3 1. Le judaïsme conquérant

 

 [[P. 27]]

Ce fut durant des siècles une opinion communément admise et dont Pascal s’est fait l’écho, que de Moïse à Jésus-Christ, « depuis deux mille années, aucun Païen n’avait adoré le Dieu des Juifs [1] ». L’histoire ne peut souscrire à de telles affirmations ; et ni les réactions des religions rivales du judaïsme, ni la pauvreté du mythe raciste moderne, ni les racines anciennes de l’antisémitisme ne sauraient être équitablement appréciées, si l’on sous-estimait la vigueur du prosélytisme juif d’autrefois : le judaïsme replié sur lui-même est l’héritier d’un judaïsme conquérant. C’est pourquoi, sans prétendre le moins du monde renouveler la question, il est utile de retracer brièvement l’ampleur de l’attraction exercée par le monothéisme hébraïque.

*

*     *

« Malheur à vous, dit l’Evangile, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte ; et quand il l’est devenu, vous en faites un fils de la géhenne [2]. » Ce n’est pas le seul passage des Écritures qui témoigne du prosélytisme d’Israël. Le jour de la Pentecôte, dans sa surprise, la foule s’interroge au sujet des disciples : « Comment les entendons-nous dans notre propre langue à chacun, […] Juifs et prosélytes [3] ? » Le Livre des Actes mentionne encore « Nicolas, prosélyte d’Antioche » ; les « Juifs et prosélytes pieux » qui suivirent Paul à Antioche de Pisidie ; Lydie de Thyatire, « femme craignant Dieu », et la « multitude de Grecs craignant Dieu » à Thessalonique ; c’est encore, à Athènes, les Juifs et les craignant-Dieu que Paul rencontre dans la synagogue ; à Corinthe, l’Apôtre se rend chez un Païen, « un nommé Justus, homme craignant-Dieu et dont la maison était contiguë à la synagogue [4] ».

Autant d’indications fortuites, qui font soupçonner une active propagande que l’histoire, par d’autres atteste fortement. Il est néanmoins impossible de préciser tous les groupes humains – et encore moins l’ordre de grandeur des prosélytes – qui connurent par Israël leurs expériences religieuses les plus décisives (à moins que le prosélytisme de la Synagogue ne les eût acheminés vers l’Église. Celle-ci a, plus souvent qu’il n’y paraît, moissonné les champs ensemencés par le judaïsme).

Une étude systématique devrait retracer de tels événements dans l’ordre chronologique ; mais outre les difficultés souvent insurmontables qu’on rencontrerait dans cet effort, il a paru qu’il serait préférable d’esquisser un tableau du prosélytisme juif d’après le plan général  de notre enquête.

 


  1. Pascal, Pensées, n° 724 (Brunschwicg) = n° 535 (Chevallier).
  2. Matthieu 23, 15.
  3. Actes des Apôtres, 2, 10.
  4. Actes, 6, 5 ; 8, 27 ; 13, 43 ; 16, 14 ; 17, 4 et 17 ; 18, 7. – Certains auteurs voient une allusion au prosélytisme juif dans l’Épître aux Romains, 2, 19-20.

2 Responses to 1. Le judaïsme conquérant

  1. Peel Olivier sur novembre 17, 2013 à 5:05 says:

    Il y a un faute de frappe à cet endroit:
    « « Comment les entendons-nous dans notre propre langue à chacun, […] Juifs et prosélytes [3] ? » Le Live des Actes mentionne encore “Nicolas, prosélyte d’Antioche” ; » Il manque le « r » à livre des Actes.

    • macina sur novembre 17, 2013 à 5:12 says:

      Merci, Olivier. C’est corrigé. Voilà une bonne collaboration. Je souhaite que tu ne sois pas le seul à mettre la main à la charrue.

      Amitié.

      Menahem

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *