans réticence au Christ ; qu’ailleurs – mais surtout dans le peuple auquel j’appartiens – Jésus n’eût compté que des disciples.

La Croix ne pouvait se dresser que dans le peuple de l’élection ; l’endurcissement et la foi devaient s’y manifester avec une acuité particulière. Le comportement des témoins de la Passion – les «Juifs» d’une part et les Hébreux devenus Chrétiens de l’autre – seront aux siècles des siècles l’ossature de la théologie pastorale de l’Église ; et les refus des Juifs selon la chair, dans l’histoire, ne s’expliquent pas si l’on remplace les mots «Juifs», «Hébreux» ou «Gentils» du texte inspiré, par une expression généralisante qui se contenterait de dire : «les hommes». Jésus insistait sur le refus de la «génération» à laquelle il appartenait selon la chair. C’était une génération juive, comme celle qui n’avait pu entrer dans la Terre promise ; mais c’était aussi le «type d’une collectivité plus vaste, celle à qui saint Jean donnera son nom définitif, le monde[4]».

Quand les Chrétiens insistent sur le crime juif de déicide, ils méconnaissent, au prix d’une généralisation abusive, le rôle de la génération de Jésus et de la génération où ils vivent ; ils profanent ainsi leur connaissance du mystère de Dieu. Voyez, entre tant d’exemples, celui de Dostoïevski. Combien d’allusions hargneuses au rôle des Juifs, dans la Passion ou dans la société, ne relève-t-on pas sous sa plume ! Mais quand il imagine la Légende du Grand Inquisiteur, ne fait-il pas dire au vieillard, dont la grandeur apparaît jusque dans sa révolte spirituelle : «Est-ce Toi ou seulement ton apparence ? mais demain je te condamnerai et tu seras brûlé comme le pire des hérétiques, et ce même peuple qui aujourd’hui te baisait les pieds, se précipitera demain, sur un signe de moi, pour alimenter ton bûcher. Le sais-tu ? Peut-être…[5]» La méditation de l’Ecriture apprenait à Dostoïevski que le peuple de Séville se conduirait comme celui de Jérusalem. C’est l’animosité antisémite, et non pas le texte évangélique, qui alimentait la créance de Dostoïevski au mythe du «déicide» dont il a prouvé portant, d’une manière si admirable, la vanité dans Les Frères Karamazov.

Le Nouveau Testament ne connaît qu’un seul «déicide», celui de la race humaine, dont les Juifs ne peuvent être exceptés. (Les Juifs, il est vrai, n’acceptent pas non plus ce verdict : s’ils le faisaient, ne seraient-ils pas déjà Chrétiens ?)

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La tradition, surtout depuis la Renaissance, nous paraît avoir été plus hésitante à l’égard du «déicide» que de la «malédiction» ; ou plus exactement, les textes officiels sont plus prudents que les ouvrages de dévotion ou l’éloquence de la chaire quant au crime de déicide.

Le Catéchisme du concile de Trente est formel à propos de la Croix : «Sa mort fut l’effet de sa volonté, et non de la violence de ses ennemis… Si on veut chercher le motif qui poussa le Fils de Dieu à subir une si douloureuse Passion, on trouvera que ce furent, outre la faute héréditaire de nos premiers parents, les péchés et les crimes que les hommes ont commis depuis le commencement du monde jusqu’à ce jour, et ceux qu’ils commettront encore jusqu’à la consommation des siècles… Il convient d’ajouter pour donner plus de prix à son Sacrifice, que non seulement ce divin Rédempteur voulut souffrir pour les pécheurs, mais que les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu’il endura… Nous devons regarder comme coupables de cette horrible faute ceux qui continuent à retomber dans leurs péchés… Et, il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’Apôtre (I Corinthiens, II, 8), s’ils avaient connu le roi de gloire, ils ne L’auraient jamais crucifié. Nous, au contraire, nous faisons profession de le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains déicides… Des hommes de tous rangs et de toutes conditions (Psaume, II, 2) conspirèrent contre le Seigneur et contre son Christ. Juifs et Gentils furent également les instigateurs, les auteurs et les ministres de sa Passion. (Matthieu, XXVI et XXVII)[6].» On accumulerait certes les textes qui débordent celui-ci, le défigurent, ou l’ignorent. Cela prouve la légèreté des partisans du «déicide» ; mais cela démontre aussi combien il est aisé d’en appeler, contre tous les excès, à la tradition bien comprise.

