Avertissement de l’auteur (F. Lovsky)

[P. 5)

La première ébauche de ce livre fut antérieure à la publication de Jésus et Israël. On se tromperait donc du tout au tout si l’on interprétait l’ouvrage qu’on va lire comme une réplique « chrétienne » à Jules Isaac, ou comme une réfutation de ses thèses. Nous en avons tenu le plus grand compte, jusqu’à modifier plusieurs de nos conclusions ou reprendre nos recherches sur plus d’un point ; mais, n’ayant aucune autorité pour nous prononcer sur les problèmes d’exégèse soulevés par Jules Isaac, ni  le moindre désir de polémiquer avec lui, nous nous refusons à opposer nos conclusions aux siennes, lors même qu’elles seraient en désaccord : il nous paraît plus utile de souligner la reconnaissance, assez souvent amère, que nous avons éprouvée en écoutant l’appel passionné de Jules Isaac aux chrétiens.

 

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Ces pages ne constituent pas non plus une « Histoire de l’antisémitisme ». La connaissance intime du peuple juif, aussi bien que des nations persécutrices ; l’usage de plusieurs langues anciennes et modernes ; la fréquentation assidue de courants théologiques et spirituels qui nous sont étrangers ; le contact direct avec les sources non imprimées ou non traduites – autant d’exigences impératives dont l’absence limite nos réflexions à une « Enquête sur l’antisémitisme ». Du moins avons-nous cherché non seulement à attirer l’attention des historiens sur les dimensions, l’importance et la redoutable vitalité de l’antisémitisme, mais aussi à réunir suffisamment de textes et de faits pour que les déductions qu’on a poursuivies sous un angle chrétien ne parussent pas gratuites. A vrai dire, nous avons plus d’une fois songé à la remarque de Montesquieu dans l’Esprit des Lois : « Il faut que j’écarte à droite et à gauche, que je perce et que je me fasse jour. » Dans la masse de faits que nous avons rassemblés, nous avons nécessairement choisi. C’est pourquoi cette enquête se rapproche davantage d’un « Essai sur l’antisémitisme » que d’une « Histoire » à proprement parler.

D’autant plus que nous ne nous dissimulons point la part d’improvisation et les possibilités d’erreurs que suppose l’étude d’un phénomène s’étendant sur plus de vingt siècles. Fallait-il attendre trop patiemment les conclusions des spécialistes ? Peut-on imaginer, d’ailleurs, des « spécialistes » de l’antisémitisme – ne seraient-ils pas spécialisés dans presque toute l’Histoire ? Nous  avons pensé que dans l’attente des conclusions d’une recherche historique, lente jusqu’à l’excès, une enquête (aussi solidement fondée que possible sur l’Histoire), ne serait pas inutile pour comprendre les déchaînements sacrilèges de la bestialité antisémite) [1] .

 

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Un bel usage inscrit, aux premières pages d’un livre, les noms de ceux qui aidèrent à l‘écrire. On nous permettra de manifester ici notre dette de reconnaissance spirituelle envers le pasteur Charles Westphal, qui a inspiré et encouragé affectueusement notre travail, et le pasteur Louis Dallière. Ils savent bien, l’un et l’autre, ce que nous leur devons.

 

Septembre 1953.


Septembre 1953.


  1. Ce manuscrit était à l’impression quand parut l’Histoire de l’antisémitisme, I : Du Christ aux Juifs de cour de Léon Poliakov. (Calmann-Lévy.) Nous n’avons pu faire notre profit de ses recherches et devons nous contenter de renvoyer, en note, aux passages de son livre que nous aurions aimé citer ou discuter.

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