Présentation de cette réédition

I. Genèse de l’entreprise

Quand, il y a 13 ans, j’ai fait part à Fadiey Lovsky de mon projet de rééditer cet ouvrage, épuisé depuis longtemps et devenu pratiquement introuvable, il m’a exprimé d’emblée sa réticence et son scepticisme. Bien que familier de la modestie qui le caractérise, j’ai été surpris de son pessimisme. Il m’objecta d’abord que plus d’un demi-siècle s’était écoulé depuis la première édition[1]. Et d’ajouter: «Le plus grave, ce sont les références bibliographiques, qui sont largement obsolètes; outre que la recherche a fait d’énormes progrès depuis.» J’en ai convenu, mais j’ai plaidé en faveur de mon projet. Mon principal argument était que, dans la mesure du possible et si je parvenais à convaincre des personnes versées dans cette matière, la nouvelle édition serait révisée et la bibliographie mise à jour. Il résista encore quelque temps en arguant que son travail était par trop généraliste et que sur certaines questions qu’il connaissait mal, il n’avait pas été à la hauteur. Il termina son propos, désarmant d’humilité, par une question que je perçus comme empreinte à la fois d’anxiété et d’espérance: «Ce sera un gros travail: croyez-vous que cela en vaille la peine?» Et d’enchaîner d’un ton conciliant, mi-résigné, mi-encourageant: «Enfin, si vous croyez que cela peut être utile, je ne vais pas vous en empêcher…»

Il rédigea l’autorisation adéquate. Puis, comme c’est le cas de beaucoup de projets humains, d’autres obligations prirent le pas sur celui-ci, m’obligeant à le remettre à plus tard. Je faillis même y renoncer quand je pris conscience de l’ampleur du travail et qu’il s’avéra qu’aucun des éditeurs contactés ne montrait le moindre intérêt pour cette entreprise. À toutes fins utiles, toutefois, et sans savoir si les circonstances seraient plus favorables à l’avenir, je confiai l’encodage de l’ouvrage à Soeur Maggy Kraentzel, dont l’aide compétente ne m’a jamais fait défaut depuis près de vingt ans. Je passe sur les affres de ce travail, pour elle comme pour moi. Sr Kraentzel assuma la lourde et fastidieuse tâche d’encoder quelque 550 pages de texte, dont près de 1400 notes. Pour ma part, j’insérai manuellement ces notes dans le texte. Malheureusement, faute d’éditeur, j’ai dû mettre de côté le fruit de ce labeur en attendant, comme un miracle, qu’une possibilité d’édition se fasse jour. Celle-ci s’est présentée, il y a peu, grâce à Pressbooks, un CMS (Content Management System), ou logiciel de conception et de mise à jour dynamique de sites Web ou d’applications multimédia[2], créé par Hugh McGuire, un développeur génial habité par une vision révolutionnaire, et de prime abord utopique: permettre à des auteurs non versés dans les métiers de l’édition, de composer eux-mêmes leurs livres et de les rendre accessibles sur le Web[3].


II. Modalités de réalisation de cette réédition

Même en tenant compte des inconvénients – évoqués par Lovsky lui-même – et surtout celui de l’écart chronologique considérable entre la rédaction de l’ouvrage et sa présente réédition, il m’a semblé que l’entreprise se justifiait, ne serait-ce qu’en raison de l’ampleur du survol historique effectué par l’auteur, lequel, à ma connaissance, n’a pas d’équivalent en langue française. De plus, le propos – aussi ambitieux que risqué – de l’auteur, consistant à tenter de sonder, comme l’indique le titre de l’ouvrage, le «mystère d’Israël» sous l’angle de l’antisémitisme, m’avait paru, dès la première lecture que j’en ai faite, vers la fin des années 1960, d’une fécondité rare, au moins par les questions que suscite cette problématique.

Il ne faut pas perdre de vue, toutefois, que sont parus depuis nombre d’ouvrages de qualité sur des thèmes identiques ou apparentés. De ce fait, certains développements et points de vue contenus dans ce livre, sont aujourd’hui insuffisants ou incomplets. Mais je puis témoigner que l’ensemble de cette enquête reste utile et comporte même des vues et des perspectives qui n’ont pas été dépassées. Aussi, en vertu du dicton populaire qui recommande fort à propos de «ne pas jeter l’enfant avec  l’eau du bain», il m’a semblé que c’était faire oeuvre utile que de remettre en course, dans son intégralité, cette oeuvre majeure, quitte à mettre à jour ce qui doit l’être, voire à signaler les faiblesses, si ce n’est les vues discutables qu’elle peut contenir.

Un tel travail ne peut reposer sur une seule personne, et ce non seulement en raison de l’ampleur de la tâche, mais également et surtout parce que la collaboration d’autres chercheurs, voire de non-spécialistes, versés dans cette problématique est susceptible de produire un résultat plus efficace et plus élaboré. La méthode que je préconise pour parvenir à ce but s’inscrit dans la ligne des encyclopédies participatives, telle, entre autres, celle de Wikipedia. Certes, nous ne disposons pas de l’interface technique extraordinaire de Wikipedia -outre que nous n’avons pas sa notoriété (c’est le moins qu’on puisse en dire)-, mais nous appliquerons plus ou moins la même méthode, à l’aide de l’outil, rudimentaire mais non négligeable, qu’est la zone commentaires qui figure au bas de chaque page du  CMS de Pressbooks.

J’invite donc celles et ceux qui s’estiment capables de contribuer à cette réédition, par leurs corrections et/ou leurs suggestions, à nous en faire part via les commentaires ou par e-mail.


  1. Albin Michel, 1955.
  2. Voir dans Wikipédia, l'article intitulé «Système de gestion de contenu»
  3. Quelques détails dans mon article intitulé «Tsofim passe à l'édition sur le Web avec PressBooks»; voir aussi ma «profession de foi intitulée «Diffuser la pensée religieuse via les navigateurs d’Internet»