La tradition réformée est aussi prudente. L’article XXI de la Confession des Pays-Bas, ratifiée au Synode de Dordrecht[7] précise que Jésus-Christ a été «condamné comme malfaiteur par Pilate, bien qu’il le prononçât innocent», sans faire la moindre allusion aux Juifs. L’un des très rares textes des Églises réformées françaises qui mentionne les Juifs, le Formulaire pour le baptême d’un Juif, de 1644, demeure en retrait sur le postulat historique du «déicide» : «Ne croyez-vous pas que Jésus… condamné depuis à la mort de la Croix sur l’accusation calomnieuse des Juifs, par la sentence inique du Ponce-Pilate…[8]» Une enquête systématique parmi les textes liturgiques d’inspiration réformée prouve que s’il subsiste des allusions au déicide dans les services du Vendredi Saint, la tendance prédominante respecte l’enseignement de l’article XXI de la Confession des Pays-Bas. C’est le cas d’une prière du Vendredi Saint de la Liturgie de l’Église nationale évangélique du Canton de Vaud : «Miséricordieux intercesseur qui, sur le bois maudit, as prié avec tant de charité pour tes propres bourreaux, prie le Père pour nous, qui t’avons crucifié tant de fois et de tant de manières par nos sentiments, nos paroles et nos œuvres coupables.» C’est encore l’exemple d’une prière du Vendredi Saint de l’Église réformée française : «Ce sont nos péchés qui ont causé ta mort[9]» ; un texte tout récent déclare : «Seigneur notre Dieu, proclame en ce jour par la Croix de ton Fils… la puissance démoniaque du péché qui l’a dressée à Golgotha…» tandis que la prière d’intercession de ce service du Vendredi Saint mentionne les Païens, l’Islam et l’Église avec Israël[10]. C’est aussi la position du pasteur allemand Vogel, dont les thèses pour le jeudi saint 1933 furent l’un des points de cristallisation de la résistance de l’Église confessante : «Non pas les Juifs seulement, mais tous les peuples et tous les hommes sont complices de la crucifixion du Christ[11].» «Personne ne peut participer au pardon de Jésus-Christ s’il ne se sent pas coupable de sa mort solidairement avec les Juifs» déclare l’appel aux pasteurs réformés de Suisse, d’octobre 1938[12].

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Mais les historiens ? Trop volontiers portés à rejeter comme inauthentiques les textes qui ne concordent avec leurs vues, ils provoquent la méfiance par la diversité de leurs conclusions. Par un étrange paradoxe, ces historiens établissent que les Evangiles ne sont pas des textes «historiques» et le rappellent à juste titre à des Chrétiens trop portés à lire les récits de la Passion comme s’ils étaient des procès verbaux ; puis on voit ces mêmes savants, aveuglés par la phobie de le théologie, se refuser à lire les textes dans les perspectives théologiques où ils furent écrits, et construire des constructions fragiles sur les débris «historiques» (combien discutables !) d’écrits «non historiques»…

S’il est donc possible – ce qui n’est nullement prouvé – de rechercher dans les textes évangéliques, à propos du procès de Jésus, une responsabilité, au sens juridique du terme, alors que la responsabilité spirituelle semble leur seule préoccupation, nous nous rallierons à la formule de Maurice Goguel : «Les autorités juives irritées par la popularité de Jésus et par l’échec de leurs tentatives pour la ruiner (peut-être aussi craignant, comme l’indique Jean XI, 47 ss., que la popularité de Jésus ne provoquât un mouvement populaire qui serait l’occasion d’une intervention romaine) auraient intrigué auprès de Pilate pour qu’il les débarrassât de Jésus. Pilate, pour qui la vie d’un Juif ne pesait pas beaucoup, se serait laissé persuader ; il aurait cependant exigé une déclaration formelle du sanhédrin[13]

Le problème historique demeure ouvert. A vrai dire, nous avouons l’inquiétude suscitée par un débat qui peut faire plus de mal que de bien ; si le reproche de «déicide» provient d’une erreur spirituelle, il faut le combattre par des armes théologiques et spirituelles, de l’intérieur même de la doctrine chrétienne, et non point par des démonstrations historiques qui soulèvent autant d’objections qu’elles prétendent résoudre de difficultés.

Tout Chrétien persuadé que la Croix a été dressée à cause de son propre péché ne peut s’empêcher de porter un jugement spirituel à propos du débat sur les responsabilités historiques de la crucifixion. Verra-t-il quelque autre Chrétien accumuler, contre les Juifs en général, les preuves de leur culpabilité, il murmurera au sujet de ce procureur : «Quel aveu ! et quel refus de la grâce !» Verra­­-t-il par contre un Juif rassembler des preuves contraires de l’innocence des Juifs en général, il répétera avec l’Apôtre : «Scandale pour le Juif…». Cependant, au risque d’étonner le lecteur chrétien, nous ne croyons pas que ces deux attitudes se compensent. Le Juif qui accepte, sur le témoignage du Nouveau Testament, ou d’un Chrétien nourri de ces mêmes Écritures, que le Christ soit mort pour le péché de tous les hommes, du XXe siècle aussi bien que du Ier ; par le péché de tous les hommes, d’Israël aussi bien que de la gentilité – voyons, ce Juif est déjà Chrétien ; s’il ne le sait pas, il va le savoir, et les autres Juifs le savent bien. Autant il est regrettable que les Juifs refusent cet enseignement sur la Croix du Christ et le péché des hommes, autant il est naturel qu’ils s’en défendent vigoureusement. Cela blesse le cœur chrétien, mais il n’y a là rien qui puisse étonner la raison. Tandis que le Chrétien qui gauchit le verdict évangélique au détriment des Juifs endurcit son cœur, et bafoue la raison ; il se justifie lui-même au lieu de recevoir sa justification de la grâce de Dieu ; il se trompe sur sa condition spirituelle, il se refuse à la grâce, et il interdit au surplus l’accès de l’Evangile aux Juifs. En prétendant se comporter en défenseur sourcilleux de Jésus, il l’accable et le défigure tragiquement.

Le Chrétien qui insiste sur le «déicide» fait éclater le secret désir de l’homme, toujours porté à fuir sa condition réelle. «C’est le lot commun de l’homme de rejeter sa culpabilité sur autrui, depuis Adam qui dit : C’est la femme ou c’est le serpent, jusqu’au sanhédrin qui veut que la condamnation soit prononcée par Pilate, et jusqu’à Pilate qui se déclare innocent du sang de ce juste, jusqu’aux antisémites qui accusent les seuls Juifs[14].» Comme les Gnostiques et les Marcionites déchargeaient Dieu, à cause du problème du mal, de la responsabilité d’avoir créé le monde visible, ainsi la théologie du «déicide» juif n’est qu’un gnosticisme de la rédemption ; pour atténuer le scandale de la Croix, on imagine de transformer tous le Juifs en un «éon» collectif dont l’activité expliquerait la mort de Jésus comme la rébellion du démiurge de l’Ancien Testament rendait compte du péché. Mais les deux solutions se valent ; elles ne sont, l’une et l’autre, qu’une lecture rationaliste et pécheresse des Écritures.

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Si l’on comprend pourquoi les Juifs dénoncent le «déicide», ce n’est pas un paradoxe de prétendre que l’intérêt chrétien est également engagé dans la destruction d’une aussi tenace idée-force. Car enfin, en dehors du prédicateur qui, s’adressant uniquement à des Juifs, les enferme de la part de Dieu dans leur désobéissance envers Lui, avec la même force que s’il parlait à des Gentils, – et s’inspire de saint Pierre[15] plutôt que des affirmations ultérieures -, comment les prédicateurs et les docteurs ne sentent-ils pas que chaque accusation de déicide lancée contre les Juifs absents allège d’autant la conscience de leurs auditeurs ? Quel est donc l’intérêt spirituel de ce genre de discours ? Alors que l’Ancien et le Nouveau Testament sont le dossier que Dieu a constitué afin de traduire l’homme, Juif ou Grec, en accusation contre Lui pour que le Grec et le Juif connaissent leur unique Avocat, le «déicide» juif apparaît au Gentil comme une espèce de non-lieu, qui l’innocente presque entièrement. Le reproche traditionnel transforme le Juif en criminel et le Gentil en comparse à peu près inconscient. Encore une fois, quel est l’intérêt chrétien d’une pareille doctrine ? Sa dénonciation, et le refus d’une conception essentiellement juridique de la responsabilité de l’homme dans la Croix sont d’un intérêt vital pour l’Église, s’il est vrai que le «déicide» aboutit à créer une espèce de second péché originel juif et à affaiblir ainsi, dans la conscience des Chrétiens, la certitude de leur propre péché.

Eugène Bersier, s’adressant aux Chrétiens du XIXe siècle leur disait : «Vous admirez le Christ à distance et vous demandez comment il a pu être haï. Mais que serait-ce si le Christ vous apparaissait et si sa pure lumière éclairait les replis les plus cachés de votre âme ?» Après avoir évoqué l’attitude d’effroi ou de refus de chacun de ses auditeurs devant Jésus lui-même, Bersier ajoutait : «Il me semble voir toutes les passions que condamnerait Jésus-Christ se liguant ensemble et prenant une voix pour étouffer la sienne[16].» Tel est le langage évangélique.

L’Evangile selon saint Matthieu contient une parole décisive à l’égard du «déicide». A première vue elle accable les Juifs : Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites. Parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes et ornez les sépulcres des justes, et que vous dites : Si nous avions vécu du temps de nos Pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes…[17]» Paroles adressées à des Juifs, certes.

– Vous voyez bien, triomphent les partisans du «déicide».

– N’est-ce point parce qu’ils lisent ce texte comme les Scribes et les Pharisiens lisaient les récits des malheurs des prophètes ? Qui donc soutient que, s’il avait vécu du temps de Tibère, il ne se serait pas joint à tous ceux qui répandirent le sang du Juste ? N’est-ce pas le Chrétien plus ou moins antisémite ? La doctrine du «déicide» professée par les chrétiens n’en fait rien d’autre que des «Scribes» et des «Pharisiens».

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L’origine du reproche de «déicide» étant essentiellement spirituelle, il n’est pas étonnant que son audience se renouvelle de siècle en siècle. On peut cependant se préoccuper de déterminer les causes immédiates de son apparition dans le monde ancien : la racine historique du «déicide» provient probablement d’une carence de la prédication chrétienne auprès des Païens. La prédication chrétienne annonçait essentiellement la croix dressée à cause de la culpabilité personnelle de tous les hommes, et particulièrement des Païens «livrés aux convoitises de leurs cœurs[18]». Mais nombre de Gentils se rebellaient contre un message aussi accusateur. On a dû se laisser aller, parfois, à en émousser la pointe ; on a moins insisté sur la culpabilité des uns, davantage sur celle des autres – les Juifs. Chaque fois que les Chrétiens ont tendu, par excès de prudence ou par politique à maintenir dans l’ombre un aspect essentiel de la foi, on a vu surgir une hérésie ; l’apparition du «déicide» illustre cette règle ; il prouve que l’Evangile, aussi antijudaïque qu’il soit, n’était pas assez antisémite au gré des Païens ; il met en lumière jusqu’à quel point la prédication de la Croix leur paraissait une folie, et une accusation inadmissible. L’insistance sur le «déicide» judaïque fut la plus la plus facile et la plus commode des concessions de la prédication chrétienne inquiète des réticences de la gentilité. Pleinement formulé, il est somme toute assez tardif ; mais la pente qu’il trahit date sans doute des premiers succès massifs de l’évangélisation ancienne. Quand Tertullien présentait Pilate comme secrètement converti, quand tel Apocryphe voulait qu’ Hérode et non plus Pilate eût condamné Jésus[19], ils reflétaient le refus du Païen de croire que le péché des Gentils nécessitât, autant que celui des Juifs, l’incarnation et la passion du Christ. L’hostilité de Tertullien envers les Juifs s’apparentait à son animosité envers le péché de «la» femme[20] ; mais en refusant de distinguer le péché de l’homme de celui de la femme, et d’innocenter le premier, la théologie chrétienne ne condamnait-elle pas implicitement le «déicide» particulier aux Juifs ?

Lequel trouve une saisissante illustration, à peine caricaturale, dans la haine de certains Noirs «Chrétiens» contre les Blancs coupables d’avoir crucifié Jésus. C’est Heine qui rappelle que durant «la révolution de Saint-Domingue, une bande de nègres qui saccagea les plantations et massacra les créoles, avait à sa tête un fanatique noir, qui portait un immense crucifix et hurlait comme un forcené : « Les Blancs ont tué le Christ, allons tuer tous les Blancs »[21].» L’Ingénu ne voulait-il pas couper le nez et les oreilles de Caïphe et de Pilate ? On raconte que Clovis catéchumène se serait écrié tandis qu’on lui faisait le récit de la Passion : «Ah ! que n’étais-je là avec mes Francs !» Le «déicide» transforme tous les Chrétiens en autant de petits Clovis plus ou moins ingénus. «Quand on m’a lu l’histoire de la mort de Jésus, disait un Africain converti, j’ai maudit les Juifs et Pilate, mais quand je l’ai comprise, je me suis maudit moi-même, car moi aussi j’ai crucifié Jésus-Christ[22]

Aussi conjurons-nous les catéchistes de ne jamais demander à des enfants quelle eût été leur attitude s’ils avaient assisté à la passion de Jésus. A défaut d’une préparation prudente ou d’une foi profonde, il est notoire que l’enfant prend alors le parti du Christ, pour faire sa première expérience de l’antisémitisme et du pharisaïsme[23]. Vainement le maître et l’élève, forts de leur bonne volonté, réciteront-ils ensuite les articles du catéchisme sur le péché originel, la nécessité de la croix, et la grâce : ce ne sera plus qu’une récitation.

«Moi aussi j’ai crucifié Jésus-Christ…» Cet aveu suffit probablement à exorciser les démons de l’antisémitisme. C’est aussi la conclusion d’une méditation de M. Jacques Maritain : «Nous devons relever… que certains lieux communs de rhétorique, – comme l’expression de «race déicide», – dont a usé pendant des siècles le vocabulaire des Chrétiens de la gentilité, peut-être pour quelque mobile antisémite, peut-être par simple rudesse de pensée, sont chargés en tout cas de virtualités antisémites qui peuvent exploser en les pires sentiments dans l’atmosphère empoisonnée de nos jours. Les maîtres chrétiens ont le devoir de proscrire de telles expressions qui sont décidément un non-sens, et de purifier soigneusement leur langage de semblables impropriétés dues à l’humaine légèreté d’esprit et à l’indifférence de Gentils peu soucieux de ce qui ne les concerne pas eux-mêmes. Mais qui a mis à mort le Christ ? Les Juifs ? Les Romains ? Moi-même je l’ai mis à mort, je le mets à mort chaque jour par mes péchés. Il n’y a pas d’autre réponse chrétienne à cette question : puisqu’il est mort volontairement pour mes péchés, et pour épuiser sur lui la justice de Dieu. Juifs, Romains, bourreaux, n’étaient tous que des instruments, de libres et misérables instruments de sa volonté de rédemption et de sacrifice. Voilà ce qu’il faudrait que les maîtres chrétiens enseignent à leurs élèves[24]

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Le grief pseudo-théologique du «déicide» se targue, comme son proche parent, le mythe de la «malédiction», de références vétéro-testamentaires ; il adapte grossièrement à ses animosités, sans aucun recours à la lumière évangélique, des textes bibliques sur la solidarité collective et la rétribution de la fidélité ou de l’infidélité. (Encore néglige-t-il le rôle essentiel du reste d’Israël par rapport à l’ensemble du peuple de Dieu.) On doit donc souhaiter que les théologiens examinent les problèmes de la solidarité et de la culpabilité collectives, et qu’ils en comparent les données avec les simplifications outrancières des partisans du «déicide». Le R. P. Congar, en se référant à Jésus et Israël en a montré l’intérêt par l’exemple de l’Allemagne, et celui des schismes chrétiens[25].

L’abstention de la théologie entraîne les variations et les erreurs de l’exégèse ; et les licences de celle-ci justifient à leur tour l’homme pécheur, qui s’entendant reprocher sa culpabilité devant Dieu, se montre habile à en éluder les conséquences, et savant à en faire retomber le poids sur autrui.

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L’accusation de «déicide» ne surgit pas du récit évangélique, mais de la présence des Juifs auprès des Chrétiens. La meilleure preuve, c’est que, chaque fois qu’on envisage les choses sous un angle théologique, en songeant à la signification de la Croix, et non plus à la rivalité de l’Église et d’Israël, la solution chrétienne s’impose d’elle-même. Combien il serait souhaitable qu’on méditât les observations de Karl Barth, à propos de l’Incarnation du Christ : «…La crucifixion de Jésus où l’ancien éon a donné toute sa mesure, constitue un acte instinctif d’autodéfense qui ne saurait être mis à la charge du seul peuple d’Israël. Car, dans cette affaire, Israël s’est vraiment comporté comme le représentant et le mandataire de tous les peuples. Ce n’est pas en pensant au sanhédrin de Jérusalem, mais aux princes de ce siècle que saint Paul déclare : «Ils ont crucifié le Seigneur de gloire.» (I Cor., 2, 8) Aussi ne voit-on guère comment E. Brunner (Zur Judenfrage, Neue Schweizer Rundschau 1935, p. 385 s.) peut affirmer qu’en faisant périr Jésus, les Juifs ont marqué une préférence réactionnaire pour leur religion nationale, qu’ils auraient pu tout aussi bien abandonner – ce qui n’aurait pas laissé d’avoir une influence heureuse sur le cours de l’histoire de l’Église et de l’histoire tout court ( !) «Heureux celui pour qui je ne serai pas un objet de scandale !» (Matth., 11, 6). Mais qui ne serait «scandalisé» si Jean-Baptiste lui-même l’a été ? (Matth., 18, 7). (Luc, 17, 1). (Matth., 26, 31). Et précisément celui qui croit pouvoir faire exception ici, doit s’entendre dire : «Tu me renieras trois fois !» – Il s’agit de ce même Pierre sur qui le Christ entend bâtir son Église ! (Matth., 26, 34) [26]Tel est le langage de la théologie, barthienne ou non-barthienne, quand elle sonde la signification du Mystère du Christ. Serait-il concevable que la théologie se contredît à propos du Mystère d’Israël ? Et si elle se contredit effectivement, n’est-ce point parce qu’elle aborde ce Mystère avec quelques présuppositions qui l’aigrissent plus ou moins ?

Mythe cruel aux Juifs et funeste à l’Église, le «déicide» n’est rien d’autre qu’un galimatias théologique. Ronsard l’a involontairement avoué dans une formule saisissante :

Je n’ayme point les Juifs, ils ont mis en la croix
Ce Christ, ce Messias qui nos pechez efface…[27]

Sous le couvert d’une théologie incohérente, l’antisémitisme pousse sa gangrène jusqu’au cœur de la doctrine chrétienne : le «déicide» endurcit les Gentils. Au lieu de se repentir devant la Croix, ils deviennent de ces accusateurs dont parlait Jésus : «Il dit encore cette parabole en vue de certaines personnes se persuadant qu’elles étaient justes et ne faisant aucun cas des autres…[28].» Car s’il y eut des Juifs pour crucifier Jésus, on a mille fois tort d’imaginer qu’ils fussent plus immoraux que les Grecs ou plus durs que les Romains. Quelle incompréhension du Nouveau Testament ! Ce sont toutes les vertus (qui se glorifient elles-mêmes), toutes les qualités humaines (qui s’admirent et s’enorgueillissent), toutes les fidélités religieuses (qui comptabilisent leurs bonnes œuvres) – ce sont tous les efforts positifs de l’homme pécheur qui ont crucifié pour leur part le seul qui fût vraiment le Saint et le Juste. Entre le «déicide» et la doctrine de la justification par la foi au Christ de toutes les miséricordes, il y a un conflit permanent.

Au surplus, le «déicide» réduit la Croix à de singulières dimensions, où l’on nous permettra de soupçonner quelque rationalisme. Car la mort de Jésus n’était-elle pas l’enjeu d’un combat céleste ? Penchée sur le réquisitoire séculaire contre les Juifs, notre insistance sur le «déicide» apparaît comme un refus de comprendre le texte apostolique : «Sagesse qu’aucun des chefs de ce siècle n’a connue, car, s’ils l’eussent connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire…[29]» Origène pensait encore que c’étaient les anges des nations et les puissances de ce siècle qui avaient crucifié Jésus venu pour les déposséder[30]. Le «déicide» a réduit à néant cette explication paulinienne, et non point par hasard : l’antisémitisme n’est-il pas l’une des armes spirituelles des anges de ces nations dépossédées ?

Il y a plus grave encore. Le «déicide» n’obscurcit pas seulement la culpabilité des Gentils dans la Passion, et le rôle invisible mais décisif de puissances mauvaises ; il rend encore les Chrétiens aveugles à l’activité du Christ lui-même. L’Agneau de Dieu n’est pas une victime inconsciente ; Il s’immole lui-même ; en face d’Hérode, de Caïphe et de Pilate, c’est Lui, en définitive, jusque dans son silence et dans son inaction, qui gouverne les événements et oblige les hommes à accomplir les gestes qui Le conduiront à la Croix. La doctrine du «déicide» comprend d’une manière beaucoup trop judaïque l’immolation de l’Agneau de Dieu : les victimes des sacrifices de l’ancienne alliance n’étaient que des figures passives du Christ «qui s’est offert lui-même sans tache à Dieu[31]». Le Christ «s’est offert» – on ne l’a ni conduit ni immolé, comme l’imaginent trop de partisans du «déicide» particulier aux Juifs. Ont-ils jamais lu dans l’Evangile de Jean : «Le Père m’aime parce que je donne ma vie, afin de la reprendre. Personne ne me l’ôte, mais je la donne de moi-même ; j’ai le pouvoir de la donner et le pouvoir de la reprendre…[32] ?» Ont-ils lu le récit de l’arrestation de Jésus : «Penses-tu, dit Jésus à Pierre, que je ne puisse pas invoquer mon Père, qui me donnerait à l’instant douze légions d’anges[33]?» Ont-ils jamais cherché à concilier – mais c’eût été en vain – leurs déductions juridico-religieuses avec le texte de l’Apôtre : «Christ …nous a aimés et s’est livré lui-même à Dieu pour nous comme une offrande et un sacrifice de bonne odeur[34] ?» En insistant sur le rôle de ceux qui ont livré Jésus à la mort, les pseudo-théologiens du «déicide» obscurcissent irrémédiablement l’obéissance du Christ qui s’est livré lui-même, volontairement, à cette mort – pour nous et à cause de nous.

Le Martyre de saint André, qui se rattache aux Actes apocryphes d’André, contient un passage remarquable. Le proconsul Aegéas y dit en effet à l’apôtre André : «On assure qu’il [Jésus] a été livré par un de ses disciples, conduit au gouverneur et crucifié par ses soldats à la demande des Juifs ; comment peux-tu dire qu’il a souffert volontairement le supplice de la Croix ?[35]» La réponse d’André, non dépourvue de beauté, n’insiste que sur le sacrifice volontaire de Jésus ; l’Apôtre, comme s’il admettait que l’insistance sur la culpabilité des Juifs n’avait pas d’importance, ne mentionne ni ceux-ci, ni Pilate, ni Judas. Puissions-nous comprendre la portée de l’objection d’Aegéas et la sagesse de la réponse d’André : c’est au détriment de l’adoration, par les pécheurs, de l’Agneau volontairement et librement immolé que la pensée chrétienne invoque, et toujours avec plus ou moins d’inconscience, l‘explication de la Croix par le «déicide» des Juifs.

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Quand on représente le drame du Calvaire selon toutes les règles de l’exactitude historique, le judaïsme de Caïphe et des scribes ne saurait être passé sous silence, ni non plus cette effrayante vérité que ce sont des membres du peuple de Dieu (c’est-à-dire, alors, le seul peuple d’Israël) qui se sont raidis dans le refus à l’égard de l’Homme-Dieu, – d’un refus qui contraignit Jésus à la mort. Mais lorsque nous décrivons les choses d’une manière plus naïve ou plus spirituelle, avec les artistes chinois qui veulent que Marie eût les yeux bridés, les peintres noirs qui se plaisent à faire de l’Enfant-Jésus un bébé crépu, ou cet artiste finnois qui remplace l’âne et le bœuf de la légende par un renne ; – ou encore avec les sculpteurs de nos cathédrales et les miniaturistes de nos vieux psautiers qui transportent Jérusalem en Beauce ou en Flandre – alors Caïphe ne sera Juif que par une évidente erreur spirituelle et les scribes, selon qu’on les dépeint sous les couleurs judaïques ou nationales, sont, en vérité, les témoins de l’endurcissement des Gentils, ou de leur repentance.


  1. Maurice Goguel, Le Procès de Jésus, Foi et Vie, septembre 1949, p. 397.
  2. Epître de Barnabé, V, 1-2. On note bien un passage très hostile aux Juifs, à propos de la Croix (VIII, 2) ; mais il manque dans certains manuscrits et serait une glose tardive selon Gabriel Oger. (Pères apostoliques, Picard éd., 2e éd., p. CX.)
  3. Karl Barth, Dogmatique, trad. française, I, II, I, p. 449.
  4. Cf. Jacques Guillet, Recherches de sciences religieuses, XXXV, avril 1948.
  5. Dostoïevski, les Frères Karamazov, V, v. trad. Mongault
  6. Quatrième article du symbole, V.
  7. Il est inutile d’insister sur l’autorité de ce Synode  reconnue par toutes les orthodoxies calvinistes depuis le XVIIe siècle.
  8. Texte complet dans F. Mejan, Discipline de l’Eglise réformée de France, p. 269.
  9. Liturgie des Eglise réformées de France,  éd. de 1897, p. 93.
  10. Liturgie de l’Eglise réformée de France, Berger-Levrault, 1955, p. 78 et 79. Voir aussi dans le Projet de culte liturgique du Vendredi Saint, p. 145, la prière : «Seigneur et Sauveur, souffrant et crucifié pour nous, condamné par les hommes...» et page 147 : «O Christ, fais que nous ne puissions plus te crucifier à nouveau par notre incrédulité et notre révolte.»
  11. Texte dans Hic et Nunc, juillet 1933, p. 122 ss. (Thèse 23.)
  12. Texte signé Ernst Hurter, Karl Barth, O. Farner, G. Ludwig, Wilhelm Vischer, J. Curvoisier-Patry, dans Foi et Vie, avril 1947, p. 219.
  13. M. Goguel, art. cité, p. 402 - Oscar Cullmann pense que, dans «les circonstances historiques du procès de Jésus, la responsabilité juridique de la condamnation.   semble être entièrement du côté des Romains». (Christ et le temps, p. 136.)
  14. Jean de Cayeux, Réflexions sur l’antisémitisme, Foi et Vie, avril 1947, p. 242.
  15. Actes, III, 17 : «Et maintenant, frères, je sais que vous avez agi par ignorance, ainsi que vos chefs.» On cite parfois Actes, VII, 51-53, en isolant ce passage dans l’ensemble du discours d’Etienne, pour conclure en faveur de l’ancienneté de la tradition du «déicide». Etienne était Juif ; nourri des prophètes, animé par l’Esprit, il s’adresse à ses frères pour leur ouvrir le chemin du salut et non point les portes de la malédiction. «La querelle se situe entre Juifs ; pour les Païens, ce serait une impertinence de se mêler aux débats entre son peuple et Dieu » (Dom Hilaire Duesberg, le Procès du Messie, Bible et Vie chrétienne, 5, mars-avril 1954, p. 11.)
  16. Eugène Bersier, Sermons choisis (1891), p. 141.
  17. Matthieu, XXIII, 29-31.
  18. Romains, I, 24.
  19. M. Goguel, art. cité, p. 401 ; Jules Isaac, Jésus et Israël, p. 458. Voir plus haut, p. 151 ss. - La tendance s’affirme dès les tout premiers siècles : l’Evangile de Pierre (Amiot, Evangiles apocryphes, Fayard, p. 138, 140, 143) trouve son aboutissement dans l’Evangile de Nicodème, ch. XIII, qui innocente totalement Pilate. Mais cette évolution radicale n’entraînait pas une adhésion unanime. On constate encore, au Ve siècle, qu’un Maxime de Turin considère Pilate comme le premier responsable de la crucifixion ; Grégoire le Grand, moins formel, se rattache à cette tradition. (Cf. B. Blumenkranz, Les Auteurs chrétiens latins sur les Juifs, Revue des Etudes juives, IX (CIX), 1949, p. 27, 67.
  20. Voir Pierre de Labriolle, La Réaction montaniste, p. 301.
  21. Henri Heine De l’Allemagne, II, p. 312, cité par C. Journet, Destinée d’Israël, p. 194. - Après tout, les Bogomiles, qui haïssaient l’Ancien Testament, et donc les Juifs, détestaient aussi la Croix. Ils poussaient les principes du «déicide»  jusqu’à l’absurde. (S. Runciman Le Manichéisme médiéval, p. 70, 73.)
  22. Cité par Eugène Bersier, p. 143.
  23. Voir à ce propos, Paul Démann, La Catéchèse chrétienne.., 132, 138-140.
  24. Jacques Maritain, L’enseignement chrétien de l’histoire de la crucifixion, Raison et Raisons, p. 232. - On verra quelques exemples de ces impropriétés dans Jules Isaac, Jésus et Israël, particulièrement aux pages 361-385, 520-548, etc.; Paul Démann, La Catéchèse chrétienne..., 116-123. - La rédaction de la Vie spirituelle écrivait, en réponse à une lettre, en mai 1952, p. 544 : «Nous convenons volontiers que l’expression "peuple déicide" est regrettable et qu’il vaut mieux l’éviter.»
  25. R. P. Congar, La Culpabilité et la responsabilité collectives, La Vie intellectuelle, mars et avril 1950.
  26. Karl Barth, Dogmatique,, I, II, I (§14, 1), p. 59 de l’éd. française. (Les citations grecques ont été supprimées. Cf. p. 60.)
  27. Ronsard, VIIIe Sonnet pour Hélène de Surgères.
  28. Luc, XVIII, 9.
  29. I Corinthiens, II, 8.
  30. Jean Daniélou, Origène, p. 222-235.
  31. Epître aux Hébreux, IX, 14.
  32. Jean, X, 17-18.
  33. Matthieu, XXVI, 53.» Voyez Tite, II, 14 : «Jésus-Christ, qui s’est donné lui-même pour nous.
  34. Ephésiens, V, 2.
  35. Martyre de saint André, III (trad. F. Amiot, Evangiles apocryphes, Fayard éd., p. 254).

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